Bruxelles, 05/05/2015 (Agence Europe) - L'incertitude qui entoure la Grèce a contraint la Commission européenne à revoir inévitablement ses projections macroéconomiques à la baisse, a expliqué le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, mardi 5 mai, en conférence de presse (voir autre nouvelle).
Une rencontre plus tard avec le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a mis tout le monde d'accord: l'Eurogroupe du 11 mai serait un nouveau point d'étape, et non une réunion décisive comme il était initialement espéré.
Entre ses prévisions économiques d'hiver, présentées en février dernier, et celles présentées le 5 mai, la Commission a sabré dans ses projections. La croissance en Grèce sera de 0,5% du PIB cette année, puis de 2,9% en 2016, contre de précédentes estimations qui indiquaient une reprise de 2,5% du PIB en 2015 et de 3,6% l'année prochaine. L'excédent primaire devait atteindre 4,8% du PIB cette année et 5,2% en 2016, selon les prévisions d'hiver. Celui-ci, à condition qu'un accord entre les institutions et les autorités grecques soit trouvé, atteindrait plutôt 2,1% du PIB cette année et 1,8% en 2016. « Cela va sans dire que nos prévisions sont sujettes à un haut degré d'incertitude », a par ailleurs prévenu Pierre Moscovici.
Du côté de la Commission, et dans la droite lignée de la déclaration de l'Eurogroupe du 20 février, on reconnaît que l'objectif d'un excédent primaire de 3% du PIB cette année n'est plus adéquat. Vu le temps perdu dans les discussions, il ne restera que 6 mois aux autorités grecques pour entreprendre les réformes permettant de dégager cet excédent. Selon le Financial Times, le FMI prévoirait que la Grèce enregistre plutôt un déficit primaire de l'ordre de 1,5% du PIB cette année, une situation qui aurait poussé son représentant, Poul Thomsen, à remettre sur la table, à Riga, il y a quelques jours, la question d'une réduction de la dette grecque. « Le FMI n'a, bien sûr, pas fait de tel commentaire », a toutefois démenti Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, ajoutant qu'il avait bien été souligné que l'état des finances publiques grecques se détériorait. M. Thomsen, selon le FT, n'aurait pas parlé de coupes sèches dans la dette, mais prévenu qu'un allègement des objectifs d'excédent primaire allait requérir un allègement de la dette en compensation. Ces objectifs élevés en termes budgétaires visent précisément à réduire la dette, mais la Grèce, et c'était également la position du gouvernement précédent, estime que ce corsetage budgétaire étoufferait la croissance, réduisant donc à néant l'impact sur le ratio dette/PIB.
La question d'un geste européen sur la dette grecque ne pourra « être discutée qu'après un accord sur un programme de réformes complet, cohérent et détaillé pour que l'économie grecque puisse aller de l'avant », a expliqué Pierre Moscovici. Si la Grèce ne fait pas sa part du chemin (un excédent primaire et le respect de ses engagements), l'Eurogroupe ne sera pas très conciliant sur cette question.
« Ce que nous notons, c'est que nous pensions qu'il y a toujours la base pour une reprise de croissance significative en 2016, à condition de revenir dans (…) le cap des réformes, qui doit être poursuivi, en Grèce », a expliqué Pierre Moscovici. Cité par l'agence Bloomberg, des officiels grecs auraient pointé le manque de coordination entre les 'institutions' (Commission, BCE, FMI) et les nombreuses lignes rouges qui lui sont imposées.
Après une rencontre avec Yanis Varoufakis, tenue à la demande de celui-ci, Pierre Moscovici a espéré, via son compte Twitter, un Eurogroupe « utile » le 11 mai. En conférence de presse, il a souhaité d'ici là que les institutions et la Grèce puissent « enregistrer de bons progrès dans nos discussions ».
La veille, devant l'Université de Louvain, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait expliqué qu'il appartenait aux Grecs de faire des pas en direction des 'institutions', qui, à leur tour, devront répondre de manière adéquate.
Mardi matin, Yanis Varoufakis était à Paris, où il a rencontré le ministre français des Finances, Michel Sapin. Ce dernier a estimé que cette rencontre était « importante ». « Les autorités grecques souhaitent passer des messages ces jours-ci. Nous sommes à un moment déterminant et nous avons la capacité d'aboutir à un bon compromis. (…) Il n'y a pas d'autre solution que celle d'un accord », a expliqué M. Sapin. Si aucun accord n'est attendu d'ici là, il est tout de même espéré que l'Eurogroupe enverra un signal positif suffisant pour que la BCE puisse, par exemple, relever encore le plafond de bons du Trésor que les banques grecques peuvent acheter, ce qui permettrait aux Grecs de respirer sur le plan des liquidités. (Elodie Lamer)