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Bulletin Quotidien Europe N° 10883
Sommaire Publication complète Par article 29 / 29
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1011

*** MARCO MASCIA: Participatory Democracy for Global Governance. Civil Society Organisations in the European Union. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Human Rights Studies », n° 2. 2012, 170 p., 42,80 €. ISBN 978-2-87574-008-3.

Que la démocratie ne soit nulle part au mieux de sa forme est un constat qui, pour beaucoup, relève de l'évidence. L'un des messages développés dans ces pages est qu'elle ne recouvrera pas ses couleurs tant qu'elle restera prisonnière de forces politiques traditionnelles confinées à l'intérieur des frontières nationales. Avant d'être une méthode et une pratique, « la démocratie est une valeur », rappelle Marco Mascia, qui tire de cette observation cet appel à un changement radical: « Aujourd'hui, plus fermement nous proclamons que les principes démocratiques sont liés aux droits de l'homme, plus ce constat de bon sens gagnera en crédibilité ». La régénération véritable de la démocratie passera donc, selon lui, par l'activisme des organisations de la société civile et leur collaboration avec les organisations politiques internationales, à savoir les Nations unies et leurs différentes agences, mais aussi l'Union européenne qui, au niveau régional, « est un laboratoire de la gouvernance innovante » particulièrement précieux.

Ce point de vue, ce professeur de relations internationales à l'Université de Padoue - où il dirige le Centre interdépartemental sur les droits de l'homme et les droits des peuples, ainsi que le Centre d'excellence européen Jean Monnet - n'est pas le premier à le défendre. Ainsi qu'il le rappelle dans son introduction, nombreuses ont été, avant lui, les personnalités académiques qui ont théorisé l'avènement d'une « société mondiale », la montée en puissance d'un « changement social global », l'affirmation d'une « société civile mondiale » qui serait carrément « la trame d'un nouvel ordre international dans lequel l'État-nation ne serait plus le détenteur exclusif de la souveraineté ». En clair, le temps n'est plus où les États-nations pouvaient tout contrôler. Ils ne peuvent même plus prétendre être les seuls à exprimer les attentes de leurs populations, tant les réseaux d'intérêts citoyens divers recouvrent désormais la planète et appellent de plus en plus à ce que celle-ci soit dorénavant gérée de manière solidaire et pour le bien commun de l'humanité. Du coup, pour paraphraser les termes d'un rapport onusien, la légitimité des décisions politiques ne peut plus découler uniquement des urnes électorales: pour l'auteur, cette légitimité doit aussi se jauger à l'aune d'une interdépendance planétaire de plus en plus complexe, de l'affirmation d'un nouveau droit international plus respectueux des droits de l'homme et des droits fondamentaux des personnes et des peuples, enfin de l'irruption sur la scène internationale d'acteurs non étatiques transnationaux qui, de plus en plus, s'expriment au nom d'une société civile mondiale qui, quoi que puissent penser les États, ne se laissera plus bâillonner et contribuera à façonner la démocratie de demain.

C'est à vérifier que les organisations de la société civile seront bel et bien les acteurs et vecteurs d'un changement démocratique dans l'architecture mondiale que cet ouvrage est consacré. Dans un premier temps, Marco Mascia s'emploie à mettre en lumière différents aspects de ce mouvement vers une démocratie à la fois transnationale et internationale. Dans un deuxième chapitre, il analyse plus particulièrement les façons dont les organisations de la société civile, les ONG en particulier, agissent dans le processus de gouvernance mondiale guidé par les Nations unies, notamment à la lumière de collaborations avec les tribunaux internationaux. Enfin, il consacre les deux derniers chapitres au rôle qui a été reconnu aux organisations de la société civile dans le système politique d'une Union européenne pionnière en la matière. Dans les conclusions qu'il tire, le Pr. Mascia confirme entre autres que le système onusien est désormais « le plus qualifié pour fonctionner comme un laboratoire afin de construire une gouvernance mondiale démocratique » et pour paver ainsi la voie au dépassement de l'ordre westphalien et de souverainetés absolues qui ont trop longtemps fait le lit de guerres. Dans cette perspective, l'Union européenne a été un précédent précieux de gouvernance à niveaux multiples en s'ouvrant à la société civile et, plus encore, en promouvant le partage de portions non négligeables de la souveraineté de ses États membres. Ce que certains, précisément, ne goûtent plus trop du côté de Londres et même, désormais, de La Haye et d'autres capitales sans doute… D'où cette question: les sociétés civiles laisseront-elles faire les tenants de l'ordre ancien et autres grognards d'une démocratie représentative de plus en plus contestée et de moins en moins en harmonie avec le monde qui est le nôtre ?

