Bruxelles, 05/09/2014 (Agence Europe) - Les ministres de l'Agriculture des pays de l'UE ont préconisé, vendredi 5 septembre, l'adoption de nouvelles mesures pour atténuer les effets de l'embargo russe sur les importations de produits agricoles de l'UE. L'UE va plancher sur des compensations ciblées en faveur des agriculteurs et secteurs les plus affectés et la Présidence italienne a évoqué la possibilité de puiser dans d'autres fonds de l'UE que les fonds agricoles, puisque la crise est née d'un « conflit politique et diplomatique », a dit le ministre italien, Maurizio Martina.
La commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos, a déclaré que la Commission continuait à surveiller le marché et à évaluer l'impact des mesures prises (une certaine stabilité des prix est constatée sur les produits les plus touchés). Chaque semaine, des comités de gestion seront organisés pour suivre la situation des marchés et préparer « d'éventuelles nouvelles mesures pour d'autres produits qui risquent d'être affectés » (sous-entendu les agrumes, une demande notamment espagnole), a ajouté le commissaire. Par ailleurs, il a pris note de la demande des pays de ne pas se limiter à des mesures de marché, mais à prendre des mesures à moyen terme « pour renforcer notre présence sur les marchés tiers à travers des actions de promotion et en regardant dans les négociations commerciales comment lever certaines barrières non tarifaires qui limitent l'accès des produits agroalimentaires européens sur d'autres marchés tiers ».
Compensations ciblées. En plus des mesures de stabilisation de marché, la question d'autres mesures pour venir en aide aux producteurs les plus touchés par l'embargo a été posée. M. Ciolos a expliqué qu'il s'agissait de la question des « compensations ciblées » destinées à éviter la disparition d'entreprises rentables et d'emplois. « Il faut voir qui a été le plus affecté, dans quel secteur et dans quel pays. Mais cela va dépendre des disponibilités budgétaires et on doit voir comment partager cette charge avec les États membres à travers des aides d'État », a précisé le commissaire. Plusieurs pays, à part le Royaume-Uni, ont soutenu cette idée de compensations ciblées. L'enveloppe importante de 300 millions € dégagée en 2009 pour le secteur laitier « n'a eu aucun effet au niveau individuel pour les exploitations agricoles », a rappelé M. Ciolos.
Puiser dans d'autres fonds. Le ministre italien a souligné qu'il fallait voir comment récupérer des fonds non utilisés en 2014 et puiser dans d'autres fonds que les crédits de la politique agricole commune. Les pays qui ont soutenu cette idée de trouver d'autres fonds sont notamment la Pologne, certain pays baltes, la Belgique ou encore l'Espagne. La France estime qu'il serait possible « d'aller au-delà du budget agricole, si nécessaire ».
Certains pays (France, pays baltes, Finlande) ont préconisé le déclenchement de restitutions à l'exportation, mais d'autres pays, comme le Danemark et les Pays-Bas, sont contre. Pour la Commission, ces outils « ne sont pas les outils les plus appropriés dans cette situation ».
La Présidence italienne a évoqué aussi le besoin d'une réponse coordonnée en matière d'aides d'État.
Les ministres de l'Agriculture de l'UE évoqueront encore le dossier de l'embargo russe lors de leur réunion informelle de Milan, du 28 au 30 septembre.
Le Copa-Cogeca a appelé les ministres européens de l'Agriculture et la Commission européenne à introduire de toute urgence des mesures supplémentaires. Albert Jan Maat, président du Copa, a: - invité le commissaire à faire tout son possible pour encourager les campagnes de promotion à l'exportation afin de stimuler une nouvelle demande et de trouver de nouveaux débouchés pour les produits ; - jugé indispensable de réduire la charge administrative et de traiter de la question des obstacles non tarifaires au commerce (dans le secteur des fruits et légumes, des barrières phytosanitaires empêchent l'entrée de fruits européens sur le marché des États-Unis) ; - préconisé l'utilisation des programmes de distribution de lait, de fruits et de légumes dans les écoles ; - demandé que les producteurs qui ne sont pas membres d'organisations de producteurs reçoivent le même niveau de compensation pour les retraits que ceux qui en font partie ; - demandé que les producteurs soient autorisés à mieux gérer l'offre sur le marché en utilisant pleinement l'article 222 de la réglementation européenne (dérogation aux règles de concurrence).
Christian Pèes, président de la Cogeca, a insisté pour que la liste des produits laitiers éligibles à l'aide temporaire au stockage privé soit élargie et la période prolongée, étant donné que de nombreux produits ne sont pas couverts par les mesures actuelles. Il prône aussi d'actualiser le prix d'intervention du lait afin de tenir compte de la hausse des coûts de production et demande que la liste des fruits et légumes éligibles pour les mesures de retrait soit élargie pour inclure les agrumes. « Le paquet d'aides pour les fruits et légumes, d'une valeur de 125 millions d'euros, est loin d'être suffisant pour soutenir le secteur », affirme M. Pèes. Selon lui, le soutien ne doit donc pas être uniquement financé par le budget de la PAC, mais également par d'autres fonds. Enfin, il a demandé des campagnes de promotion pour la viande porcine. (LC)