Bruxelles, 28/01/2015 (Agence Europe) - La Commission européenne s'attend à ce que la Grèce honore les engagements qu'elle a pris envers les citoyens européens, a déclaré mercredi 28 janvier son vice-président, le Finlandais Jyrki Katainen. M. Katainen, qui s'exprimait suite à une réunion du collège où le dossier grec a été abordé, a expliqué que la Commission avait une position unanime sur la situation de la Grèce.
« Nous devons coopérer de la même manière que nous l'avons fait avec les précédents gouvernements », a dit M. Katainen, ajoutant que la situation restait la même et qu'il ne fallait pas s'attendre à « beaucoup de changements de notre part ». Le nouveau gouvernement grec a été invité à la Commission, selon lui, mais aucune date n'est à ce jour fixée. La Commission est prête à discuter, a-t-il assuré, ajoutant qu'elle ne changeait pas ses politiques au gré des élections. « Les engagements n'ont pas changé et le temps presse, donc nous devons avoir une image claire et la confirmation du gouvernement qu'il fera ce qui a été promis », a déclaré M. Katainen, ajoutant qu'il ne s'agissait pas des institutions européennes, mais des citoyens de l'UE.
Depuis Berlin, la position exprimée est proche de celle de la Commission. Le ministre de l'Économie, Sigmar Gabriel, a expliqué, cité par l'AFP, que l'objectif était de maintenir la Grèce dans la zone euro, « mais il faut que soit respecté un principe de justice à l'égard de notre population, à l'égard des gens en Allemagne et en Europe (...) qui se sont montrés solidaires des Grecs avec les aides consenties depuis 2010 ».
Sauf qu'à Athènes, les remises en question des engagements précédemment pris par la Grèce ne se sont pas faites attendre. À l'issue de la première réunion du cabinet ministériel, resserré à dix ministres (pas de femmes), ont été annoncés notamment l'arrêt de la privatisation d'une partie des actifs de l'entreprise publique d'électricité Public Power Company ('PCC') ainsi que de celle du port de Pirée. Le personnel licencié sous Antonis Samaras sera en outre réengagé, a également annoncé le gouvernement, et le salaire minimum sera relevé. Le nouveau Premier ministre, cité par la presse grecque, a également dit vouloir maintenir un budget équilibré, mais ne chercherait pas à dégager « des excédents irréalistes » pour payer le service de la dette. Le nouveau ministre des Finances, Yanis Varoufakis, a toutefois précisé qu'il n'y aurait pas d'explosion de la dépense publique. Il a également appelé à un 'New Deal paneuropéen'. À noter que M. Varoufakis sera entouré par Ioannis Dragasakis, vice-Premier ministre, qui supervisera les négociations avec les créanciers, ainsi que par Georges Stathakis, ministre de l'Économie, des Infrastructures, de la Marine marchande et du Tourisme. Alexis Tsipras, Premier ministre, a toutefois promis de ne pas aller au « clash mutuellement destructif » avec l'eurozone et d'en finir avec la politique de soumission. Il veut négocier une solution « juste, viable et mutuellement bénéfique pour que le pays puisse quitter le cercle vicieux de la dette excessive et de la récession ».
Après les annonces du gouvernement, l'indice général de la Bourse d'Athènes a chuté de 8% et le taux d'emprunt à 10 ans du pays est repassé au-delà du seuil symbolique de 10%. « Le gouvernement grec, l'Eurogroupe et les institutions de l'UE doivent tenir un comportement susceptible d'accroître la stabilité au lieu d'accroître l'incertitude », a dit Jyrki Katainen. « Personne ne veut détruire les éléments positifs » constatés à Athènes, c'est pourquoi « il faut continuer sur un chemin viable », a-t-il dit.
Sur la dette, l'on notera une sortie intéressante de Reza Moghadam, un ancien responsable du FMI qui a participé aux négociations au sein de la 'troïka' entre 2010 et 2014. Il explique notamment que le plan actuel d'un excédent primaire de 4,5% en 2016 et au-delà menacerait la cohésion sociale et anéantirait tout perspective de reprise économique. Il préconise une réduction de moitié de cet objectif, ainsi qu'une réduction de moitié de la dette en échange de réformes. Sur France Info, mercredi, le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a expliqué qu'il n'y avait pas l'unanimité au sein de l'Eurogroupe pour réduire la dette. Alors que Syriza prône un changement radical, M. Moscovici a, quant à lui, rappelé qu'il considérait « qu'en toute hypothèse, il fallait passer à une autre phase » avec la Grèce. Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselboem, se rendra à Athènes vendredi, précédé, jeudi, par le président du Parlement européen, Martin Schulz. (EL)