Bruxelles, 29/07/2013 (Agence Europe) - Le commissaire s'entend avec le gouvernement chinois sur un engagement de prix qui évitera aux exportateurs chinois de lourdes taxes antidumping.
Après six semaines de négociations, le commissaire au Commerce, Karel De Gucht, a officialisé, le 27 juillet un « accord amiable » avec la Chine sur le dossier des panneaux solaires, dossier qui faisait peser le risque d'une guerre commerciale entre l'UE et la Chine. Négociateurs européens et chinois ont convenu d'un engagement de prix qui évitera aux entreprises exportatrices chinoises participantes des taxes antidumping sur leurs exportations de panneaux solaires, imposées à titre provisoire depuis le mois de juin.
Suite à une enquête antidumping lancée en septembre 2012, l'UE impose depuis le 6 juin des taxes provisoires sur les panneaux solaires chinois, mais de 11,8% seulement, la Commission ayant décidé d'une réponse en deux étapes, pour inciter Beijing à négocier. À défaut de solution amiable, le tarif moyen devait monter, le 6 août, à 47,6%, avec des droits plus faibles (37,2%) pour les entreprises chinoises visées qui ont coopéré à l'enquête, et des droits plus forts (67,9%) pour celles qui n'ont pas coopéré.
« Après des semaines de discussions intensives, je peux dire que je suis satisfait de l'offre par les exportateurs de panneaux solaires de la Chine d'un engagement de prix comme prévu par la législation de défense commerciale de l'UE. C'est la solution à l'amiable que l'UE et la Chine cherchaient », se félicitait samedi 27 juillet le commissaire De Gucht, qui a ficelé avec son homologue chinois Gao Hucheng les derniers détails d'un accord. « Nous sommes convaincus que cet engagement de prix permettra de stabiliser le marché européen des panneaux solaires et d'éliminer le préjudice que les pratiques de dumping ont causé à l'industrie européenne. Nous avons trouvé une solution amiable qui se traduira par un nouvel équilibre sur le marché européen des panneaux solaires à un niveau durable des prix », ajoutait M. De Gucht.
Les termes de l'engagement de prix ont été offerts par les entreprises exportatrices chinoises, qui ont été représentées par la Chambre de commerce chinoise lors des pourparlers. Ces termes prennent en compte les circonstances particulières et uniques du marché des panneaux solaires et son évolution récente, explique la Commission, samedi, précisant que l'accord veut établir un équilibre entre l'élimination du dumping constaté et la garantie d'un approvisionnement stable de panneaux solaires sur le marché européen.
« Les fournisseurs chinois ont convenu d'un engagement de prix volontaire où ils s'engagent à cesser le dumping et à maintenir leurs prix au-dessus d'un certain seuil. En contrepartie, les entreprises qui participent à cet engagement n'ont pas à payer les droits antidumping. Cet engagement ne s'applique que pour un volume annuel qui couvre une partie de l'ensemble du marché européen. Pour les exportations chinoises dépassant ce volume annuel, le droit anti-dumping moyen de 47,6% devra être versé à compter du 6 août », a expliqué le commissaire De Gucht devant la presse, lundi 29 juillet. Sur un segment du marché ne pouvant être satisfait par l'offre européenne, un prix minimal à l'importation s'appliquera donc aux importations de panneaux solaires chinois. En fixant un prix-plancher, la pression à la baisse sur les prix devrait prendre fin. Dans l'autre segment du marché, les fournisseurs européens devront rivaliser avec les concurrents du reste du monde, mais seront protégés des importations chinoises par le droit antidumping de 47%, a-t-il précisé.
M. De Gucht a en outre rejeté les critiques de l'association des producteurs européens de panneaux solaires EU ProSun à l'origine de la plainte antidumping, mais qui a immédiatement rejeté le compromis entre Bruxelles et Beijing et annoncé un recours en Cour de justice. « J'ai entendu dire que nous avons cédé à la Chine et que cet accord va détruire l'industrie européenne des panneaux solaires. Je ne suis pas d'accord. Lorsque l'engagement entrera en vigueur, les fournisseurs européens verront le bouclier contre le dumping chinois passer de 11,8% actuellement à 47,6% pour les exportateurs qui ne participent pas à l'engagement et qui représentent actuellement 30% des exportations chinoises. 70% des fournisseurs chinois qui participent à l'entreprise éviteront des droits antidumping pour un volume significatif de vente, mais cela concerne un segment de marché que les fournisseurs européens ne peuvent pas couvrir dans tous les cas », a-t-il insisté.
Les détails de l'accord seront publiés ultérieurement, car il doit d'abord être officiellement adopté par la Commission, le 2 août. Les États membres seront appelés à se prononcer avant la fin de l'année. Mais, selon plusieurs médias, l'accord prévoit un prix minimum de 57 centimes par watt et un plafond d'exportation annuel de panneaux solaires chinois vers l'UE de 7 gigawatts.
De son côté, le gouvernement chinois a salué l'accord, se disant prêt à « promouvoir davantage les échanges et la coopération avec la partie européenne dans le domaine de l'industrie photovoltaïque ».
Samedi, l'association des producteurs européens EU ProSun a rejeté l'accord trouvé qui repose sur un prix-plancher se situant seulement, selon elle, au niveau actuel du dumping chinois. (EH)