Michel Theys

*** JÓZEF NIZNIK: Democracy versus Solidarity in the EU Discourse. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-1542 Pieterlen. Tél.: (32-2) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Studies in European Integration, State and Society", n° 1. 2012, 124 p., 24,95 €. ISBN 978-3-631-63877-4.

Au sein de l'Union, la démocratie fera-t-elle de plus en plus barrage à la solidarité ? Professeur à l'Institut de philosophie et de sociologie de l'Académie polonaise des sciences, Józef Niznik le craint et rejoint ainsi le rang de plus en plus fourni d'observateurs qu'inquiète la remontée de pulsions nationalistes dans beaucoup de pays membres, le gouvernement néerlandais étant le dernier à avoir cédé, semble-t-il, à cette tentation (voir EUROPE n° 10874 du mercredi 26 juin, p. 5). Cet enseignant universitaire observe et étudie depuis longtemps cette question, ce en particulier à la lumière de la cohabitation conflictuelle entre deux valeurs fondatrices de la construction européenne, à savoir l'obligation pour les Etats de montrer patte blanche pour avoir accès au club et le principe de solidarité qui, depuis la Déclaration Schuman, doit y prévaloir. Mais voilà, force est bien de constater - les exemples prolifèrent en ce sens… - que « la politique intérieure et les intérêts politiques locaux peuvent, en se fondant sur des procédures démocratiques, orchestrer une opposition populaire contre les décisions qui sont essentielles pour que se manifeste concrètement la solidarité au sein de l'Union ». C'est cette tension qu'il n'a cessé de traquer dans différentes études qui, réunies dans ces pages, portent tout à la fois sur les thèmes de l'identité, de la citoyenneté, du nationalisme et de la communication. De ces pérégrinations intellectuelles, il tire notamment la conclusion tranchée que, « en dépit des appels nationalistes lancés par certains politiciens nationaux », poursuivre l'aventure européenne amorcée voici soixante ans reste plus que jamais la solution « la plus rationnelle dans un monde contemporain où l'unité ne contredit pas la variété ».

(MT)

*** Le Revue générale. Revue générale asbl (41 ch. de Louvain, B-1320 Hamme-Mille. Tél.: (32-10) 866629 - fax: 866691 - Courriel: la.revue.generale@live.be - Internet: http://www.revuegenerale.be ). 2013, n° 6/7, 115 p., 16 €. Abonnement annuel: 99 € (Belgique), 109 € (Union européenne), 119 € (hors Union européenne).

Dans ce numéro, un jeune retraité de la Commission qui fut aussi journaliste, Renaud Denuit, lance ce cri: « Amis croates, bienvenue au club déboussolé » qui a « perdu l'outil d'orientation, les éléments permettant aux peuples d'identifier un cap, et même à leurs élites de l'indiquer ». Le ton n'est pas davantage à l'optimisme chez Jerzy Lukaszewski qui, dans une analyse pénétrante, décrit les râles du « moteur » franco-allemand. Le recteur honoraire du Collège d'Europe et ancien ambassadeur de Pologne en France s'y montre d'une sévérité aussi implacable qu'amicale pour ce pays, notamment coupable de prêter plus attention aux mirages gaulliens qu'au miracle permis par Schuman et Adenauer. « L'affirmation que le traité de l'Elysée de 1963 représente un tournant décisif dans les relations franco-allemandes relève - aux yeux d'un observateur impartial - du domaine des mythes politiques dont abonde l'histoire de France, ou plus exactement la présentation officielle de celle-ci », commente-t-il, assassin. Du coup, d'autres moteurs sont en rodage…

(MT)

*** JEAN-ARNAULT DÉRENS: La Croatie de A à Z. André Versaille éditeur (7 rue d'Alost, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2133705 - Courriel: information@andreversailleediteur.com - Internet: http://www.andreversailleediteur.com ). Collection "Les Abécédaires du voyageur". 2012, 238 p., 14,90 €. ISBN 978-2-87495-159-6.

Les guides qui sont publiés dans cette collection ne sont décidément jamais des guides comme les autres, mais des invitations à découvrir un peuple, ses habitudes (bonnes et moins bonnes), ses traditions, son histoire et différents aspects de sa culture. Alors que la Croatie et ses habitants viennent de faire leur entrée dans l'Union, cet abécédaire conçu par un historien de formation et journaliste spécialiste des Balkans s'avère carrément providentiel pour voir l'envers des cartes postales et mieux connaître le dernier arrivé dans le club. De l'entrée « Adriatique » à celle concernant « Zagreb », l'auteur décrit les racines et réalités de ce pays qui, à la fois méditerranéen et déjà centro-européen, reste largement méconnu. Comme d'habitude aussi, l'ouvrage est prolongé par un site Internet qui enrichit la centaine d'entrées de photos, de vidéos et d'illustrations sonores. Encore et toujours un modèle du genre !

(MT)

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