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Bulletin Quotidien Europe N° 11308
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) Économie

Le printemps économique est là, se félicite la Commission

Bruxelles, 05/05/2015 (Agence Europe) - La Commission européenne a révisé à la hausse, mardi 5 mai, ses prévisions de croissance pour 2015 et 2016.

« Le printemps économique est là », s'est réjoui le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, en présentant les prévisions économiques de printemps de l'institution européenne. Il a évoqué « un vent arrière » qui renforce la croissance en Europe grâce à des facteurs externes - faiblesse des prix du pétrole, chute du cours de l'euro, politique monétaire accommodante de la BCE - et internes tels que les réformes structurelles dans les États membres qui commencent à porter leurs fruits. Afin que cette embellie ne soit pas saisonnière, il a plaidé pour la poursuite de ces réformes et d'une consolidation budgétaire calibrée de nature à favoriser l'investissement et les gains de compétitivité.

Alors qu'elle prévoyait en février une croissance moyenne du PIB de 1,3% dans l'Eurozone et 1,7% dans l'UE en 2015 (EUROPE 11247), la Commission table désormais sur une croissance légèrement supérieure située à 1,5% dans la zone euro et 1,8% dans l'UE cette année. Pour 2016, celle-ci devrait atteindre, à politique inchangée, 1,9% dans l'Eurozone et 2,1% au niveau des Vingt-huit.

La croissance reste toutefois inégale selon les États membres. En février, la Commission avançait une croissance positive dans tous les États membres pour la 1ère fois depuis la crise financière de 2008. Ce ne devrait pourtant pas être le cas encore cette année, Chypre étant susceptible de retomber en récession: son PIB chuterait de 0,5% cette année alors que la Commission tablait sur une reprise à hauteur de 0,4% (EUROPE 11289). En 2015, la croissance devrait être la plus forte en Irlande et à Malte (3,6% chacune), au Luxembourg (3,4%) en Pologne (3,3%) et en Slovaquie (3,0%), et la plus faible en Finlande et en Croatie (0,3% chacune), en Grèce (0,5%, voir autre nouvelle), en Italie (0,6%) et en Autriche (0,8%).

Cette croissance plus vigoureuse peine pourtant à se matérialiser sur le front de l'emploi. « Le marché de l'emploi s'améliore lentement » et le nombre de personnes sans travail demeure trop élevé dans certains pays, a reconnu M. Moscovici. Le chômage devrait poursuivre une lente décrue, s'établissant à 11% de la population active dans l'Eurozone et 9,6% dans l'UE. La Grèce (25,6%), l'Espagne (22,4%) et la Croatie (17,0%) sont les pays les plus touchés, tandis que l'Allemagne (4,6%), le Royaume-Uni (5,4%) et la République tchèque (5,6%) s'en sortent le mieux.

L'inflation devrait rester faible, à 0,1% en 2015 à la fois dans l'Eurozone et l'UE. À la faveur de l'opération 'quantitative easing' de rachat massif de titres publics et privés de la BCE qui s'appliquera au moins jusqu'en septembre 2016, un rebond de l'inflation est attendu pour 2016 (1,5% dans l'UE19 et l'UE28).

En matière budgétaire, la Commission est d'avis que l'assainissement budgétaire a désormais un impact « globalement neutre ». Le déficit moyen de la zone euro passerait de 2,4% du PIB en 2015 à 2,0% en 2016 (respectivement 2,9% et 2,5% dans l'UE28). Seuls la Croatie (5,6%), le Royaume-Uni (4,5%), l'Espagne (4,5%), la France (3,8%), la Finlande (3,3%) et le Portugal (3,1%) enregistreraient un déficit public supérieur au seuil de 3% du PIB fixé dans les règles budgétaires européennes.

