Bruxelles, 21/10/2014 (Agence Europe) - En dépit de quelques défections annoncées, comme celle du groupe des Verts/ALE, qui a indiqué, mardi 21 octobre, qu'il voterait contre l'investiture du collège Juncker, le président élu de la Commission, Jean-Claude Juncker, devrait voir son équipe investie sans difficultés, mercredi 22 octobre à Strasbourg, et entrer ainsi en fonction dès le 1er novembre.
Les groupes politiques devaient toutefois encore arrêter leur position définitive mardi soir, en réunion de groupes, à l'instar de l'ADLE de Guy Verhofstadt, relativement satisfait de compter cinq commissaires libéraux dans l'équipe, mais encore soucieux du sort qui sera réservé au Hongrois Tibor Navracsics. L'ADLE souhaite notamment que lui soient retirés de son portefeuille les volets 'Citoyenneté' et 'Culture'. Au sein du PPE, quelques désistements pourraient également intervenir. La députée UMP française Rachida Dati avait ainsi déjà expliqué, début octobre, qu'elle ne soutiendrait pas la Commission Juncker et, notamment, son commissaire grec, Dimitris Avramopoulos, opposé à une réforme de l'espace Schengen.
Gabi Zimmer, chef du groupe GUE/NGL, a indiqué, mardi après-midi, que son groupe ne soutiendrait pas l'équipe Juncker, la gauche radicale européenne ayant été déçue que M. Juncker n'ait pas respecté ses engagements et fait primer les accords de grande coalition PPE/S&D sur l'appel des élections européennes à davantage de démocratie et de transparence, a expliqué Gabi Zimmer. Pour elle, la réputation de la Commission Juncker est d'ailleurs déjà entachée en ce qu'elle sera approuvée avec certains membres très controversés, comme l'Espagnol Miguel Arias Canete.
Ces critiques et défections individuelles ne devraient toutefois pas changer l'issue du vote, mercredi. M. Juncker, conscient des attentes de certains députés, devrait d'ailleurs également faire quelques annonces dans la matinée, une source indiquant qu'il « pourrait préciser certaines choses sur le plan d'investissement de 300 milliards ». M. Juncker devrait aussi expliquer les derniers ajustements de portefeuilles aux eurodéputés, notamment en ce qui concerne les volets Citoyenneté ou Durabilité environnementale. Le président élu de la Commission s'est aussi appliqué, ces derniers jours, à clarifier le fonctionnement de sa Commission. En ce qui concerne les répartitions des tâches entre Pierre Moscovici et Vladis Dombrovskis, M. Juncker a fourni des clarifications dans une lettre adressée à Guy Verhofstadt le 15 octobre, expliquant que le Letton et le Français travailleront « ensemble » et « en cas de désaccord, je déciderai », a écrit le Luxembourgeois.
La raison plutôt que la passion
Le respect du calendrier et le sort du collège Juncker n'étaient pas assurés en début de semaine dernière, mais le suspense a été évacué peu à peu avec la volonté affichée par les groupes de mettre la Commission au travail le plus tôt possible. Conformément à cette ambition, les auditions des commissaires-candidats, Violeta Bulc aux Transports et Maros Sefcovic à la vice-présidence chargée de l'Union de l'Énergie, n'ont donné lieu à aucune surprise, lundi soir, la novice politique slovène, jugée par certains pas vraiment meilleure que Mme Bratusek, ayant reçu sans difficultés le feu vert de sa commission, tout comme Maros Sefcovic (voir les articles spécifiques séparés). Ces deux derniers examens clôturent en tout cas un processus d'auditions qui n'a pas convaincu tout le monde. Les Verts ont ainsi regretté mardi que, bien qu'intéressantes dans leur concept, les auditions aient été préemptées par les négociations politiciennes. « Les députés ont été pris en otage », a jugé pour sa part Gabi Zimmer.
L'Italien Gianni Pittella, président du groupe S&D, a, lui, expliqué mardi matin s'être entretenu la veille avec Jean-Claude Juncker pour évoquer à nouveau les priorités des sociaux-démocrates, assurant également avoir obtenu plusieurs garanties écrites de la part de M. Juncker notamment concernant l'octroi à Frans Timmermans de la compétence Développement durable. Cet échange a également porté sur le plan d'investissement de 300 milliards d'euros ainsi que sur le sort des médicaments dans les compétences de l'exécutif. « M. Juncker a répété qu'il était d'accord avec nos demandes », a dit M. Pittella. L'Italien vérifiera naturellement mercredi matin, lors de son discours d'investiture, que M. Juncker tient bien ses engagements. Mais l'entente semblait relativement scellée mardi, l'Italien étant convaincu qu'une grande majorité de ses troupes soutiendra le Luxembourgeois. Ce sera même le cas « de la majorité des socialistes espagnols », a ajouté l'Italien, alors que des défections sont attendues de ce côté. Pour M. Pittella, la priorité est de tourner la page Barroso, a-t-il expliqué. « Il ne faut pas que la Commission Barroso survive au 1er novembre », a lancé l'Italien, enjoignant ainsi à ses troupes de mettre de côté leurs réserves.
Les Verts et la GUE/NGL sont par contre déçus. Pour Rebbecca Harms, co-présidente du groupe des Verts/ALE, les auditions sont difficiles à défendre car elles n'auront pas empêché que soient approuvés des candidats inaptes à couvrir les postes qui leur ont été confiés. Les Verts trouvent aussi que M. Juncker s'est éloigné progressivement des engagements qu'il avait pris en juillet lors de son élection. « La préoccupation environnementale n'existe quasiment plus », a déploré Philippe Lamberts, co-président des Verts. « Au niveau social et au niveau du commerce international aussi, on a vu des glissements progressifs ». Pourtant, les Verts/ALE estiment que les choses ne seront pas pires que sous la Commission précédente. « Je suis ravie que l'ère Barroso touche à sa fin », a dit Rebecca Harms, convaincue que « maintenant, nos dialogues seront différents ». (SP avec EL)