Bruxelles, 15/02/2013 (Agence Europe) - L'utilisation des farines animales pour nourrir les poissons, qui avait été interdite dans l'Union européenne après la « crise de la vache folle », sera à nouveau autorisée à compter du 1er juin (EUROPE n° 10786). Ce qui a suscité des critiques au sein du Parlement européen et du gouvernement français. L'Allemagne aussi était opposée à cet assouplissement de l'embargo sur les farines animales.
À compter du 1er juin prochain, les poissons d'élevage et autres animaux de l'aquaculture pourront à nouveau être nourris avec des farines de porc et de volaille. C'est ce qu'a annoncé jeudi la Commission européenne. Les experts des États membres avaient approuvé la mesure en juillet 2012. Une décision qui tombe, hasard du calendrier, en plein scandale alimentaire sur de la viande de bœuf remplacée par de la viande de cheval dans divers plats cuisinés vendus en Europe. Et qui a été de ce fait vertement critiquée par Guillaume Garot, le ministre délégué français chargé de l'Agroalimentaire. « Oui, ça tombe mal », a déclaré le ministre, interrogé sur France Info, en appelant les industriels du secteur à la « responsabilité ».
La France opposée à cette disposition
« La France s'était prononcée contre cette disposition européenne », a encore rappelé le ministre. Soulignant que la disposition de la Commission ne rendait « heureusement » pas obligatoire l'utilisation des farines animales, Guillaume Garot a estimé que cette mesure devait être mise « en œuvre au plan français avec un véritable esprit de responsabilité de nos industriels ».
Selon la Commission, le recours aux protéines animales transformées « améliorera la durabilité à long terme du secteur de l'aquaculture, car ces protéines animales pourraient être un substitut précieux aux farines de poisson, qui sont une ressource rare ». Quant au risque sanitaire, il serait minime. Selon la Commission, d'après « les avis scientifiques les plus récents », « le risque de transmission d'ESB [encéphalopathie spongiforme bovine, NDLR] entre animaux non-ruminants est négligeable pour autant qu'il n'y ait pas de recyclage entre les espèces (cannibalisme) ».
« Phase finale de l'éradication de l'ESB »
Les farines animales avaient été interdites dans l'Union européenne (UE) en 1997 pour les ruminants après la « crise de la vache folle ». L'épidémie d'ESB aurait en effet trouvé son origine dans l'utilisation pour l'alimentation des bovins de ces farines. L'interdiction avait ensuite été étendue en 2001 à l'alimentation de tous les animaux destinés à la consommation humaine. Par ailleurs, la Commission envisage d'autoriser, mais pas avant 2014, l'utilisation des protéines animales transformées dans l'alimentation des porcs et des volailles. Elles resteront en revanche interdites dans l'alimentation des ruminants -bovins, ovins et caprins. L'exécutif européen souligne en outre que « l'UE est désormais dans la phase finale de l'éradication de l'ESB au sein de son cheptel bovin ».
José Bové appelle à boycotter les poissons d'élevage
Le 6 juillet 2011, une écrasante majorité des députés européens français avait voté à Strasbourg contre la réintroduction des farines d'origine animale (56 contre, dont Stéphane Le Foll, désormais ministre de l'Agriculture, 8 pour et 1 abstention).
Pour José Bové, vice-président de la commission de l'agriculture du PE, si dans la mer, la chaîne alimentaire voit les gros poissons manger les petits, « on n'a toutefois encore jamais vu des poissons s'attaquer à des porcs ou à des volailles. Rien n'empêche, si on réintroduit les farines animales dans l'alimentation, qu'elles se retrouvent demain utilisées pour des animaux auxquels elles ne sont pas destinées. Les poissons, comme demain les porcs et les volailles doivent être étiquetés 'Nourris avec ou sans farines animales', pour que nous puissions choisir en connaissance de cause. Je doute que les consommateurs se bousculent pour acheter des poissons étiquetés 'Nourris avec des farines d'origine animale ». José Bové interpelle le gouvernement français pour qu'il demande à la Commission européenne de suspendre son autorisation. « Si les instances européennes n'acceptent pas, je demande aux consommateurs de se préparer à boycotter les poissons d'élevage dès le 1er juin 2013 ».
L'eurodéputée Isabelle Thomas (S&D, française) explique que la délégation socialiste française au PE est choquée par l'annonce faite hier par la Commission européenne d'autoriser le retour des farines animales pour les poissons d'élevage. « Malheureusement, le vote du Parlement européen obligeant le débarquement des rejets et autorisant leur transformation en farines animales avait bien pour vocation d'alimenter l'aquaculture. Ce mode d'alimentation était prohibé dans l'Union européenne depuis la crise de la vache folle. Faut-il avoir le sens politique d'une huître pour abîmer ainsi la perception que se font de l'Europe les citoyens ? Nous demandons à la Commission de revenir immédiatement sur cette décision », conclut-elle. (LC)