Bruxelles, 21/10/2014 (Agence Europe) - Après une audition très convaincante devant les commissions de l'énergie et de l'environnement du Parlement européen, lundi 20 octobre à Strasbourg, le commissaire sortant aux Affaires interinstitutionnelles au sein de la Commission Barroso-2, le Slovaque Maros Sefcovic, a été confirmé, mardi 21 octobre, au poste hautement sensible de vice-président et commissaire à l'Union de l'énergie au sein de la future Commission Juncker. M. Sefcovic, qui s'était déjà montré à la hauteur pour le portefeuille Transports, a vu sa candidature au poste initialement dévolu à l'ex-Premier ministre slovène, Alenka Bratusek, approuvée par consensus au sein des deux commissions.
M. Sefcovic a d'emblée marqué des points en citant les promoteurs de la première heure de l'Union de l'énergie, l'ex-président de la Commission, Jacques Delors, et l'ex-président du Parlement européen et actuel président de la commission de l'énergie, Jerzy Buzek (PPE, polonais). « Le président Juncker s'est basé sur cette vision dans son orientation politique: bâtir une Union de l'énergie plus résiliente et dotée d'une politique visionnaire en matière climatique. Dans sa lettre de mission, M. Juncker me demande d'orienter et coordonner des initiatives clés pour accomplir cette vision. L'UE doit relever des défis immédiats: assurer sa sécurité énergétique à la lumière de la crise ukrainienne et lutter contre le changement climatique. Je suis fier d'avoir cette tâche à accomplir », a-t-il insisté. Ce social-démocrate slovaque, que le cursus universitaire en droit a conduit en ex-URSS au temps de la perestroïka, a évoqué sans ambages les relations avec la Russie. « La Russie utilise le gaz comme un instrument de pression et comme une arme politique contre l'Ukraine et contre les pays qui veulent l'aider. Cela est politiquement inacceptable. J'accorderai à la question de l'approvisionnement énergétique l'importance la plus haute, en ayant les intérêts européens à l'esprit », a-t-il insisté. Diplomate de métier, M. Sefcovic s'est aussi montré déterminé à pousser les États membres de l'UE à abandonner le 'cavalier seul' en matière de politique énergétique. « La crise du gaz peut être atténuée si l'on travaille de concert et si l'on n'a pas une attitude strictement nationale », a-t-il insisté. « Sans la solidarité et les flux inversés, les conséquences de la crise gazière de 2009 auraient été terribles. C'est pourquoi nous avons un devoir solennel que les citoyens ne se retrouvent pas dans la même situation », a-t-il ajouté.
Son projet pour l'Union de l'énergie repose sur cinq piliers. Le premier, qu'il intitule « sécurité, solidarité et confiance », vise à mettre en place des conditions de marché équilibrées et une vraie diplomatie européenne pour les relations énergétiques avec l'extérieur. À cet égard, M. Sefcovic veut promouvoir un débat européen sur l'idée de donner mandat à la Commission pour négocier, au nom de l'UE, des accords avec les pays tiers fournisseurs. Il veut, en outre, renforcer la coopération avec les pays voisins pour mieux intégrer les marchés de l'énergie, via la Communauté de l'énergie, et il veut explorer l'idée d'effectuer des achats communs de gaz. M. Sefcovic plaide aussi pour la diversification des sources et routes d'approvisionnement, en insistant notamment sur l'achat de gaz norvégien et le renforcement de la plateforme en Méditerranée. Répondant à Krisjanis Karins (PPE, letton), il s'est montré impartial sur le dossier South Stream. « Ce projet est gelé pour une bonne raison. Il s'agit d'un grand projet, mais on ne peut pas accepter qu'une entreprise ne respecte pas la législation de l'UE. Il faut un engagement sans équivoque à respecter les règles de l'UE et vérifier le respect du critère de diversification des sources d'approvisionnement. Or ce projet ne respecte pas ce critère. Nous devons concentrer notre soutien au Corridor gazier Sud, nous tourner vers l'Azerbaïdjan, oeuvrer pour entamer des négociations avec de nouvelles sources, comme le Turkménistan », a-t-il estimé.
Deuxième pilier du projet, l'achèvement du marché intérieur passe par des flux transfrontaliers plus forts, une coopération régionale accrue et des infrastructures renforcées. M Sefcovic a aussi insisté sur la nécessité d'assurer des prix de l'énergie plus abordables, tant pour préserver la compétitivité de l'industrie que pour prendre en compte les besoins des consommateurs les plus vulnérables. M. Sefcovic a aussi souligné la nécessité de renforcer les interconnexions et de bâtir des réseaux intelligents, notamment pour intégrer les énergies renouvelables. Le plan d'investissement Juncker sera essentiel à cet égard. Troisième pilier de son projet, la modération de la demande d'énergie passe par une efficacité énergétique accrue: à cet égard, M. Sefcovic a dit soutenir pleinement un objectif contraignant minimum de 30% et cible, en tant que secteurs prioritaires, les bâtiments, les transports et l'éco-conception des produits. Sur la décarbonisation du bouquet énergétique, le quatrième pilier de son projet, M. Sefcovic plaide pour un objectif ambitieux de réduction des émissions de carbone à l'horizon 2030. À l'échelle mondiale, il promet de soutenir un accord international juridiquement contraignant ambitieux. « Nous n'avons qu'une seule planète, préservons-la », a-t-il insisté. M. Sefcovic a aussi promis de veiller à ce que l'UE reste le leader mondial en matière de renouvelables: un objectif qui stimulera l'industrie et l'emploi vert. M. Sefcovic y relie étroitement le cinquième pilier de son projet, la R&D en matière de technologies énergétiques à faible teneur en carbone, en insistant notamment sur la technologie du captage et stockage de carbone et sur les biocarburants de seconde génération.
Si la prestation de M. Sefcovic a nettement convaincu une grande partie de son auditoire, les groupes Verts/ALE et GUE/NGL ont émis des réserves sur certaines de ses positions sur le dossier climatique et la commission de l'environnement s'est inquiétée du flou concernant la question de savoir qui de M. Sefcovic ou du commissaire à l'Énergie et au Climat, Miguel Arias Canete, sera le vrai patron, au nom de l'UE, dans les négociations pour un accord international sur le climat à Paris en 2015. (EH)