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Bulletin Quotidien Europe N° 11308
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) mÉditerranÉe

Les contours d'une communauté de « partage des ressources » en énergie

Bruxelles, 05/05/2015 (Agence Europe) - La visite, mardi 5 mai à Alger, du commissaire européen à l'Énergie et au Climat, Miguel Arias Cañete, concerne en premier lieu l'Algérie, pays significatif sur la scène énergétique, mais l'enjeu est plus largement euro-méditerranéen et induit le besoin d'un dialogue structuré.

La visite du commissaire à Alger a pour but, selon des indications officielles européennes, de lancer le « Dialogue énergie », scellé par la signature, en juillet 2013, en présence du président de la Commission de l'époque, José Manuel Barroso, d'un 'mémorandum d'entente sur l'énergie'. L'objet de cette visite est d'en « agréer les modalités opérationnelles » et « d'entamer la mise en chantier d'un certain nombre d'actions concrètes de coopération » dans les sous-secteurs du gaz, des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique en encourageant les synergies. L'idée est de « faciliter les investissements dans des nouveaux projets d'exploration et de production du gaz naturel ». Au-delà de l'aspect « technique », un enjeu économique important se dessine, comme l'avait affirmé M. Barroso: le mémorandum propose un « instrument de développement à travers la coopération énergétique (…) aussi bien sur les sources conventionnelles que renouvelables, sur l'industrie énergétique et le transfert de technologies ».

Le besoin est réciproque. L'UE a besoin de garantir son approvisionnement, d'en diversifier les sources et de prendre en compte la dimension nouvelle prise par l'utilisation du gaz dans la consommation d'énergie dans un contexte mondial en pleine mutation. L'Algérie, liée par des contrats de livraison à long terme, entend essentiellement, pour sa part, sauvegarder ses parts de marché face à une concurrence croissante et préserver une rente essentielle à sa stabilité politique et sociale et à son rôle dans la région en termes de sécurité et d'influence diplomatique. L'Algérie représente 13% des achats européens, la Libye 2% et l'Égypte 1% ; l'Afrique du Nord est le troisième plus grand fournisseur de gaz de l'UE.

De nombreux experts font de cette coopération un enjeu majeur pour la Méditerranée dans son ensemble. La Méditerranée est en effet devenue une pièce maîtresse dans la stratégie européenne. « De manière peut-être imperceptible, l'UE utilise l'abondance du gaz naturel des pays pas trop éloignés » baignés par la Méditerranée, comme « un levier » pour la sauvegarde de son approvisionnement face à une Russie incertaine.

Plus loin, la perspective d'une coopération serait « de nature à favoriser l'émergence de la paix » dans cette région troublée, mais cruciale, estime Samuel Furfari, conseiller auprès de la Direction 'Énergie' à la Commission européenne et auteur de livres sur ce thème. Dans l'ouvrage collectif « La question énergétique en Méditerranée » paru fin 2014, il confirme que « la Méditerranée se trouve au centre de vastes réserves gazières » (Moyen-Orient, Maghreb, Israël et Chypre), et qu'elle est « aussi le lieu de passage de gaz dont l'UE a besoin. » (EUROPE n° 11251). Tout transite, démontre-t-il, par la Méditerranée, même vers l'Europe du Nord et depuis l'Afrique orientale où « un eldorado gazier » est annoncé, ainsi que depuis le Golfe (surtout le Qatar) et l'Asie centrale. « Il convient donc à présent de penser comment créer les conditions d'un 'hub gazier' dans un État membre de l'UE baigné par cette mer ». Ce 'hub' serait dans la logique de la « stratégie sur la sécurité d'approvisionnement » de l'UE. Il prendrait la forme d'une « plate-forme» desservant tous les États membres et qui permettra de « former sur place une bourse du gaz » et de « créer un véritable marché du gaz libéré de toute tutelle géopolitique ». La création d'une plateforme fait déjà partie de l'ordre du jour euro-méditerranéen (EUROPE 11120 et 11273). Une première réunion a eu lieu en mars dernier.

Toutefois, la perspective « implique d'entamer un dialogue politique et commercial renforcé avec les pays d'Afrique du Nord et de l'est de la Méditerranée ». En résumé, le besoin de structurer cette relation vitale pour tous, de part et d'autre de la Méditerranée, est établi. M. Furfari reprend la thèse déjà exprimée d'une « Communauté euro-méditerranéenne de l'énergie », à l'exemple de ce qui, depuis la CECA, a conduit à la création de la Communauté européenne. « Puisqu'elle l'a fait pour elle-même, il y a soixante-ans déjà, l'UE peut prétendre servir de modèle » et proposer le cadre pour un « partage des ressources » et notamment tarir le flux de « charrettes de la mer » transportant des migrants, en les remplaçant par des méthaniers ou des conduites fixes de gaz, affirme l'auteur. (Fathi B'Chir)