Bruxelles, 29/08/2014 (Agence Europe) - Le déploiement des énergies renouvelables pourrait ralentir dans les prochaines années en raison des incertitudes réglementaires dans de nombreux pays, prévient l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans son rapport annuel sur le secteur, publié le 28 août.
Selon l'AIE, la production mondiale d'électricité issue des énergies renouvelables, telles que l'énergie éolienne, l'énergie solaire et l'énergie hydraulique, devrait croître de 45% et atteindre près de 26% de la production totale d'électricité d'ici 2020, contre 22% en 2013. L'agence prévoit toutefois que la croissance annuelle des renouvelables va ralentir et se stabiliser après 2014, entrainant un risque de ne pas atteindre les niveaux de production nécessaires pour réaliser les objectifs climatiques mondiaux.
Dans les pays développés de l'OCDE, la croissance des renouvelables, qui représentent pas moins de 80% des nouvelles capacités de production électrique installées, devient moins dynamique en raison d'une demande d'électricité plus faible et des risques politiques croissants dans certains pays clés, avertit l'AIE.
Hors OCDE, les besoins importants de diversification des sources d'énergie et l'inquiétude croissante relative à la qualité de l'air, comme en Chine, vont pousser les renouvelables à devenir la première source de génération d'électricité d'ici 2020. À ce stade, les renouvelables ne couvrent que 35% des besoins en électricité dans ces pays, où les combustibles fossiles restent la source principale de la production d'électricité. Mais les pays émergents seront à l'origine de 70% de la croissance de la production mondiale d'électricité d'origine renouvelable d'ici la fin de la décennie, assure l'AIE.
« Au moment où les renouvelables deviennent, pour plusieurs d'entre elles, une option compétitive, l'incertitude politique et réglementaire augmente dans plusieurs marchés clés », déplore la patronne de l'AIE, Maria van der Hoeven, expliquant que « cette situation découle de préoccupations concernant les coûts du déploiement des énergies renouvelables ». « Les gouvernements doivent établir une distinction plus claire entre le passé, le présent et l'avenir, car les coûts sont en baisse au fil du temps. Beaucoup de sources d'énergie renouvelables n'ont plus besoin de niveaux d'incitation élevés. Au contraire, compte tenu de leur nature intensive en capital, les renouvelables ont besoin d'un contexte de marché qui assure un rendement raisonnable et prévisible pour les investisseurs. Cela nécessite une réflexion sérieuse sur l'organisation du marché nécessaire pour atteindre un bouquet énergétique mondial plus durable », insiste-elle.
Selon l'AIE, des risques politiques et de marché menacent de ralentir l'élan des énergies vertes. Par exemple, de nombreux pays non membres de l'OCDE, comme la Chine, souffrent de l'absence de mesures pour intégrer les sources d'énergies renouvelables au réseau électrique et de difficultés de financement. Dans l'UE, des incertitudes demeurent sur ??la nature précise du cadre de la politique pour les renouvelables après 2020 et sur la mise en place d'un réseau paneuropéen pour faciliter l'intégration des renouvelables.
Le secteur reste néanmoins porteur, tempère l'agence, dont le rapport donne pour la première fois des perspectives concernant les investissements dans la génération d'électricité d'origine renouvelable. Les investissements devraient s'établir à 230 milliards de dollars (175 milliards d'euros) par an jusqu'en 2020 pour l'installation de nouvelles capacités, un chiffre néanmoins inférieur aux 250 milliards de dollars (190 milliards d'euros) investis en 2013. Cette légère diminution de la croissance annuelle est due aux attentes d'une baisse des coûts d'investissement unitaires pour certaines technologies et du ralentissement de la croissance mondiale des capacités, explique l'AIE. La destination de ces investissements varie selon les pays, le Brésil connaissant par exemple une forte demande dans l'éolien terrestre et le Chili dans le solaire.
Enfin, les biocarburants et la biomasse pour produire de la chaleur devraient aussi continuer à jouer un rôle accru, mais à un rythme moins important que l'électricité renouvelable, également en raison des incertitudes sur le renforcement des politiques de soutien dans l'UE et aux États-Unis, conclut l'AIE. (EH)