Les dernières évolutions en Europe, en partie positives et en partie préoccupantes, appellent quelques remarques dépassant les positions officielles, parfois apaisantes ou artificielles. Voici quelques exemples.
Équilibre néerlandais. Le résultat des élections aux Pays-Bas est en même temps encourageant et instructif. Encourageant, car il prouve que la grande majorité des Néerlandais demeure pro-européenne ; la victoire des partis politiques favorables à la construction communautaire a été très nette et le nouveau gouvernement ira logiquement dans le même sens ; instructif, car il confirme que l'on ne doit pas faire confiance aux sondages préalables, dans lesquels s'expriment surtout les positions extrêmes.
L'austérité, en vigueur dans ce pays tout autant qu'ailleurs, n'a pas refroidi l'esprit européen, et la thèse favorable à quitter l'UE a montré ses limites ; certaines forces politiques gagnantes avaient quand même critiqué quelques attitudes de l'UE, en particulier l'excès de condescendance à l'égard de la Grèce.
L'austérité a aussi un aspect positif. Les efforts de tous les gouvernements pour redresser la situation budgétaire de leurs pays impliquent des mesures d'austérité qui imposent nécessairement des sacrifices aux populations. Mais ces efforts ont en même temps un rôle utile qui est trop souvent oublié: ils permettent de constater à quel point les déficits à corriger étaient (et sont toujours en large partie) provoqués par des abus et des gaspillages dans tous les domaines. Leur dénonciation et leur suppression progressive représentent donc l'élément positif de l'austérité ; les lamentations des profiteurs qui s'efforcent de sauvegarder leurs privilèges sont souvent à la base des protestations qu'on entend partout. Un État qui ne procède pas au nettoyage indispensable n'a pas de dignité nationale et ne mérite pas un rôle actif dans la gestion de l'Europe.
Ce n'est pas une question d'orientation politique: la volonté de rétablir les équilibres budgétaires est aujourd'hui très ferme, que le gouvernement soit socialiste (France), « technique » (Italie) ou de droite (Espagne) ; et évidemment, dans chaque cas, avec l'appui de la majorité du parlement national.
La suppression des abus représente donc l'aspect positif de l'austérité, qu'ils proviennent de la classe politique, de l'administration publique ou de certaines catégories économiques ou sociales. Ce n'est qu'un aspect du redressement des États qui doivent rétablir l'équilibre budgétaire, indispensable et obligatoire ; mais l'ampleur de ce qu'on découvre prouve que c'est loin d'être un aspect négligeable.
Détails à ne pas oublier. Les adversaires de l'austérité oublient parfois de tenir compte du coût des soutiens financiers qu'ils préconisent. Qui paye en définitive? Le Fonds de soutien en vigueur (FESF) a déjà engagé la moitié de sa dotation (surtout pour la Grèce, mais aussi pour le Portugal et l'Irlande) et le nouveau Fonds (MES) sera bientôt opérationnel et commencera à disposer de sa dotation au début de l'année prochaine. Logiquement, le moment venu, un pays qui sera aidé par le MES ne participera pas au financement qui lui est destiné. Des membres de l'euro de grande envergure ont jusqu'à présent contribué aux versements, sans rien recevoir. L'Allemagne, qui participe au MES à hauteur de 190 milliards d'euros, ne pourra pas dépasser ce plafond sans une autorisation parlementaire nationale. L'argent disponible devra être géré avec soin. Il est facile de faire de la démagogie en réclamant, par exemple, que l'aide à la Grèce soit encore prolongée.
Mais au sein du Parlement européen, par exemple, il ne semble pas que l'aspect des disponibilités des deux Fonds, en liaison avec le respect des engagements par les bénéficiaires, ait été pris en considération.
Ne pas céder aux Musulmans fanatiques. L'assassinat d'un ambassadeur et de trois diplomates américains en Libye et les manifestations violentes contre l'Occident en général, en réaction à un film dénigrant l'Islam, sont inadmissibles. Il est à souligner que les autorités des pays concernés ont réagi aux assauts dirigés contre les ambassades et d'autres bâtiments occidentaux et ont protégé les Américains et les Européens qui avaient été pris pour cibles ; aucune autorité d'un pays musulman n'a, à ma connaissance, toléré ces violences, et le président égyptien Mohamed Morsi s'est associé à la condamnation des violences.
Mais les États-Unis sont accusés d'avoir provoqué eux-mêmes les réactions des peuples musulmans en permettant la diffusion du film qui insulte l'Islam. Or, ni les États-Unis ni l'Europe ne peuvent renoncer à la liberté d'expression par des interdictions gérées et décidées par les autorités politiques ; c'est un aspect essentiel de la liberté tout court. Les manifestations violentes semblent apaisées, mais la question demeure complexe et délicate et cette rubrique revendra en détail surtout sur les aspects qu'on cache.
(FR)