Bruxelles, 16/11/2012 (Agence Europe) - Selon le think tank Momagri, au cours de la période 2005-2010, les soutiens globaux à la production agricole (SGPA) par habitant ont très fortement augmenté en Chine, au Brésil et aux États-Unis, respectivement de +130 %, +60 % et +40 %, alors que dans l'Union européenne, ils se sont à peine maintenus à leur niveau de 2005. « Ainsi, en dépit des déclarations sur le maintien du budget de la PAC, ces résultats démontrent que l'Europe fait depuis 2005 un choix opposé à celui des autres grandes puissances de la planète, qui investissent massivement pour garantir la sécurité alimentaire de leur population », commente ce think tank dans un communiqué publié lundi 19 novembre. Momagri n'avait jusqu'à présent communiqué que sur les résultats comparés UE/États-Unis (EUROPE n° 10641).
En valeur absolue, l'indicateur SGPA 2010 classe en 1ère position les États-Unis avec 163 milliards de dollars. Viennent ensuite la Chine avec 154 milliards de dollars, l'UE avec 101 milliards et le Brésil avec 38 milliards. En pourcentage de la valeur des productions agricoles, les États-Unis occupent toujours le premier rang avec des soutiens agricoles qui représentent 48 %, contre 24 % pour l'UE et le Brésil, et 20 % pour la Chine.
Au-delà des chiffres, l'analyse des politiques montre des convergences entre le Brésil et les États-Unis qui déploient des politiques de soutien à la compétitivité et de stimulation de la demande intérieure, relève Momagri. C'est ainsi que les agriculteurs de ces pays réputés pour leurs positions libérales bénéficient d'outils de régulation qui passent: - pour le Brésil, par des interventions directes sur les marchés, des dispositifs de stockage et des aides au développement des biocarburants (42 % du SGPA brésilien) ; - pour les États-Unis, par des aides contra-cycliques complétées par des mécanismes assurantiels et un large dispositif d'aide alimentaire interne.
Quant à la Chine, le gouvernement mène une politique interventionniste et de sécurisation de sa production agricole qui prend notamment la forme de prix minimum garantis (258 USD/t pour le blé, 291 USD/t pour le riz en 2010), d'aides directes au revenu, de programmes de protection sociale et d'allègements fiscaux.
Aux États-Unis, les soutiens à l'agriculture ont pour objectif de sécuriser la production agricole nationale. Ils concernent essentiellement deux types de mesures: les mesures d'aides aux farmers et les mesures de stimulation de la production nationale par le soutien de la demande interne et extérieure (dont l'aide alimentaire publique interne qui consiste, dans 93 % des cas, à l'achat de produits américains).
À l'inverse, l'UE est « la seule à faire des soutiens découplés de la production, assortis de critères de verdissement, le socle de sa politique agricole ». Or, selon Momagri, le verdict est sans appel: « La baisse des soutiens et leur inadaptation entraînent un décrochage de l'UE d'autant plus préoccupant qu'il serait aggravé par le projet de réforme de la PAC. » Si l'UE persiste avec cette réforme de la PAC, ce décrochage aboutira à des conséquences gravissimes pour l'agriculture et les industries agro-alimentaires européennes, selon cette organisation. Interpelant les responsables politiques européens, Momagri ne plaide pas en faveur d'une hausse du budget de la PAC, mais pour l'adoption de mécanismes de régulation des prix et donc des revenus. Ainsi en est-il des dispositifs contra-cycliques comme le préconise le think tank Momagri dans son projet 'Une autre PAC est possible' (EUROPE n° 10600).
L'indicateur SGPA répertorie l'ensemble des soutiens publics, budgétaires, extrabudgétaires, destinés à l'ensemble de la filière agricole, au sein d'une nomenclature en dix classes allant des soutiens directs couplés à la production jusqu'aux soutiens à caractère stratégique. (LC)