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Bulletin Quotidien Europe N° 10807
CONSEIL EUROPÉEN / (ae) syrie

La levée de l'embargo sur les armes s'invite au Conseil

Bruxelles, 15/03/2013 (Agence Europe) - La levée de l'embargo sur les armes en Syrie s'est invitée aux discussions du Conseil européen des 14 et 15 mars après que le président français, François Hollande, a soulevé la question lors de son arrivée, jeudi 14, alors que le 15 mars le conflit a fêté ses deux ans. « J'estime que l'Europe doit prendre cette décision dans les prochaines semaines », a souligné M. Hollande, précisant qu'il veut faire en sorte que l'UE puisse avoir une position commune, « celle de la responsabilité et de la cohérence ». Ainsi, « nous devons convaincre de lever l'embargo, la date c'est le 31 mai (date de fin des sanctions actuelles) mais nous pouvons aller plus vite », a-t-il expliqué, ce qui serait « préférable » selon lui.

La question sera donc abordée « comme une question de priorité » lors du Conseil Affaires étrangères informel à Dublin, les 22 et 23 mars prochains. Les chefs d'État et de gouvernement ont demandé à leurs ministres d'élaborer une position commune sur la question et de voir quelles seraient les conséquences d'une levée de l'embargo mais aussi de son maintien.

La France prête à prendre ses responsabilités

Alors que l'embargo a été renouvelé le 1er mars, M. Hollande considère qu'« à un moment nous ne pouvons plus tergiverser, c'est sûr que ça fait des mois que ça dure mais de semaine en semaine il y a une amplification, de plus en plus d'armes ». Et d'évoquer l'échec des solutions politiques, le risque de l'utilisation d'armes chimiques et de déstabilisation de la région.

« S'il y a un blocage d'un ou deux pays par exemple (…) alors la France prendrait sa responsabilité », a annoncé le président. En coulisses, plusieurs sources françaises précisent que Paris est prêt à empêcher la reconduction de l'embargo, ce qui ferait tomber tout le régime de sanctions.

Une Europe divisée

Si, pour M. Hollande, « il y a beaucoup de convaincus autour de la table », les partenaires qui restent sont divisés. Le principal allié de la France est le Royaume-Uni. « Je pense que nous devons faire preuve de franchise et admettre que ce que la communauté internationale a fait jusqu'à présent n'a pas permis de mettre un terme à ce conflit et d'assurer la transition en Syrie », a expliqué le Premier ministre britannique, David Cameron, ajoutant qu'il souhaite une solution politique. David Cameron estime qu'il est plus probable de voir des progrès politiques si le peuple syrien constate que l'opposition est une force crédible, qui se renforce et qui grandit. Une solution politique mise en avant par Paris. « Nous n'écartons pas une solution politique avec la levée de l'embargo », a expliqué M. Hollande, rappelant que « la transition politique doit être la solution pour la Syrie ».

« Les grands États sont avec nous », a précisé un diplomate français, même si l'Allemagne semble encore perplexe. La chancelière Angela Merkel a précisé que « les avis étaient partagés ». « La France et le Royaume-Uni ont changé de position et plaident en faveur de la levée de l'embargo », a-t-elle expliqué mais ni l'un ni l'autre « n'ont demandé que, du jour au lendemain, les choses changent ». Mme Merkel a démenti que Paris et Londres aient « évoqué la possibilité de faire cavalier seul » devant le Conseil européen. Elle a précisé qu'elle a « clairement dit (qu'elle avait) pas mal de réserves à l'égard des exportations d'armes car cela risque d'attiser le conflit », soulignant que d'autres, comme la Haute représentante, Catherine Ashton, ont expliqué que « l'Iran et la Russie n'attendent que ce signal pour exporter des armes ».

Nécessité d'une position commune européenne

Sans vouloir anticiper quel pourrait être « le résultat d'un compromis », Mme Merkel a estimé que la question méritait « d'être examinée soigneusement », mais elle a assuré que « l'Allemagne participera à la recherche d'une position européenne commune ». Pour le Premier ministre belge, Elio Di Rupo, certains États membres sont « d'avis qu'il faut analyser avec attention les conséquences ». Il s'est interrogé sur la possibilité d'une « troisième voie », entre celle des pro-levée de l'embargo et ceux qui sont contre. « On verra quelle est la voie mais on plaide et on jouera un rôle pour que les pour et les contre qui se manifestent aient une position commune pour la crédibilité même de l'UE », a-t-il expliqué. Ses homologues luxembourgeois, Jean-Claude Junker, et néerlandais, Mark Rutte, ont aussi appelé à l'unité. « L'Europe peut seulement jouer un rôle effectif et fort si elle agit de concert. »

Paris a des garanties sur la livraison

La Belgique, entre autres, s'inquiète aussi du fait que les armes pourraient finir entre de mauvaises mains. Le président français a ainsi voulu se montrer rassurant. Si Paris est prêt à lever l'embargo, c'est aussi qu'il a obtenu les garanties de la part de la coalition que la fourniture de matériel n'irait pas dans les mains de fondamentalistes, a précisé M. Hollande. Coalition qu'une source française a qualifiée de « sérieuse et responsable ». « Nous devons apporter non pas simplement une aide matérielle mais un accompagnement, une formation et elle se fera dans des conditions claires, transparentes, sûres », a expliqué le président français ajoutant que des pays, notamment de la Ligue arabe, ont assuré à la France qu'ils pourront assurer le contrôle des armes et l'assistance technique.

D'autres pays, tels que la Suède, sont opposés par principe à la livraison d'armes. (CG avec AN, EL, LC, MB, MD)

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