Bruxelles, 01/08/2012 (Agence Europe) - Le Mécanisme européen de stabilité (MES), fonds européen de sauvetage qui devrait être opérationnel en septembre, sera doté « en temps voulu » d'une licence bancaire, a estimé le Premier ministre italien Mario Monti. Je pense qu'une telle approche aiderait grandement et verra le jour « en temps voulu », a-t-il déclaré mercredi 1er août à Helsinki à l'issue d'une entrevue avec le Premier ministre finlandais Jyrki Katainen.
Plusieurs grands pays de la zone euro - la France, l'Italie, l'Espagne - plaident pour un lien direct entre le MES et la Banque centrale européenne qui permettrait au fonds européen d'avoir accès aux liquidités illimitées de l'Institut de Francfort. Cette éventualité, qui pourrait s'avérer déterminante dans la mise sur pied d'un pare-feu financier anti-contagion de la crise de la dette souveraine, se heurte à l'opposition permanente des autorités allemandes mais aussi finlandaises. Celles-ci arguent que le financement direct des pays de la zone euro est contraire à la mission de la BCE, ancrée dans les traités européens.
Activation du MES ? En amont de sa visite à Helsinki, M. Monti avait indiqué que l'Italie n'avait pas besoin d'un sauvetage financier global tout en évoquant la possibilité d'octroyer à son pays, qui fait de gros efforts de consolidation budgétaire et flexibilise son économie, « un espace pour respirer » à travers une baisse de ses coûts de refinancement sur les marchés. « Des aides pourraient être nécessaires, peut-être, en relation avec la lenteur avec laquelle les marchés comprennent les efforts accomplis et les résultats obtenus », a-t-il déclaré au quotidien finlandais Helsingin Sonomat. En début de semaine, Rome a levé avec succès plus de 5 milliards d'euros de titres à 5 et 10 ans, les taux d'intérêt sur les titres à 10 ans étant repassés sous les 6%.
La détente observée sur les marchés de la dette souveraine est due aux récentes déclarations du président de la BCE Mario Draghi, qui s'est dit prêt à tout faire pour garantir l'intégrité de la zone euro. Des paroles relayées depuis par les dirigeants allemands, français et italiens. Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a indiqué que l'Eurozone, à travers le MES, et la BCE lanceraient une action coordonnée sans en préciser la nature ni le calendrier. Cette action coordonnée pourrait consister en des opérations de rachat de titres italiens et/ou espagnols, par le MES sur les marchés primaires et par la BCE sur les marchés secondaires. Encore faut-il que les pays concernés en fassent la demande. La réunion, ce jeudi, des gouverneurs de la BCE sera particulièrement suivie par les investisseurs qui veulent en savoir plus sur les intentions de la Banque.
Mise en garde cinglante de la Bundesbank. Le gouverneur de la Bundesbank Jens Weidmann, qui devait discuter en tête à tête avec M. Draghi avant la réunion des gouverneurs de la BCE, a pourtant adressé une mise en garde cinglante contre toute intervention qui outrepasserait le mandat de l'institution européenne. L'indépendance de la BCE lui impose de « respecter et ne pas outrepasser son propre mandat », a-t-il prévenu dans une discussion avec l'ancien gouverneur central Helmut Schlesinger qu'a publiée la Bundesbank mercredi 1er août sur son site Internet. En clair: la BCE ne doit pas reprendre son programme de rachat. « Nous sommes la banque centrale la plus grande et la plus importante de l'Eurosystème et notre opinion compte davantage que celle de beaucoup d'autres banques centrales », a-t-il estimé, désireux de peser de tout son poids dans les discussions tendues qui s'annoncent. Et de considérer que les gouvernements des pays de l'Eurozone « surestiment les capacités » de la BCE et « attendent trop d'elle en assumant qu'elle peut servir non seulement à maintenir la stabilité des prix mais aussi à promouvoir la croissance, réduire le chômage et garantir la stabilité du secteur bancaire ».
Conformément aux décisions prises lors du dernier sommet de l'Eurozone, la Commission européenne présentera début septembre des propositions législatives en vue de créer un mécanisme unique de supervision bancaire impliquant la BCE (EUROPE n°10645). Cette étape est la condition préalable à la possibilité pour le MES de venir directement en aide à un secteur bancaire en difficulté sans que cette aide plombe les finances du pays concerné. (MB)