Giglio, 12/04/2012 (Agence Europe) - Le Conseil et le Parlement ont accordé leurs violons, jeudi 12 avril, pour que les pouvoirs de l'Agence européenne pour la sécurité maritime (EMSA) soient étendus à la prévention contre la pollution maritime, la lutte contre la piraterie, la formation des gens de mer et la création d'un espace maritime sans barrières, surtout administratives. Pour le rapporteur sur la question, Knut Fleckenstein (S&D, allemand), les négociations menées en trilogue ont débouché sur un accord « raisonnable », mais il admet être frustré parce qu'il n'y a pas encore de cadre légal, ce qui retardera considérablement la mise en pratique des orientations dégagées en concertation. Les États membres seraient restés intransigeants sur certains aspects, ce qui amène M. Fleckenstein à insister sur le fait que « l'EMSA ne remplacera pas ou ne dupliquera pas le travail des États membres, cela apportera une valeur ajoutée. Cela devrait jouer un rôle plus important pour soutenir les autorités locales dans les inspections de sécurité et dans la coordination des urgences et des exigences de formation des gens de mer ».
Prévention de la pollution. L'accord qui révise le règlement CE 1406/2002 sera présenté au COREPER le 17 avril prochain, et à la commission parlementaire en charge du transport et du tourisme le 24, avant une adoption en plénière en mai. Une fois le tout formellement approuvé par les deux parties, l'EMSA pourrait donc élargir son influence dans quatre domaines en particulier. Un grand acquis pour le PE est que l'EMSA pourra dorénavant avoir une attitude proactive en regard des catastrophes environnementales dues à la pollution maritime. L'EMSA pourra prévenir la pollution causée par des fuites de pétrole ou de gaz dans les plateformes en haute mer, et intervenir si nécessaire. « L'agence fournira de l'aide aux États membres (…) et développera aussi un système de partage d'information qui renforcera la prévention, renforcera les bonnes pratiques et accélérera les réponses à toutes sortes de désastres », a expliqué M. Fleckenstein à l'issue des discussions.
Mieux former, et lutter contre la piraterie. Un point cher au Parlement était aussi d'établir des spécifications claires pour la formation des gens de mer, et de redorer le blason de la profession en la rendant plus attractive. M. Fleckenstein aurait souhaité que l'EMSA contribue à rendre une image plus moderne et intéressante du métier, mais il s'est heurté à la réticence des États membres qui ne se sont pas montrés enthousiastes à l'idée d'une action conjointe. L'EMSA pourrait par ailleurs avoir un mandat pour contribuer à la lutte contre la piraterie, comme le souhaitait le Parlement. Enfin, la chasse à la bureaucratie et aux barrières administratives serait désormais du ressort de l'EMSA afin de supprimer les obstables à un espace maritime européen.
Pouvoirs étendus, une nécessité. « L'extension du mandat de l'EMSA pour inclure ces compétences est bien nécessaire en Europe, comme des cas récents de perte de pétrole, d'augmentation de la pollution des mers, et aussi des accidents de bateau de croisière comme le Concordia l'ont prouvé », a fait valoir M. Fleckenstein. Le président de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM), Jean-Yves Le Drian, qui tenait au même moment une conférence sur la sécurité maritime et le transport de passagers, sur l'île de Giglio, là où précisément ce paquebot a fait naufrage, a aussi salué l'issue des négociations sur l'EMSA: « Tout ce qui donne plus de pouvoirs à l'EMSA est à soutenir, il faut que cette organisation prenne toute sa position, car il faut faire plus en matière de prévention », a-t-il expliqué à Agence Europe. Mais il préconise de faire plus encore pour faire avancer le droit maritime, citant en exemple la réglementation en vigueur dans l'aviation. Son association, la CRPM, entend aussi se mettre en mouvement pour qu'un paquet Erika 4 voie le jour. (MD)