Bruxelles, 06/03/2014 (Agence Europe) - Face à une reprise modeste, la Banque centrale européenne maintiendra sa politique accommodante aussi longtemps que nécessaire.
« La reprise se poursuit en ligne avec notre évaluation précédente », a déclaré le président de la BCE, Mario Draghi, jeudi 6 mars. À ce titre, la BCE maintiendra ses taux bas pour une durée « prolongée » et même lorsque la croissance sera plus robuste. M. Draghi a justifié la décision de l'institution européenne de ne pas modifier ses principaux taux d'intérêt en évoquant des améliorations dans les indices de confiance des consommateurs, la stabilisation du chômage et parfois son déclin, comme au Portugal, ainsi qu'une convergence « timide » des taux d'intérêt bancaires pratiqués en Allemagne et dans les pays périphériques de la zone euro.
La BCE a présenté des prévisions à deux ans pour l'eurozone. Selon elle, la croissance se raffermira selon la trajectoire suivante: 1,2% en 2014, 1,5% en 2015 et 1,8% en 2016. L'inflation sur base annuelle se maintiendra au niveau actuel dans le prochains mois, puis augmentera progressivement les prochaines années tout en restant inférieure à 2%: 1% en 2014, 1,3% en 2015 et 1,5% en 2016. Selon M. Draghi, le niveau élevé du cours de la monnaie unique contribue à hauteur d'« environ 0,4% » à la hausse des prix. « C'est une déclaration qui a son importance », a-t-il estimé, précisant que la BCE n'avait pas de mandat en matière de politique de taux de change. La variation des prix de l'énergie a également eu un impact sur le niveau d'inflation. « Deux tiers de la chute de l'inflation peuvent s'expliquer par la chute des prix de l'énergie », a indiqué le président de la BCE.
Ukraine. Interrogé sur l'impact potentiel de la crise ukrainienne sur l'économie européenne, M. Draghi a estimé que l'interconnexion de la zone euro avec l'Ukraine en termes de flux monétaires et commerciaux n'était pas d'une importance permettant de suggérer une forte contagion. En revanche, une évolution critique de la situation géopolitique pourrait potentiellement générer des conséquences imprévisibles, a-t-il néanmoins mis en garde. Quant aux déclarations du banquier central polonais, Marek Belka, selon lesquelles la crise ukrainienne justifie un débat sur une entrée rapide de la Pologne dans la zone euro, il a constaté que l'eurozone constituait « une île de stabilité » qui la rendait « attractive ».
Avec l'Autorité bancaire européenne, la BCE procède actuellement à une évaluation de la solidité du secteur bancaire de la zone euro, analyse préalable à la mise en place du mécanisme unique de supervision (SSM) sous son autorité en novembre. « Les banques zombies ne prêtent pas. La seule voie possible, c'est de soigner et si besoin d'être chirurgical. C'est justement l'objectif poursuivi par cette évaluation », a déclaré M. Draghi.
Le président de la BCE a réitéré sa position relative aux négociations en cours entre les États membres et le Parlement européen sur le mécanisme de résolution bancaire (SRM). Selon lui, la mutualisation du Fonds unique de résolution (SRF), qui pourra contribuer au financement d'une résolution bancaire, doit être « accélérée ». La gouvernance du mécanisme doit permettre la prise de décisions rapides, parfois en l'espace de « quelques heures ». Et un filet de sécurité ('backstop') est nécessaire pour que le Fonds SRF soit suffisamment doté dès les premières années de sa création, soit à travers « une ligne de crédit du MES », soit à travers l'octroi d'un accès au marché soutenu par des garanties nationales. Et M. Draghi de prôner une séparation stricte entre les analyses du mécanisme SSM et celles du mécanisme SRM. (MB)