Bruxelles, 15/02/2013 (Agence Europe) - Branle-bas de combat dans le scandale de la viande de cheval vendue pour du bœuf. Les experts des 27 ont dit oui, vendredi 15 février, à la batterie de tests ADN dans les plats préparés censés contenir de la viande de bœuf, et de tests de détection de phénylbutazone - cet anti-inflammatoire administré aux chevaux de course et interdit à la consommation humaine en raison de sa nocivité (EUROPE n° 10786 et 10785). Ce faisant, le comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale de l'UE a approuvé la recommandation formulée mercredi soir par la Commission européenne à l'issue de la réunion ministérielle d'urgence, pour rétablir la confiance des consommateurs dans les produits sur le marché, sérieusement ébranlée.
Ce feu vert a été donné à l'heure où l'entreprise française Spanghero était publiquement mise au banc des accusés et où la crise de confiance, liée à cette fraude à l'étiquetage pourrait se doubler d'une crise sanitaire avec la découverte, par les autorités britanniques (FSA), de traces de phénylbutazone dans des carcasses de cheval exportées vers la France. Un scandale séparé, mais qui concerne encore la viande de cheval, et ajoute à la confusion.
Le plan de contrôles coordonnés approuvé par les experts des États membres débutera immédiatement pour une période initiale de 30 jours qui pourra être prolongée de deux mois. Les résultats des contrôles seront publiés le 15 avril. Les tests d'ADN de l'espèce animale permettant d'identifier si de la viande de cheval se trouve indûment dans des plats préparés censés contenir uniquement du bœuf et vendus comme tels seront pratiqués principalement dans les points de vente sur environ 2 250 échantillons dans toute l'Union européenne à raison de 10 à 150 par État membre en fonction de la taille du pays et de l'importance du marché de la viande chevaline (En Europe, cette viande est consommée uniquement dans quatre pays: Belgique, France, Italie et Pays-Bas). Les tests de détection de possibles résidus de phénylbutazone dans la viande de cheval seront pratiqués à raison d'un contrôle toutes les 50 tonnes de viande, et chaque État membre sera tenu de procéder au minimum à cinq tests. Ces deux types de test seront élaborés par un laboratoire de référence.
Tonio Borg, commissaire européen à la Santé et à la Politique des consommateurs, s'est réjoui que les États membres aient rapidement approuvé ce début de réponse collective à ce qui se révèle être une « tromperie économique », selon les termes utilisés par Benoît Hamon, le ministre français délégué à la Consommation. Jeudi soir, il indiquait que la société française Spanghero, savait « que la viande destinée aux plats préparés était du cheval » et serait poursuivie. La fraude, motivée par l'appât du gain, durait depuis plusieurs mois et a porté sur 750 tonnes de viande. Vendredi, une équipe nationale de vétérinaires était dépêchée dans les locaux de l'entreprise pour approfondir les investigations. L'annonce du ministre français avait aussitôt été saluée par le commissaire Borg comme un progrès décisif dans l'enquête.
« Les autorités françaises ont annoncé avoir identifié et suspendu une entreprise qui a sciemment vendu de la viande de cheval pour du boeuf. C'est une avancée majeure dans les investigations qui, depuis une semaine, mobilisent les autorités compétentes en matière d'alimentation et de consommateurs, de l'UE et des États membres. Le champ complet de l'investigation reste à établir, mais cette découverte montre que la traçabilité des aliments fonctionne dans l'UE. La Commission a été en contact étroit avec les États membres à qui il revient, au premier chef, de garantir l'application correcte des règles de l'UE. »
La Commission européenne continue d'affirmer qu'à ce stade « il n'y a aucun problème sanitaire » car, aucun test effectué par les États membres sur les échantillons de plats surgelés censés contenir du bœuf n'a révélé la présence de phénylbutazone. « Dans ce qui nous occupe déjà depuis trois semaines, il n'y a pas eu détection de cette substance. Pour les trois carcasses britanniques, c'est autre chose. Elles n'étaient pas destinées à entrer dans la chaîne alimentaire. Quand un animal va à l'abattoir, il doit avoir un passeport de santé, et les autorités vétérinaires doivent le contrôler », explique Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire Borg. Par carcasse de cheval, on entend « le squelette et la viande », précise-t-il.
Les eurodéputés se saisissent du scandale. Le sujet a été inscrit pour débat à l'ordre du jour de la commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité des aliments du Parlement européen, ce lundi 18 février. Pour José Bové (Vert, Français), vice-président de la commission de l'Agriculture et du Développement rural du Parlement, « le scandale sur la viande chevaline vendue pour de la viande bovine montre une nouvelle fois que certains secteurs de la transformation alimentaire sont prêts à tout, même à des pratiques frauduleuses, pour compresser les coûts, tirer les prix vers le bas et maximiser leurs profits ».
Dans l'UE, le marché de la viande de cheval est un marché niche, avec une consommation annuelle moyenne de 110 000 tonnes (AN)