Bruxelles, 06/05/2015 (Agence Europe) - Au lendemain de critiques plutôt accablantes de diplomates grecs envers les 'institutions' (notamment la Commission européenne et le FMI), le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, et le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, ont abordé, mercredi 6 mai, les sujets qui fâchent à l'occasion d'une conversation téléphonique.
Les deux dirigeants ont « notamment discuté de l'importance des réformes pour moderniser le système de retraites afin qu'il soit juste, financièrement viable et efficace pour prévenir la pauvreté » des plus âgés, dit une déclaration commune publiée à l'issue de cette conversation. MM. Juncker et Tsipras ont également évoqué la réforme du marché du travail, dans une perspective de « soutien à la création d'emploi, à la compétitivité et à la cohésion sociale ». « Dans ce contexte, ils ont reconnu le rôle d'un système de convention collective efficace et moderne, qui devrait être développé à travers une large consultation et rencontrer les standards européens les plus élevés », indique la déclaration. Les deux hommes ont convenu que des discussions constructives devaient se poursuive au sein du 'groupe de Bruxelles', qui réunit les autorités grecques et la Commission, le FMI, la BCE et le FESF.
La veille, la version diffusée à grande échelle par des diplomates grecs différait grandement de la ligne officiellement tenue jusqu'à présent. La Grèce pointait des sérieux désaccords entre le FMI et la Commission comme obstacles aux négociations. Le FMI, expliquait le gouvernement grec, avait tracé ses lignes rouges, particulièrement sur les retraites et la réforme du marché du travail, malgré une apparente flexibilité sur l'excédent budgétaire primaire (hors service de la dette). Au contraire, c'est sur ce dernier point, selon les Grecs, que la Commission aurait ses propres lignes rouges, et sa flexibilité sur les réformes des pensions et du marché du travail.
La Grèce a donc regretté se trouver confrontée à des lignes rouges sur presque tous les sujets. Dans de telles circonstances, un compromis était impossible et la responsabilité en revenait exclusivement aux institutions, expliquait-elle. Athènes semblerait donc vouloir faire de la rétention de législation jusqu'à ce qu'il y ait perspective d'un accord, et mettre sur la table des négociations ses plans pour retrouver son accès aux marchés après le mois de juin.
La ligne dure adoptée par la Grèce, mardi soir, ne semblait pas affecter l'atmosphère récemment améliorée des discussions au sein du 'groupe de Bruxelles', les désaccords entre le FMI et la Commission étant par ailleurs reconnus par plusieurs sources des institutions.
Néanmoins, les trois institutions se sont fendues d'un communiqué conjoint, dans l'après-midi de mercredi. Elles « partagent le même objectif qui est d'aider la Grèce à atteindre la croissance et la stabilité financière » et « continuent de travailler étroitement vers cet objectif ». « Les trois institutions travaillent dur pour réaliser des progrès concrets le 11 mai », ont-elles déclaré.
Malgré tout, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a dit depuis Paris mercredi, recevoir certains rapports positifs de Bruxelles. « Il reste toujours beaucoup de questions à résoudre, qui doivent être davantage approfondies, avec plus de détails, donc il n'y aura pas d'accord lundi (à l'Eurogroupe), nous devons être réalistes », a-t-il indiqué. Plusieurs médias rapportaient par ailleurs que les parties se rapprochaient d'un accord sur la TVA, la collecte de l'impôt et les privatisations.
Sans accord, et même en cas de signal positif qu'enverrait l'Eurogroupe, cela ne suffirait pas à convaincre la BCE d'apporter un ballon d'oxygène en liquidités pour le pays, en relevant par exemple le plafond des Bons du Trésor que les banques grecques peuvent acheter. Il était par contre attendu que la BCE prolonge les liquidités d'urgence qu'elle fournit aux banques grecques, mercredi. « Cette aide ne peut pas durer indéfiniment », avait toutefois prévenu mardi le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer.
Sans compter sur l'aide de l'eurozone, la Grèce a remboursé 200 millions d'euros au FMI, un remboursement qui était scruté par la presse internationale. Les institutions semblent penser qu'elle pourra également s'en sortir dans une semaine, lorsqu'elle devra lui rembourser 765 millions d'euros supplémentaires.
À noter par ailleurs que, selon le journal allemand Bild, les 500 familles les plus riches de Grèce pourraient être assujetties à une taxe spéciale. La liste de réformes des Grecs prévoirait également un relèvement de la surtaxe sur les salaires supérieurs à 30 000 euros par an et une hausse de la taxe sur les articles de luxe. Cette liste contiendrait également l'introduction d'une taxe sur les croisières de luxe vers les îles grecques et une standardisation de la taxation du chiffre d'affaires, ainsi qu'une obligation d'utiliser la carte de crédit pour les paiements au-delà de 70 euros. (Elodie Lamer)