Bruxelles, 30/07/2014 (Agence Europe) - Les organisations de consommateurs européennes et américaines n'entendent pas rester les bras croisés face au projet du réseau social Facebook de collecter les activités des internautes sur le Net pour leur adresser ensuite de la publicité ciblée. D'où l'offensive qu'elles ont lancée, mercredi 30 juillet, auprès des autorités réglementaires compétentes aux États-Unis et en Irlande pour leur demander d'enjoindre à Facebook de suspendre ce projet annoncé le 12 juin dernier et qui, s'il était mis en oeuvre, enfreindrait les droits des consommateurs de l'UE au respect de leur vie privée.
Alarmé par une telle perspective, le Transatlantic Consumer Dialogue (TACD ou Dialogue transatlantique sur les questions de consommation), qui rassemble les organisations de consommateurs tant aux États-Unis qu'en Europe, a adressé, mercredi, un courrier dans ce sens à Edith Ramirez, présidente de la Federal Trade Commission (Commission fédérale américaine du Commerce) et à Billy Hawkes, Irish Data Protection Commissionner (commissaire irlandais à la Protection des données).
« Les organisations des consommateurs tant aux États-Unis qu'en Europe sont extrêmement préoccupées. Nous demandons une intervention réglementaire contre ce qui s'apparenterait à une incursion sans précédent dans la vie des utilisateurs en ligne. La lettre est adressée aussi au Irish Data Protection Commissionner parce que c'est en Irlande qu'est implanté le siège social européen de Facebook et que, par conséquent, c'est là que les citoyens des États membres de l'UE doivent s'adresser pour toute question concernant les droits à la protection des données personnelles et au respect de la vie privée en droit européen », précise John Phelan du BEUC, la voix des consommateurs en Europe .
L'inquiétude est d'autant plus grande que « Facebook a déjà installé des cookies et des balises pixel sur les ordinateurs des utilisateurs » et que, « si Facebook est autorisé à étendre ses pratiques de collecte de données, ces cookies et balises pixels traqueront aussi les activités des internautes sur tout site web qui contient peu de lignes de code Facebook », dénonce le courrier du TACD
« Nous vous pressons d'agir immédiatement pour notifier à l'entreprise qu'elle doit suspendre la modification de ses pratiques commerciales afin de déterminer si cette modification est conforme aux législations en vigueur aux États-Unis et dans l'UE. » Le TACD demande aussi la publication des résultats des investigations « afin qu'ils puissent faire l'objet d'une évaluation publique et d'un réexamen », peut-on lire dans cette lettre.
Les signataires rappellent que le TACD a, de longue date, « plaidé pour que le droit à la vie privée des consommateurs de part et d'autre de l'Atlantique soit respecté et garanti » et qu'il a adopté en 2011 une résolution sur la publicité comportementale appelant les autorités réglementaires tant de l'UE que des États-Unis à protéger la vie privée des consommateurs, « y compris en menant des investigations et en adoptant des mesures réglementaires pour s'attaquer aux nouvelles menaces que font peser sur ce droit à la vie privée le nombre croissant de 'pistages' (tracking) en temps réel et la vente d'informations sur les activités en ligne individuelles ».
Rappelons que le Dialogue transatlantique sur les questions de consommation est un forum mis en place en septembre 1998 pour faire entendre la voix des consommateurs dans les relations entre l'Union européenne et les États-Unis. (AN)