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Bulletin Quotidien Europe N° 10787
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) agriculture

Vin, les « châteaux » américains inquiètent les députés

Bruxelles, 15/02/2013 (Agence Europe) - Si l'UE doit autoriser la mention « château » sur les étiquettes des vins américains commercialisés dans l'UE, ceux-ci devront respecter les normes européennes: plusieurs députés européens ont interpellé la Commission européenne en ce sens, le 6 février lors de la plénière à Strasbourg.

Le comité de gestion de l'UE n'a toujours pas été amené à voter la proposition de la Commission visant à accorder aux États-Unis la possibilité d'utiliser le terme « château » pour les vins qu'ils exportent sur le marché européen. Une concession à laquelle la France est vivement opposée (EUROPE n° 10695).

La Commission européenne reconnaît la nécessité de préciser les critères que devront respecter les vins américains pour pouvoir porter cette mention. C'est sur ce point qu'elle a été interpellée par plusieurs députés européens. Selon eux, octroyer la possibilité aux vins américains d'être étiquetés « château » ou « clos » sur le marché de l'UE risque de leur permettre de tirer profit de la renommée séculaire des vins européens ou de fausser la concurrence. Dans l'UE, le terme « château » signifie que le vin est produit à partir de grappes d'un seul vignoble. Aux États-Unis, il s'agit d'un terme générique qui est utilisé à des fins de marketing.

Astrid Lulling (PPE, luxembourgeoise) a déclaré, lors du débat, qu'il fallait faire comprendre à la Commission « qu'il ne peut être question de faire abuser ad vitam aeternam par les USA les mentions traditionnelles 'château' et 'clos' pour leurs vins commercialisés sur le territoire de l'UE ». « Jamais, pour quelques raisons de politique commerciale extérieure que ce soit, vous ne pouvez faire des concessions aux États-Unis pour pérenniser l'utilisation abusive de nos appellations et créer ainsi des distorsions de concurrence au dépens des vins de qualité européens », a-t-elle ajouté.

Cette utilisation par les Américains des mentions « château » et « clos » « met en danger l'ensemble de la production de qualité en Europe. Voyez ce qui s'est passé avec les faux Prosecco, Rioja, Champagne. Il faut défendre bec et ongles nos productions que tout le monde nous envie », a déclaré Paolo de Castro (S&D, italien). Et de demander à la Commission de faire en sorte qu'il y ait un marché plus transparent sur la base de la réciprocité des règles commerciales. Nathalie Griesbeck (ADLE, française) a rappelé les conflits de ce type avec la Commission: pomme de terre Amflora, les OGM, la fabrication du rosé avec du vin blanc coupé de vin rouge. La Commission propose maintenant d'autoriser les Américains à utiliser les mentions château et clos pour identifier et commercialiser leurs vins. Elle a rappelé que les termes château pour le Bordelais et clos pour le Bourgogne « sont connus dans le monde entier et sont synonymes de grands crus de qualité et de patrimoine et de terroir européens ». Une telle autorisation pour les USA « serait très lourde de conséquence sans qu'il y ait des conditions identiques de réciprocité pour la production », a déclaré Mme Griesbeck qui a souligné le risque de « tromperie, de leurre pour le consommateur ». Impossible d'interdire aux Américains ou aux Chiliens d'avoir des « château » et des « clos », « mais il faut que ce soit une réalité. Ne bradons pas notre héritage et notre patrimoine, revenons à la raison », a-t-elle conclu.

Le commissaire européen Algirdas Semeta a assuré aux parlementaires, au nom de la Commission, que celle-ci est très consciente des aspects sensibles et des conséquences politiques de ce dossier. Il a précisé s'agissant de l'accord vin entre l'UE et les USA que les demandes américaines ont reçu une réponse conformément à la législation européenne. Bien sûr, « nous promouvons les appellations traditionnelles, mais ce ne sont pas des droits à la propriété intellectuelle », a expliqué le commissaire. « Il s'agit ici de précisions au niveau des marques. Ceci dit, la Commission examine encore des demandes américaines, aucune décision n'est encore tombée, nous poursuivons l'examen des demandes faites par les Américains et nous tiendrons compte des intérêts des producteurs de vins et des consommateurs européens lorsque nous prendrons nos décisions », a conclu Algirdas Semeta. (LC)

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