Bruxelles, 06/01/2014 (Agence Europe) - L'ouverture totale des marchés du travail des États membres aux travailleurs roumains et bulgares, effective depuis le 1er janvier, a une nouvelle fois créé des remous tant au Royaume-Uni dont le Premier ministre David Cameron a adopté une posture très ferme qu'en Allemagne où le sujet a provoqué la première polémique de la jeune Grande coalition.
Dans un entretien accordé à la BBC ce week-end, le Premier ministre Cameron a ainsi précisé ses intentions et annoncé, outre la possibilité de fixer à terme des « quotas » de migrants européens, une réflexion sur la suspension des allocations familiales aux migrants quand celles-ci sont ensuite renvoyées vers le pays d'origine du migrant. Citant la Pologne comme exemple, le Premier ministre conservateur a dit ne pas trouver « juste » le fait qu'un travailleur polonais qui « bosse dur » puisse faire bénéficier sa famille restée en Pologne des allocations familiales britanniques.
Rados³aw Sikorski , le ministre polonais des Affaires étrangères, a peu apprécié et répliqué lundi 6 janvier sur son compte Twitter que les contribuables polonais au Royaume-Uni n'avaient pas non plus à subsidier les prestations versées aux enfants britanniques.
Répondant à la suggestion de M. Cameron selon laquelle il proposerait à ses homologues européens de changer les traités afin d'intégrer ces nouvelles restrictions pour les migrants (et cela avant le référendum promis en 2017 sur les relations avec l'UE si les Britanniques le réélisent), Rados³aw Sikorski a indiqué que son pays mettrait dans ces conditions son veto à toute modification des traités.
En Allemagne, le sujet des migrants bulgares et roumains a également alimenté la première 'crise' de la grande coalition au pouvoir CDU/SPD, l'allié bavarois de Mme Merkel réclamant une attitude plus sévère face aux fraudeurs avec ce slogan « celui qui fraude doit dégager », rapporte l'AFP.
Le patron du SPD et vice-chancelier Sigmar Gabriel a lui estimé que « nous n'avons pas besoin de discriminations à l'emporte-pièce contre les Bulgares et les Roumains ». Mais, a-t-il nuancé, « nous ne devons pas non plus ignorer les problèmes de certaines grandes villes allemandes face à l'immigration des pauvres ».
Ce mercredi, le gouvernement, réuni pour la première fois de l'année en conseil des ministres, devrait d'ailleurs se pencher « de façon objective sur le sujet », a encore indiqué le vice-chancelier. M. Gabriel et Mme Merkel se sont aussi entretenus au téléphone et sont tombés d'accord pour réfléchir à d'éventuelles mesures plus sévères contre les fraudeurs aux aides sociales, a-t-il ajouté.
Le commissaire européen à l'Emploi, Laszlo Andor, a quant à lui à nouveau mis en garde, samedi, dans le quotidien Die Welt, contre toute forme d'hystérie dans ce débat. « Nous devons absolument défendre des droits fondamentaux comme la libre circulation et ne devons pas réagir avec hystérie à l'immigration », a-t-il dit.
Son porte-parole, Jonathan Todd, a par ailleurs indiqué, lundi 6 janvier à Bruxelles, qu'à ce stade aucune arrivée massive de travailleurs roumains et bulgares n'avait été rapportée par la presse. Les migrants qui souhaitent partir dans un autre État membre « l'ont déjà fait », a également précisé le porte-parole.
La controverse sur la libre-circulation et la levée des dernières restrictions posées aux Roumains et aux Bulgares sur les marchés du travail de neuf États membres au 1er janvier dernier (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Royaume-Uni, Luxembourg, Malte, Pays-Bas) a démarré au printemps dernier avec l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Luxembourg et les Pays-Bas. Dans une lettre conjointe adressée à la Commission, ils ont demandé - et obtenu - un débat sur les abus auxquels se livreraient les migrants originaires des pays de l'Est. Aucun chiffre évaluant ces abus n'a toutefois pu être à ce jour transmis à la Commission européenne. Interrogé sur le sujet en marge du dernier Conseil européen, David Cameron avait lui-même reconnu qu'il n'existait aucune statistique disponible sur le phénomène. (SP)