Un parallélisme inexistant mais indispensable. Les responsables de la gestion de la zone euro, ainsi qu'experts et économistes de bonne foi, connaissent très bien la cause fondamentale qui empêche la maîtrise efficace et la stabilité de la monnaie commune: elle réside dans l'absence de parallélisme entre, d'une part, l'octroi du soutien aux pays en difficulté et, de l'autre, le contrôle efficace du respect par ces pays des engagements souscrits. Le comportement de la Grèce, qui n'a jamais respecté sérieusement les conditions auxquelles étaient liés les financements obtenus, a renforcé les réticences ; mais d'autres pays de la zone euro ont été eux aussi, d'une façon ou l'autre, fautifs, ce qui explique les réticences et les méfiances.
Résultat: les mécanismes de soutien financier aux pays de l'euro qui se trouvent en difficulté ne pourront agir de manière automatique et pleinement efficace que lorsque les systèmes de surveillance commune seront en fonction. On le constate sans arrêt. Mais la concrétisation de ces systèmes est longue. Mme Merkel et ses services travaillent actuellement sur un projet comportant en substance: cessions de souveraineté des gouvernements nationaux aux institutions européennes ; contrôle réciproque entre parlements nationaux et PE sur les budgets des États membres et de l'UE ; recours automatiques (ou presque) à la Cour de justice de l'UE contre les pays qui ne respectent pas les disciplines convenues. Certains aspects de ce projet ont été critiqués et leur concrétisation implique des négociations délicates et des délais considérables.
Le décalage entre l'urgence des interventions sur les marchés en cas de nécessité et le temps nécessaire pour les modifications institutionnelles est une évidence. Il ne s'agit pas seulement de modifier le fonctionnement institutionnel de l'UE elle-même (sujet sur lequel on attend notamment le rapport du groupe Van Rompuy), mais aussi de tenir compte de la compatibilité entre les innovations envisagées et les constitutions nationales.
L'exemple grec, et au-delà. En fait, les complications bien réelles citées sont tranquillement oubliées dans certaines prises de position polémiques, d'un côté comme de l'autre.
Que de démagogie, par exemple, chez ceux qui réclament la poursuite des financements à la Grèce avec un prolongement du calendrier, alors qu'il n'existe aucune chance que les conditions prévues soient respectées, même pas avec deux ans de plus ! Les conditions du redressement économique de la Grèce seraient mieux remplies sans les contraintes de la zone euro, dans le cadre d'une Grèce État membre de l'UE, soutenue par les politiques communautaires. Et les restrictions imposées à la population seraient moins rigoureuses que celles actuellement exigées.
Est-il nécessaire d'ajouter que le prolongement du calendrier grec coûterait cher aux autres pays de la zone euro actuellement engagés dans les dures opérations de leur propre redressement ? Bien entendu, les démagogues qui font semblant d'aider la Grèce évitent d'évoquer cet aspect ou en ignorent simplement l'existence.
Je me demande à quel point le monde de la finance n'est pas impliqué dans l'opposition ou les réticences à l'égard de la sortie grecque de la zone euro. Les banques qui possèdent des bons du trésor grecs les ont achetés en pratiquant des taux d'intérêt particulièrement élevés, qui se justifient exclusivement par l'existence d'un risque correspondant ; ces banques ont accepté ce risque, elles doivent y faire face. Il ne serait pas acceptable que des banques pratiquent des taux d'usure, en bénéficient aussi longtemps que possible et rejettent l'hypothèse que leur crédit puisse ensuite perdre de la valeur. La BCE s'est retrouvée à peu près dans la même situation ; elle paraît disposée à rembourser les intérêts exagérés perçus.
Le contrôle des engagements. Le cas particulier de la Grèce mis à part, l'Allemagne et quelques autres États membres estiment que les pays de la zone euro faisant appel aux instruments de soutien existants doivent souscrire des engagements fermes et fournir des garanties substantielles. Mais certaines personnalités en Allemagne ne cachent pas leur perplexité à l'égard du projet visant à faire intervenir la Banque centrale européenne (BCE) dans les cas où les marchés réclament des taux d'intérêt excessifs pour souscrire les bons du trésor d'un État membre, même s'il est sérieusement engagé dans les réformes. Jens Weidmann, président de la Bundesbank (et donc membre de la direction de la BCE) a déclaré que l'allégement de la dette d'un pays fautif a comme effet que ce pays ralentit ses réformes: « C'est comme une drogue ». Il continue à se battre pour que les interventions de la BCE soient limitées. Et ses collaborateurs rappellent, au-delà du cas grec, le comportement passé de l'Italie lorsque le Premier ministre était M. Berlusconi. M. Monti inspire confiance ; mais sera-t-il encore Premier ministre au printemps prochain ?
Dialogue de sourds ? Le résultat de la situation est souvent un dialogue de sourds. D'un côté, on réclame un système d'intervention automatique des instruments de l'euro en faveur des États membres en difficulté, sans se préoccuper d'expliquer comment l'utilisation efficace des financements de soutien serait assurée et surveillée. De l'autre, on exige que la surveillance fonctionne et soit efficace avant que les mécanismes de soutien puissent agir.
Cette situation prolonge les incertitudes et permet que la spéculation financière prospère. En l'absence de compréhension réciproque et de comportements qui la concrétisent, pourrait progresser l'orientation finlandaise favorable à une monnaie unique laissant de coté les pays méditerranéens, sauf la France qui est en train de relancer et consolider sa coopération avec l'Allemagne. Les quatre prochains mois seront décisifs et les incertitudes subsistent. (FR)