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Bulletin Quotidien Europe N° 10732
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) efsa

Mieux communiquer et hiérarchiser les priorités, deux défis de l'EFSA

Bruxelles, 16/11/2012 (Agence Europe) - Dans le viseur des ONG qui l'accusent de partialité, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), a mesuré, le 13 novembre à Parme, les progrès accomplis en matière de sûreté alimentaire dans l'UE, en dix ans d'activité, mais aussi la complexité des défis qu'elle doit relever à l'avenir pour remplir au mieux sa mission et prévenir une crise de confiance de l'opinion publique. La conférence « efsa@10: prête à relever les défis de demain » organisée conjointement par l'EFSA et la direction générale Santé/Consommateurs (DG SANCO) de la Commission européenne lui en a fourni l'occasion (EUROPE n° 10723).

Au-delà de la nécessité de s'adapter aux progrès de la science et des technologies, il convient pour l'EFSA d'établir une hiérarchie des priorités au sommet de laquelle placer l'effet cocktail des produits chimiques, les liens entre le régime alimentaire et la santé et de prendre en compte les effets à long terme dans l'évaluation des risques, ont estimé les participants. Améliorer la communication des risques, trouver comment financer à suffisance les travaux de l'EFSA sans que des redevances ne nuisent à sa réputation (la solution est entre les mains de la Commission et des États membres), former la prochaine génération de chercheurs, accroître le dialogue entre les États membres, coopérer plus étroitement avec les organismes internationaux sont les autres « must » identifiés pour les années à venir. Indépendance, indépendance, indépendance a répondu l'écho des ONG, aussi bien lors de la conférence de la société civile qu'elles ont organisée la veille à Parme, en contre-point à celle de l'EFSA.

Lutte contre l'ESB et réduction par deux de la Salmonelle entre 2004 et 2009, progrès significatifs en matière d'additifs et d'arômes alimentaires, de résidus de pesticides, de contaminants de la chaîne alimentaire ou d'allégations de santé dans l'étiquetage alimentaire sont à porter au bilan de l'EFSA, grâce à la décision prise par l'UE en 2002 de séparer gestion des risques et évaluation des risques et d'adopter une approche fondée sur la science, a souligné Catherine Geslain-Lanéelle, directrice exécutive de l'EFSA. L'Agence qu'elle dirige poursuivra dans cette voie et « nous continuerons à défendre notre personnel et nos experts scientifiques », a-t-elle averti.

Ladislav Miko, directeur adjoint de la DG SANCO - première « cliente » de l'EFSA puisque le cadre législatif fixe le programme de l'EFSA à 85 % - a souligné l'explosion du nombre d'avis scientifiques de l'EFSA, passé de 174 en 2006 à 638 en 2011. Selon lui, l'Autorité doit faire face à l'évolution de la science - un défi inhérent à l'évaluation des risques, qui va de pair avec une exigence d'excellence, de transparence et d'indépendance. Le rapport de la Cour des comptes qui a épinglé la mauvaise gestion des conflits d'intérêts par les agences de l'UE (EUROPE n° 10708) « reconnaît les efforts de l'EFSA mais rappelle la nécessité d'efforts continus », a-t-il dit, concédant que « même pour la Commission il est parfois difficile de distinguer entre intérêts et conflits d'intérêts ». Convaincu que la perception qu'a le public d'une science saine est déterminante, il juge que la communication « doit être à la fois précise et simple », d'autant que l'EFSA aura à traiter de questions de plus en plus complexes. Il assure de « l'engagement de la Commission à aider l'EFSA à être forte et efficace ».

Ce que peut faire le Parlement pour aider l'EFSA à relever ces défis « c'est l'accompagner par un soutien critique », a déclaré l'eurodéputée Dagmar Roth Behrendt (S&D, allemande) par message vidéo. Mella Frewen, directrice générale de FoodDrinkEurope est convaincue que « jamais en Europe les aliments n'ont été plus sûrs ». Selon elle « ce n'est pas seulement l'EFSA qui doit améliorer sa communication, mais nous tous , car la réputation de l'EFSA est en jeu. Il faut rendre hommage à son travail et nous devons être les gardiens de sa réputation ». Avec la globalisation du commerce et le changement climatique, les risques émergents seront, à ses yeux, « le grand défi », et « l'innovation et les régimes alimentaires », deux priorités.

De l'avis de Paolo Martinello, président du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), le principal défi pour l'avenir c'est la communication des risques, mais « le problème le plus important se trouve davantage du côté de la gestion des risques que du côté de l'EFSA ». Anthony Hardy, président du comité scientifique de l'EFSA, fait valoir, lui, que « l'expertise est sous la pression croissante de l'industrie et des politiques » et que « les scientifiques ont besoin d'encouragements pour s'engager dans le processus », tout comme il convient que le public accepte parfois « l'incertitude scientifique ».

