Bruxelles, 15/03/2013 (Agence Europe) - Le Sommet européen de printemps des 14 et 15 mars n'a pas tourné à l'affrontement entre les partisans de la poursuite de l'austérité et ceux enclins à ralentir le rythme de la consolidation budgétaire dans un contexte marqué par la récession économique. Réaffirmant l'importance de respecter les règles budgétaires, il a aussi souligné que des marges de flexibilité existaient pour soutenir la croissance et lutter à court terme contre le chômage, notamment des jeunes, désormais à un niveau alarmant.
« Il n'y a pas de solution facile » à la crise actuelle, a déclaré le président du Conseil européen « totalement conscient de la détresse croissante » d'une partie des Européens. Selon Herman Van Rompuy, il convient de trouver « le juste équilibre » entre l'assainissement budgétaire et le maintien de la stabilité financière et le traitement immédiat des conséquences sociales de la crise, les mesures ciblées propices à la croissance et les réformes structurelles.
Sur le plan budgétaire, le Pacte de stabilité et de croissance amendé devra être respecté. La priorité est désormais au respect des efforts en termes structurels, c'est-à-dire débarrassés des effets de la conjoncture. Nous parlons d'« effort structurel » qui est « à distinguer de l'effort nominal », a souligné le président français, François Hollande. Ces efforts, s'ils sont durables, seront récompensés. Ferme sur le respect de la trajectoire menant à l'équilibre budgétaire en 2017, la France obtiendra un an de plus pour ramener son déficit public sous la barre des 3% (2014). Englué dans une récession aiguë le Portugal, qui applique à la lettre son programme d'ajustement budgétaire en échange d'une aide financière internationale, a obtenu officiellement, vendredi, un nouveau délai afin de réduire son déficit excessif désormais en 2015 (voir autre nouvelle).
« Il faut surveiller sur les radars les conséquences sur les perspectives de croissance que produiront les économies en matière de dépenses », a indiqué le Premier ministre luxembourgeois. Jean-Claude Juncker a fait de la poursuite de l'assainissement « une question de crédibilité et de cohérence » dans la mesure où « les pays hautement endettés sont ceux qui connaissent une croissance la plus faible ». Son homologue espagnol, Mariano Rajoy, a néanmoins mis en garde contre « le risque de voir l'Europe s'éloigner de la croissance et que les citoyens se détournent de l'Europe ».
La consolidation budgétaire devra être différenciée, c'est-à-dire adaptée aux spécificités de chaque pays. N'est-ce pas une concession excessive accordée aux pays en difficulté ? « Ce n'est pas mon impression », a estimé la chancelière allemande, Angela Merkel, pour qui l'UE sait combien « les déficits sont nocifs ».
Marge de manœuvre. Dans leurs conclusions, les leaders soulignent l'existence d'une marge de flexibilité budgétaire en matière de comptabilisation des investissements publics pour les pays ne faisant pas l'objet d'une procédure pour déficit excessif (volet préventif du Pacte). Un point cher à l'Italie qui a présenté un document spécifique sur la question. Les pays concernés peuvent « accompagner un programme crédible d'assainissement des comptes publics avec des actions ciblées de soutien à l'économie », a indiqué le Premier ministre italien sortant, Mario Monti, qui participait à son dernier Sommet. Ils pourraient ainsi mieux « mobiliser leur quota de cofinancement national destiné aux fonds structurels pour débloquer des investissements publics dans des secteurs qui font partie des priorités établies au niveau de l'UE ». Concrètement, pour l'Italie, cela se matérialiserait notamment par des allègements fiscaux sur les contrats de travail à temps indéterminé et les contrats d'apprentissage. Mme Merkel a qualifié de « tout à fait pertinente » la position italienne, alors qu'une analyse spécifique de la Commission est attendue pour l'été.
L'Allemagne en fait-elle assez pour la croissance dans l'Eurozone ? Ce pays porte « une lourde responsabilité »: il ne doit pas se fier à la vigueur de ses exportations et aussi « relancer sa consommation interne, laquelle est repartie », a noté M. Juncker. Pour M. Hollande, les pays excédentaires doivent « garder cet avantage et soutenir la demande intérieure pour avoir, dans la zone euro, un soutien à la croissance ».
UEM. En juin, les leaders européens adopteront une feuille de route sur l'Union économique et monétaire (UEM) et feront le point sur la mise en œuvre du Pacte pour la croissance que le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, a jugé « trop lente ». Évoquant les discussions sur le sommet de la zone euro tenu jeudi, M. Van Rompuy a fait état de « consultations » en cours avec les États membres et le Parlement européen sur la question des contrats de compétitivité que les États membres seront appelés à signer avec la Commission et à mettre en œuvre pour réformer leur économie en échange, potentiellement, d'une aide financière temporaire.
Quant à l'union bancaire, le Conseil européen presse pour un accord politique définitif dans les prochaines semaines sur la création du superviseur bancaire unique sous l'égide de la BCE. Le texte sur la création d'une autorité européenne de restructuration bancaire devra être présenté, à l'été, en vue d'une adoption dans le cadre de la législature actuelle qui s'achèvera au printemps 2014. (MB avec AN/CG/FG/LC)