Bruxelles, 26/03/2013 (Agence Europe) - En arrière toute. Les Européens ont passé une partie de la journée du mardi 26 mars à réaffirmer que les mesures ponctionnant les dépositaires non garantis et les créanciers des banques chypriotes étaient spécifiques au plan de sauvetage chypriote, alors que des déclarations, la veille, du président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, avait laissé entendre le contraire et provoqué une chute de valeurs bancaires des pays de l'Eurozone en difficulté sur les marchés.
« M. Djisselbloem a eu tort de dire ce qu'il a dit. L'expérience de Chypre n'est pas un modèle pour le reste de la zone euro parce que la situation avait atteint une ampleur qui n'est comparable à aucun autre pays », a déclaré Benoit Cœuré, membre français du directoire de la BCE, mardi à la radio française EUROPE 1. « Il ne faut pas dire que (le cas chypriote) est un modèle et doit pouvoir être réutilisé tel quel », a affirmé la porte-parole du commissaire chargé du Marché intérieur, Michel Barnier. Selon elle, les nouvelles règles prudentielles bancaires et la mise en place de l'union bancaire empêcheront l'apparition des difficultés qu'ont connues les deux principaux établissements de crédit chypriotes, Bank of Cyprus et Laiki (EUROPE n° 10814). La veille, M. Barnier avait estimé qu'aucun système financier d'autres pays européens n'était comparable à celui de Chypre. Et donc nécessiterait le même traitement. La situation sur l'île est « exceptionnelle et unique », avait-il aussi souligné, rappelant l'hypertrophie du système financier chypriote dont les actifs représentent 7 à 8 fois le PIB du pays.
Lundi, dans une interview accordée au Financial Times, M. Dijsselbloem avait estimé que la restructuration, voire la liquidation, de banques en difficulté pouvait devenir la règle. « C'est une approche qu'à mon avis nous devrions suivre (…) maintenant que nous sommes sortis du plus fort de la crise », avait-il en effet estimé. Avant de revenir plus tard sur ses déclarations par le biais du communiqué suivant: « Chypre est un cas spécifique dû à des défis spécifiques qui requièrent les mesures de 'bail-in' sur lesquelles nous avons marqué un accord. Les programmes d'ajustement macroéconomiques sont élaborés sur mesure en fonction de la situation du pays concerné et aucun modèle ni 'template' ne sont utilisés ». Tout en soulignant aussi auprès du journal français Le Monde que « ceux qui ont pris des risques doivent en assumer la responsabilité » et que « les déposants, les actionnaires et les créanciers obligataires des banques doivent être associés à leur restructuration ».
Selon le plan de sauvetage financier chypriote, les dépôts supérieurs à 100 000 euros dans les banques Bank of Cyprus et Laiki seront mis à contribution. Dans le cas de Laiki qui sera démantelée, les créanciers 'seniors' ne seront pas épargnés. Compte-tenu de la taille de l'économie chypriote, les bourses avaient plutôt bien réagi à l'annonce de l'accord avant que les déclarations de M. Dijsselbloem aient fait craindre un risque de contagion pour les banques de pays de l'Eurozone en difficulté.
Le Parlement européen et le Conseil sont en train de plancher sur la proposition législative visant à harmoniser les régimes nationaux de restructuration bancaire dans l'UE. Le texte initial de la Commission européenne ne prévoyait pas d'empêcher que les dépôts supérieurs à 100 000 euros soient mis à contribution. « En aucun cas, il n'est possible de renflouer une banque en interne en impliquant les dépôts inférieurs à 100 000 euros », a encore souligné la porte-parole de M. Barnier.
Quant aux commentaires selon lesquels les mesures de restructuration du secteur sonnent le glas de la recapitalisation bancaire directe, la Commission a rappelé que les travaux sur les modalités de cette recapitalisation par le Mécanisme européen de stabilité se poursuivaient dans le but d'aboutir avant la fin du 1er semestre 2013, conformément à la requête du Conseil européen. Espérer que l'Eurozone n'aura pas besoin de recapitaliser un secteur bancaire national défaillant ne signifie pas qu'un accord sur les modalités de cette recapitalisation ne soit plus en cours d'élaboration, a estimé le porte-parole du commissaire chargé de l'euro Olli Rehn, en référence, là encore, à des propos de M. Dijsselbloem. (MB)