Tous ont souligné la nécessité d'accroître les moyens financiers de l'EFSA pour qu'elle puisse correctement assurer sa mission (EUROPE n° 10728), Paolo Martinello estimant même qu'il est « inutile de parler d'indépendance s'il n'y a pas de ressources », mais le président du BEUC trouve « dangereuse » l'idée de redevances. Sur ce point, l'industrie n'a pas encore une position unifiée. « Les PME ne voient pas pourquoi elles paieraient la même chose qu'une grande entreprise qui soumet beaucoup de dossiers. D'autres disent que la redevance ne doit pas être liée à un dossier. La solution reste à trouver », concède Mella Frewen. Le conseil d'administration de l'EFSA, pour sa part, souhaite un mécanisme garant de l'indépendance de l'EFSA a indiqué à EUROPE Sue Danies, conseillère politique principale de l'association britannique des consommateurs 'Which' et présidente du conseil d'administration de l'EFSA qui a présenté à Parme les conclusions louangeuses et les recommandations de la deuxième évaluation externe de l'EFSA (EUROPE n° 10682).

Introduisant la discussion sur les moyens d'aider la science à guider davantage les décisions politiques pour protéger le consommateur, l'eurodéputée Marit Paulsen (ADLE, suédoise), qui fut rapporteur pour la législation de l'UE sur la sûreté alimentaire, a déclaré: « Il ne faut pas seulement que les scientifiques soient davantage écoutés. Il faut absolument que davantage de décideurs politiques sachent écouter », a-t-elle lancé en déplorant l'absence de contradictions entre les politiciens et les scientifiques, et la vue à très court terme des politiciens circonscrite à leur mandat de 4 ou 5 ans « dangereusement court ». Massimiamo Mucchi, professeur à l'Université de Trente, a souligné que la société d'aujourd'hui n'était plus « passive et ignorante » mais porteuse d' « attentes contradictoires » puisqu'elles concernent à la fois le bien-être, l'économie, le renforcement de la place de l'humain, voire la prédictibilité quand sont mis en cause, comme l'ont été tout récemment, les avis scientifiques des sismologues italiens. Les attentes à l'égard de la science ne font pas toujours bon ménage avec « les attentes opportunistes, avec les attentes de miracles, et si ces attentes ne sont pas satisfaites, c'est la science qui est blamée », a-t-il noté.

« De quoi parlons-nous quand nous parlons de scientifiques ? De découvreurs, de débat académique ou de pourvoyeurs d'idées fausses ? », s'est interrogé l'eurodéputé José Bové (Verts, français), en rappelant qu'en son temps, Galilée avait été tourné en dérision par les scientifiques. Compte tenu de l'évolution des connaissances scientifiques c'est à la prudence et à la prise en compte de plusieurs points de vue qu'il appelle pour l'agriculture OGM et les pesticides. L'impact sur l'environnement, sur l'eau, sur les insectes, sur l'économie, sur la société sont, selon lui, autant de paramètres entrant dans le spectre de la science. David Byrne, ancien commissaire européen à la Santé et la Protection des consommateurs a rappelé que l'article 6 de la législation alimentaire de l'UE (règlement n° 178/2002 qui a institué l'EFSA) fait de l'évaluation des risques la base des décisions politiques. Il a estimé que la force de l'EFSA c'est d'avoir « fait son travail en pleine période de tourments » puisqu'elle a été établie à l'issue de la crise de la vache folle.

Pour PAN Europe (Pesticide Action Network Europe) le dixième anniversaire de l'EFSA est la célébration de « dix ans d'amour aveugle pour l'industrie ». Selon cette ONG ; les liens massifs entre l'EFSA et l'industrie ont été mis en lumière lors de la conférence sur l'avenir de l'évaluation des risques organisée par l'EFSA le 7 novembre, puisque « plusieurs personnes très liées au lobby agro-alimentaire de l'ILSI-Internationa Life Science Institute y ont pris la parole comme Alan Boobis, Harry Kuiper, Joseph Schlatter et Bette Meek » - preuve, selon PAN Europe, que l'EFSA a bien l'intention de continuer à coopérer étroitement avec l'industrie. PAN Europe loue néanmoins le dernier avis scientifique de l'EFSA sur la responsabilité potentielle des pesticides dans le déclin des populations d'abeilles qui, selon l'ONG, devrait être « source d'inspiration pour l'avenir » car il passe en revue toutes les publications scientifiques « y compris celle d'études indépendantes », contrairement aux travaux du « nébuleux ICPBR (International Committee on Plant-Bee) financé par l'industrie », précise PAN Europe. (AN)

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