Bruxelles, 15/02/2013 (Agence Europe) - Alors qu'un récent rapport commandé par la commissaire au Numérique, Neelie Kroes, à l'ancienne présidente lettonne, Vaira Vike-Freiberga, préconisait déjà de donner à l'UE davantage de pouvoir en matière de respect de la liberté de la presse et du pluralisme des médias, le PE pourrait approuver lui aussi jeudi prochain une nouvelle initiative en ce sens, la commission des libertés civiles (LIBE) étant en effet appelée à se prononcer sur un projet de résolution appelant également l'UE à surveiller la liberté des médias et à soutenir le journalisme d'investigation. Comme le rapport demandé par Mme Kroes, l'initiative du Parlement, portée par la Roumaine Renate Weber (ADLE), a été inspirée par la polémique liée à la loi hongroise sur les médias qui avait opposé Budapest et la Commission en 2011 et 2012 mais « pas uniquement », dit une source de la commission LIBE. Le rapport entend en effet dresser un état des lieux plus large du pluralisme en Europe et entend couvrir toutes les situations nationales. Plusieurs amendements au rapport de Mme Weber citent ainsi explicitement la Hongrie, d'autres la Grèce, la Bulgarie, Chypre, l'Italie ou la France, où des « journalistes seraient victimes de violences et de harcèlement ». Il n'est toutefois pas certain que « ces amendements passent le vote », poursuit cette source.
Le rapport de Mme Weber préconise en tout cas toute une série de mesures. Les États membres devraient ainsi s'assurer que les procédures de nomination à la tête des médias, des conseils d'administration des médias ou des organismes régulant les médias sont transparentes, « fondées sur le mérite et l'expérience indiscutable » des candidats, tout critère partisan devant être banni. Les États membres devraient aussi s'assurer que les médias de service public remplissent pleinement le « devoir » particulier qui est le leur, à savoir d'assurer, de par leur statut, une information fiable, précise et de qualité mais les médias privés devraient aussi être soumis à cette obligation. Le phénomène de concentration des médias devrait aussi être limité et la Commission, aux côtés des États membres, devrait s'assurer que la concurrence joue à plein pour traiter et prévenir les positions dominantes et garantir l'accès de nouveaux entrants. Les conflits d'intérêts devraient aussi pouvoir être couverts par des règles adéquates. En ce qui concerne les principaux intéressés, le rapport insiste aussi sur la nécessité de préserver l'indépendance des journalistes, en les protégeant des pressions internes exercées par les propriétaires ou les éditeurs mais aussi extérieures, venant des lobbies par exemple et d'autres acteurs politiques ou économiques. Il faut aussi s'assurer du total respect de la confidentialité des sources et de l'application stricte des arrêts de la CEDH en ce domaine. Enfin, il faudrait soutenir et promouvoir l'investigation tout comme « un journalisme éthique dans les médias par le développement de normes et de procédures de recours appropriées ». La Commission, elle, devrait songer à mettre sur pied un groupe de régulateurs européens, audiovisuels notamment, permettant de veiller au respect de tous ces principes. Le rapport commandé par Mme Kroes avait en tout cas suscité les critiques de certains, notamment de la presse eurosceptique britannique accusant la Commission de vouloir réguler le travail journalistique. Ce rapport du Parlement européen pourrait aussi en soulever d'autres. (SP)