Bruxelles, 24/06/2015 (Agence Europe) - Une étude, publiée mercredi 24 juin par Transparency International (TI), montre que 75% des réunions que les commissaires européens et leurs conseillers les plus proches tiennent avec des lobbies sont tenues avec des représentants des intérêts des entreprises.
Une analyse des 4 318 réunions de lobbying déclarées entre décembre 2014 et juin 2015 par le peloton de tête des fonctionnaires de la Commission européenne révèle que plus de 75% d'entre elles ont eu lieu avec des représentants d'entreprises. La proportion est de 18% s'agissant des ONG, 4% pour les 'think tank' et 2% pour les autorités locales. Google, General Electric et Airbus tiennent le haut du 'pavé bruxellois', avec, respectivement 29, 26 et 25 réunions. Google et General Electric figurent parmi les plus grands dépensiers à Bruxelles, chacun déclarant des budgets de lobbying de l'ordre de 3,5 millions d'euros par an. L'organisation BusinessEurope arrive en tête du nombre de réunions (42).
Parmi les 7 908 organisations inscrites (volontairement) dans le registre européen des lobbyistes actifs à Bruxelles, 4 879 cherchent à influencer les décisions politiques de l'Union européenne au nom des intérêts des entreprises. Exxon Mobil, Shell et Microsoft (4,5 millions d'euros chacun) sont les trois plus grandes entreprises en termes de budgets consacrés aux actions de lobbying, selon leurs déclarations dans le registre de transparence de l'UE. « Cela laisse à supposer qu'il existe un lien étroit entre le montant que vous dépensez et le nombre de réunions que vous obtenez », a dit Daniel Freund de Transparency International UE. Les organisations dotées des plus gros budgets de lobbying obtiennent beaucoup d'entrées, en particulier dans les portefeuilles 'finances, numérique et énergie'.
Les portefeuilles 'climat et énergie' (487 réunions), emploi et croissance (398), économie numérique (366) et marchés financiers (295) sont ceux qui obtiennent le plus l'attention de la part des lobbyistes. Les commissaires en charge de ces trois derniers dossiers (respectivement Jyrki Katainen, Günter Oettinger et Jonathan Hill) se distinguent aussi en ce qu'ils ont eu un nombre très faible de rencontres avec la société civile (3 , 3 et 2, respectivement), ce qui représente entre 4% et 8% du nombre total de leurs réunions déclarées. Les grandes ONG, comme le WWF et Greenpeace, sont dans le 'top 10' des organisations ayant eu le plus de réunions avec les représentants de la Commission.
Or, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, avait, en novembre 2014 lors de son entrée en fonction, demandé à ses commissaires d'assurer un équilibre et une représentativité appropriée dans leurs rencontres avec les parties prenantes, rappelle un communiqué de TI.
Les données montrent aussi que 80% des 7 821 organisations actuellement enregistrées n'ont pas eu une seule réunion signalée avec un commissaire ou un membre du cabinet, ce qui, selon Transparency International, montre les limites des nouvelles dispositions de la Commission européenne en matière de transparence. Les fonctionnaires de niveau inférieur, comme ceux de l'équipe de négociation de l'accord de libre-échange avec les États-Unis (TTIP), ne sont pas couverts, regrette TI.
Transparency International a aussi constaté que de nombreuses organisations ne sont pas inscrites dans le registre, y compris 14 des 20 plus grands cabinets d'avocats dans le monde ayant pourtant des bureaux de Bruxelles (comme Clifford Chance, White & Case ou Sidley Austin). 11 de ces 14 cabinets d'avocats se sont enregistrés en tant qu'organisations de lobbying à Washington DC, où l'inscription est obligatoire.
Enfin, selon Transparency, plus de 60% des organisations qui ont fait pression sur la Commission européenne à propos du TTIP n'ont pas déclaré correctement ces activités. S'agissant du paquet 'services financiers', de nombreuses banques - dont HSBC, BNP Paribas et Lloyds - qui ont eu des réunions à ce sujet ont omis de déclarer dans le registre qu'elles étaient actives dans ce domaine. (Lionel Changeur)