Concernant la dette publique, la Commission entrevoit une amorce de repli par rapport à 2014: baisse du ratio dette/PIB de 94,2% à 94,0% du PIB dans la zone euro et de 88,6% à 88,0% du PIB en 2015. Là encore, les différences nationales sont notables. Dans l'Eurozone, l'endettement par rapport à la richesse produite continuera d'être le plus élevé en Grèce (180,2% du PIB en 2015 contre 177,1% du PIB en 2014), en Italie (133,1% contre 132,1%), au Portugal (124,4% contre 130,2%). Il sera le plus faible en Estonie (10,3%), au Luxembourg (24,9%) et en Lettonie (37,3%).

Interrogé sur la performance budgétaire de la France, M. Moscovici a constaté que les prévisions économiques pour ce pays étaient meilleures que prévu avec une croissance (1,1% du PIB en 2015) tirée par la consommation intérieure et qui sera relayée, en 2016, par un rebond des investissements des entreprises (EUROPE 11299). Le défi principal auquel cet État membre était confronté concerne « le redressement de sa compétitivité », a-t-il rappelé, estimant que les efforts menés en matière de réformes structurelles allaient « dans la bonne direction ». Les autorités françaises sont invitées à ne pas fléchir dans ce domaine tout en maintenant une politique budgétaire en ligne avec la croissance.

Quant aux économies supplémentaires de 4 milliards d'euros demandées en 2015 pour respecter un effort structurel (hors effet de la conjoncture) de 0,5% du PIB et bénéficier d'un délai supplémentaire de 2 ans (de 2015 à 2017) pour ramener le déficit français sous la barre des 3% du PIB, le commissaire a qualifié les annonces françaises de « bonne base de travail ». L'arbitrage politique, qui sera rendu mercredi 13 mai, portera sur certaines mesures qualifiées de structurelles par Paris telles qu'un service allégé de la dette française et des gains accrus en matière de lutte contre l'évasion et la fraude fiscales.

« Nous sommes en train de sortir de l'hypothèse 'sanction'. Ce risque existait et il n'a pas totalement disparu », avait estimé la semaine dernière un diplomate de haut rang au sujet de la France. Il a estimé que l'engagement de la France en matière de lutte contre le terrorisme notamment hors d'Europe, dans un contexte marqué par des menaces sur la paix « sans précédent depuis 20 ans », avait contribué à modifier le regard que portaient les partenaires européens sur la France, et notamment sur sa situation économique en France.

Questionné sur la situation budgétaire de l'Italie, M. Moscovici s'est réjoui que la croissance soit enfin de retour dans le pays (hausse du PIB de 0,6%). Le déficit italien étant maîtrisé (2,6% du PIB), le principal défi pour Rome concerne sa dette publique « très élevée » (133,1% du PIB en 2015 contre 132,1% en 2016) combinée à une croissance faible, a noté le commissaire. Il a indiqué qu'il revenait « aux autorités italiennes de dire quelles mesures elles comptent prendre » pour compenser le manque à gagner budgétaire - la presse italienne évoque un trou supérieur à 10 milliards d'euros - provoqué par un récent arrêt de la Cour constitutionnelle italienne. La semaine dernière, celle-ci avait invalidé une mesure du précédent gouvernement 'Monti' ayant gelé les retraites supérieures à 1 400 euros en 2012 et 2013.

Enfin, le commissaire a été invité à s'exprimer sur la politique économique que doivent mener les pays bénéficiant d'excédents budgétaires, tels que l'Allemagne qui devrait enregistrer un excédent de 0,6% du PIB. Selon M. Moscovici, s'il faut se réjouir des performances économiques de la 1ère économie de la zone euro et des annonces déjà faites en matière d'investissement, Berlin pourrait quand même « faire plus » pour stimuler la consommation interne.

Prochain rendez-vous budgétaire le 13 mai. Sur la base de ces prévisions économiques et des programmes nationaux de stabilité et de réforme, la Commission présentera, mercredi 13 mai, ses recommandations spécifiques par pays. Celles-ci seront discutées lors du Conseil Ecofin de juin en vue d'une adoption formelle au sommet européen de juin. (Mathieu Bion)