Bruxelles, 23/04/2014 (Agence Europe) - Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, plaide pour une plus grande solidarité dans l'UE et des contrats énergétiques communs avec la Russie.
Dans une tribune du quotidien britannique Financial Times du 22 avril, M. Tusk appelle l'UE à mettre en place une union de l'énergie pour négocier des contrats de gaz conjoints avec la Russie. La crise en Ukraine montre clairement la nécessité pour l'UE de mettre en commun ses achats énergétiques afin de réduire sa vulnérabilité à l'égard des fournisseurs d'énergie dominants, comme la Russie, qui augmentent les prix et réduisent l'offre à volonté, explique M. Tusk. « L'Europe doit faire face à la position monopolistique de la Russie avec une entité unique européenne chargée de l'achat de son gaz. Une fois cet objectif atteint, elle doit entreprendre la longue tâche de briser le monopole gazier russe, puis de rétablir la libre concurrence. Certes, cela obligera les gouvernements européens à prendre une position unifiée. Mais un tel exploit de coordination n'est pas sans précédent », insiste le Premier ministre polonais, se référant à l'ancêtre de l'UE, la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), à l'union bancaire récemment mise en place, ou encore aux achats communs d'uranium via l'agence de l'énergie atomique Euratom. « Que ce soit du charbon, de l'acier, de l'uranium, du crédit ou du gaz, l'idée principale de l'UE est toujours d'unir l'Europe, d'approfondir notre sécurité et d'avoir des règles justes quand le libre marché fait défaut. Une union de l'énergie serait, elle aussi, fondée sur la solidarité et des intérêts économiques communs », explique-t-il.
M. Tusk propose un processus en cinq étapes. D'abord, l'Europe devrait développer un mécanisme de négociation conjointe des contrats gaziers avec la Russie, qui contraindrait les États membres à révéler les termes de contrats énergétiques bilatéraux existants et à adopter un modèle pour les contrats futurs, avec la participation de la Commission européenne.
Ensuite, les États membres devraient souscrire à un mécanisme de solidarité garantissant la sécurité énergétique mutuelle, pour prévenir une répétition de la crise de 2009 due au différend gazier russo-ukrainien, qui a vu une réduction des fournitures de gaz russe à l'Ukraine avoir un effet d'entraînement sur la Pologne et d'autres pays de l'est de l'Europe. « L'Europe doit être en sécurité en sachant que son approvisionnement en gaz est assuré, que ses installations de stockage sont suffisantes et que ses réseaux de gaz ne sont pas interrompus », précise le Premier ministre polonais.
En troisième lieu, les transferts d'énergie entre les États membres devraient être améliorés par la construction d'infrastructures énergétiques adéquates. « Aujourd'hui, au moins dix États membres dépendent d'un seul fournisseur - Gazprom - pour plus de 50% de leur consommation. Certains dépendent entièrement de Gazprom. Dans les pays où la sécurité d'approvisionnement est la plus faible, la capacité de stockage et les liens gaziers doivent être construits avec l'aide de l'UE. Ces projets devraient profiter du plus haut niveau de co-financement autorisé par la Commission, à hauteur de 75% », estime M. Tusk.
Quatrièmement, les États membres devraient utiliser pleinement les combustibles disponibles, y compris le charbon et le gaz de schiste. « Aucune nation ne devrait être contrainte d'extraire des minérais, mais aucune ne devrait être empêchée de le faire - pourvu que cela soit fait d'une manière durable », ajoute M. Tusk. Enfin, le Premier ministre polonais prône l'adoption de nouvelles technologies pour accroître les importations de gaz liquéfié des États-Unis ou de l'Australie.
M. Tusk prône en outre l'extension à l'Europe toute entière de la Communauté de l'énergie qui, créée en 2005 et englobant déjà, outre les Vingt-huit, l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, l'ex-république yougoslave de Macédoine, la Moldavie, la Serbie, le Monténégro, l'Ukraine et le Kosovo, repose sur la transposition par ces pays de l'acquis communautaire sur le marché intérieur de l'énergie.
« La graine de l'UE a été plantée par une vision simple: un contrôle commun sur - et un intérêt commun dans - la production d'acier et de charbon. Il est temps de renforcer la communauté dans le domaine de l'énergie. Maintenant que les nouvelles technologies le permettent, et que les anciens défis l'exigent, nous pouvons difficilement nous permettre de ne pas le faire », conclut-il. (EH)