Bruxelles, 05/09/2014 (Agence Europe) - L'écologiste allemand Michael Cramer ne manquera pas d'imposer son style à la commission parlementaire des transports (TRAN). Après une participation à tous crins à cette commission durant deux législatures, le Berlinois s'est hissé à la présidence de la commission TRAN, succédant à une autre figure singulière, celle du bouillant Brian Simpson (S&D, britannique).
Carrière dédiée au transport. M. Cramer a déjà une longue carrière politique derrière lui dédiée à la mobilité 'verte'. Membre pendant 15 ans du parlement régional de Berlin (responsable du transport), il a rejoint le rang des eurodéputés en 2004 et n'a plus quitté la commission 'TRAN'. Ses interventions, parfois tonitruantes, y sont rapidement devenues incontournables, en tant que porte-parole des Verts notamment. Maniant un langage sans détour, M. Cramer n'hésite pas à dénoncer les incohérences propres au marché intérieur du transport (subsides), à aborder de front les sujets qui fâchent (méga-camions) et à défendre les causes perdues (vélo). Ses tirades sont pleines d'emphase et leurs tournures humoristiques décrochent régulièrement le sourire de ses collègues.
Un engagement cohérent. La mobilité 'verte' est une vocation pour le sexagénaire, qui se reflète de manière cohérente dans son mode de vie. Depuis trente ans, ce professeur de formation a remisé sa voiture et circule tant que faire se peut à vélo. Son coeur penche ouvertement pour le rail, qu'il privilégie, bien entendu, pour se rendre aux sessions plénières du Parlement à Strasbourg. Il vient, d'ailleurs, d'être aussi élu président du Rail Forum Europe, une association d'eurodéputés planchant sur l'avenir du rail en Europe.
Ses convictions écologistes déteindront-elles sur les travaux de la commission TRAN ? Il se dit en tout cas convaincu qu'il faut réconcilier la lutte contre le changement climatique avec les besoins de mobilité. « Nous devons changer nos comportements pour être sûrs que les générations futures pourront aussi vivre sur cette planète », résume-t-il pour EUROPE, ce qui confirme que la durabilité du transport et du tourisme sera tout en haut de son agenda, tant dans ses dimensions économique, sociale qu'écologique.
Il annonce aussi la couleur en précisant qu'établir un cadre législatif équilibré appartient à l'UE et que « les prix doivent refléter les vrais coûts pour les contribuables et l'environnement. Nous devons mettre fin aux subsides qui bénéficient à certains, mais font du tort à notre société et à l'environnement », ajoutant que « nous devons arrêter les modèles économiques qui sont basés sur le dumping social et l'ignorance des lois ! », ajoute-t-il
Aviation, route, investissements. Il fait référence, par exemple, aux compagnies aériennes qui bénéficient de près de 30 milliards d'euros par an d'avantages en étant exemptées de taxes énergétiques et de TVA sur les connexions internationales. Selon lui, « c'est très coûteux, socialement injuste et dommageable pour le climat ». Quant à la route, l'eurodéputé fustige les « moutons noirs » qui ne respectent pas les législations sociales et les limites des temps de conduite et de repos, ne laissant aucune chance aux compagnies de fret routier qui jouent le jeu. « Les travailleurs sont exploités, les taxes évitées et la sécurité routière affaiblie » regrette-t-il, précisant toutefois qu'il y a un consensus parmi les familles politiques pour que cela cesse. M. Cramer fait part, en outre, de son inquiétude à propos des investissements dans les infrastructures alors que les gouvernements européens injectent beaucoup d'argent dans de « mauvaises priorités ». « Des méga-projets qui coutent des milliards d'euros et prennent des décennies pour être réalisés sont souvent favorisés par rapport à des projets plus petits et efficaces », considère-t-il. Il s'engage donc à défendre une valeur ajoutée européenne « surtout sur les connexions transfrontalières qui sont coupées depuis la Seconde Guerre mondiale ».
Réflexion sur les procédures. Mais la patte très « verte » que le nouveau président de la commission TRAN compte imposer sur les dossiers traités devrait transparaître aussi dans la « culture de travail ». Aspirant à plus de transparence dans les procédures, il a déjà amorcé des changements sur cette voie, en prévoyant d'analyser plus en détail en commission l les dossiers traités en comitologie afin d'avoir plus de contrôle sur la Commission européenne et « au lieu de les discuter derrière des portes clauses ». (MD)