Bruxelles, 16/02/2015 (Agence Europe) - Les ministres des Finances de la zone euro ont demandé - avec fermeté - lundi 16 février à la Grèce qu'elle sollicite formellement une extension du plan de sauvetage, à l'issue d'une réunion de l'Eurogroupe censée être de la dernière chance et qui s'est soldée par un échec.
« La meilleure façon d'aller de l'avant pour les autorités grecques serait de rechercher une extension du programme actuel », a déclaré le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Si Athènes soumet rapidement une demande formelle, une réunion de l'Eurogroupe pourrait avoir lieu « vendredi » 20 février. Désormais, « c'est aux autorités grecques d'agir », a-t-il ajouté. Selon le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, « il n'y a pas d'alternative à demander une extension du programme ».
Les créanciers européens d'Athènes sont d'avis qu'une prolongation du plan de sauvetage actuel, qui expire fin février, permet non seulement d'utiliser les financements encore disponibles, mais aussi de gagner du temps pour négocier une nouvelle relation contractuelle. Selon eux, une extension du plan de sauvetage actuel, octroie la flexibilité pour modifier les mesures d'ajustement à appliquer en échange de l'aide financière.
« Il y a toujours une certaine flexibilité, des mesures peuvent être remplacées », a indiqué M. Dijsselbloem. Interrogé sur l'ampleur de cette flexibilité en matière budgétaire, il a estimé qu'une prolongation de programme ne permettrait pas de jeter par la fenêtre les objectifs fixés en matière de consolidation budgétaire. En outre, des « engagements » précis seraient requis, tels que l'obligation que toute mesure qui en remplacerait une autre soit pleinement financée et validée par les créanciers institutionnels, ainsi que la poursuite d'une relation étroite entre Athènes et ses créanciers en matière de surveillance.
Le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, a dit qu'il aurait accepté de signer un texte que lui avait soumis plus tôt M. Moscovici. Selon M. Varoufakis, ce texte admettait la crise humanitaire en Grèce et spécifiait la nécessité pour le gouvernement d'Athènes de demander une extension de l'accord de prêt grec (Greek loan agreement) qui mènerait à un programme intermédiaire de quatre mois, en échange de quoi les Grecs s'engageaient à respecter des mesures conditionnelles et à s'abstenir de toute mesure unilatérale. M. Dijsselbloem aurait retiré le texte avant l'Eurogroupe, pour en soumettre un autre considéré inacceptable par les Grecs. Nous avons voulu savoir ce qu'était la flexibilité et nous n'avons pas eu de réponse précise, a souligné M. Varoufakis, en soulignant que rien de bon n'est jamais sorti d'un ultimatum. Il s'est dit confiant que l'Europe, dans les 48 heures, sera en mesure de trouver les éléments de langage nécessaires pour avancer.
En termes de contenu, quelles différences entre un plan d'aide prolongé et un nouveau programme ? « Un nouveau programme n'aurait pas une allure très différente » et contiendrait des mesures visant « la durabilité des finances publiques, la création d'une économie compétitive et la stabilité du secteur financier », reconnaît M. Dijsselbloem. Autant de mesures qui requièrent « des réformes, certaines populaires, d'autres moins », a-t-il ajouté. Après un tel échec, Donald Tusk n'a pas l'intention de convoquer un sommet de l'Eurozone, a souligné le ministre néerlandais après avoir discuté avec le président du Conseil européen.
Pessimisme ambiant à l'amorce des négociations
À leur arrivée lundi après-midi à l'Eurogroupe, plusieurs ministres des Finances avaient appelé de leurs voeux une clarification des intentions réelles de la Grèce à travers une demande formelle de leur homologue grec sur la suite à donner au 2ème plan de sauvetage qui expire fin février. Clairement, la préférence des créanciers d'Athènes et de la Commission européenne va à une prolongation du programme actuel, afin de se donner le temps de négocier une nouvelle relation contractuelle avec la Grèce à l'été.
« Il faut qu'ils fassent une proposition concrète », a indiqué le ministre letton, Janis Reirs. « Je ne sais pas encore ce que sont leurs requêtes spécifiques », a déclaré le ministre irlandais des Finances, Michael Noonan, convaincu qu'une extension du plan d'aide actuel constitue « la façon la plus immédiate d'effectuer des progrès ». D'après le ministre français, Michel Sapin, une « bonne solution » qui donne de la « sécurité » et du « temps pour discuter du nouveau programme » consiste à prolonger le programme actuel « dans des conditions respectueuses du gouvernement actuel ». Même son de cloche pour le commissaire chargé de l'Euro, Valdis Dombrovskis, pour qui une extension du plan d'aide de « plusieurs mois ou d'un semestre » constitue la façon « la plus réaliste » d'aller de l'avant.
Prolonger le programme permettrait d'utiliser les réserves financières disponibles pour que la Grèce évite le défaut de paiement, de faciliter l'accès des banques grecques aux liquidités 'banques centrales' et, pour les Européens, de faire en sorte que la Grèce colle au plus près du programme d'ajustement validé par le précédent gouvernement 'Samaras'. Or, le nouveau gouvernement Tsipras veut s'affranchir au maximum de cette contrainte (ex: réalisation d'un excédent budgétaire élevé hors service de la dette, programme de privatisations) qu'elle ne reconnaît pas. Il réfute la légitimité des techniciens de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) à négocier avec un gouvernement élu. Pour lui, une nouvelle relation contractuelle lui permettrait de mener la politique 'anti-austérité' pour laquelle il a été élu (ex: hausse du salaire minimum, fourniture d'énergie gratuite aux bas revenus).
Toujours « très sceptique » concernant les chances de parvenir à un accord, le ministre allemand, Wolfgang Schäuble, a regretté que la Grèce n'ait pas fait évoluer sa position depuis le précédent Eurogroupe, mercredi dernier (EUROPE 11251). « Tant que la Grèce ne veut aucun programme, je ne vois pas la nécessité de réfléchir à une autre option », a-t-il indiqué de manière lapidaire. Plus tôt à la radio publique allemande, il avait reproché aux nouvelles autorités grecques de jouer à une « grande partie de poker » en laissant entendre qu'elles pourraient renier les engagements pris par les gouvernements précédents. Le ministre espagnol, Luis De Guindos, a rappelé la « ligne rouge » tracée par les créanciers d'Athènes: les 240 milliards d'euros de prêts octroyés depuis 2010 devront être intégralement remboursés.
Lundi après-midi, plusieurs ministres avaient laissé entendre que l'Eurogroupe pouvait ne pas être conclusif, l'option d'une nouvelle réunion ministérielle - vendredi 20 février - circulant. Il est « trop tôt pour une décision (lundi) soir », a indiqué le ministre slovaque, Peter Kazimir, convaincu que les Dix-neuf allaient devoir se revoir « de nouveau cette semaine ». M. Noonan a reconnu que l'idée d'un Eurogroupe vendredi prochain avait été évoquée, lundi matin. En revanche, le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, était plutôt d'avis que la réunion de lundi allait être « décisive » et permettre d'aboutir à une nouvelle phase dans les relations entre la Grèce et ses créanciers basée sur « la responsabilité et la solidarité ». « Il n'y a qu'un scénario »: parvenir à trouver un accord, le restant étant de la « spéculation pure », a-t-il dit.
Jeudi dernier, en marge du sommet européen, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, et le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, s'étaient mis d'accord sur un processus permettant de défricher le terrain au niveau technique en vue des négociations politiques à l'Eurogroupe (EUROPE 11252).
Ces discussions techniques ont eu lieu, vendredi et samedi à Bruxelles, pour faire le point sur la situation budgétaire de la Grèce et comparer les mesures souhaitées par le gouvernement Tsipras avec celles contenues dans le programme d'ajustement économique validé fin 2014 par le précédent gouvernement Samaras. Se trouvaient face aux Grecs les mêmes représentants des créanciers d'Athènes non plus désignés par le terme 'troïka' mais désormais par 'les institutions'.
À noter que le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, s'est entretenu dimanche avec le jeune Premier ministre grec, Alexis Tsipras. (Élodie Lamer et Mathieu Bion)