Giglio, 13/04/2012 (Agence Europe) - L'onde de choc du naufrage du Costa Concordia en début d'année n'en finit pas de se répercuter dans le secteur maritime et dans les régions côtières. Tous sont bien résolus à faire évoluer les législations en vigueur dans la navigation pour éviter de tels désastres, et mieux y répondre. Cette onde de choc résonne toujours sur l'île de Giglio, théâtre du drame, trois mois jours pour jours après la catastrophe. Un séminaire sur la sécurité maritime et le transport de passagers a été organisé sur cette île par la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM), les 12 et 13 avril. « L'objectif est de construire un ensemble de règles pour éviter que cela se reproduise dans nos eaux », a dit le maire de la municipalité de Giglio, Sergio Ortelli. Toutes les régions côtières d'Europe se sentent concernées par les conséquences humaines et environnementales du drame, et se sont souvenues de la série de naufrages auxquels elles ont déjà dû faire face (Moby Prince en Toscane, Prestige en Galice, Erika en Bretagne, Estline ou Fu Shan Hai en mer Baltique…).
« En accumulant les catastrophes, nous sommes loin d'une réglementation qui permette de meilleures notes de sécurité, et nous, les régions, sommes les victimes permanentes », s'agace le président de la CRPM, Jean-Yves Le Drian. « Au niveau européen, à chaque catastrophe, on engage des procédures, mais il faudrait que ces réglementations (ndlr Erika 1, 2 et 3), qui sont positives, soient validées par les États membres pour qu'elles soient opératoires. Nous, les régions, sommes particulièrement concernées par les conséquences des insuffisances de la législation ». La CRPM fera tout pour qu'un paquet Erika 4 soit mis en œuvre. « Si les régions ne sont pas des puissances d'impulsion, ça ne bouge pas suffisamment. Nous avons de grands chantiers devant nous et nous sommes plutôt proches des positions de la Commission européenne, qui est plus notre partenaire que les États qui sont trop frileux à cause des intérêts qui les concernent ».
Debora Serracchiani (S&D, italienne), membre de la commission transports du PE, estime aussi qu'il « faut une volonté politique pour appliquer les règles par tous les pays, au-delà des intérêts de chacun ». Et de concéder que son pays, l'Italie, « n'a pas toujours brillé pour ce qui est de l'application des règles relatives à l'investigation ». Elle déplore l'absence de règles européennes déterminant les distances de navigation le long des côtes.
S'inspirer de l'aviation. L'heure serait donc visiblement à la régulation de la navigation et les idées fusent pour assurer la sécurité maritime. Enrico Rossi, président de la région de Toscane, souhaite que le secteur maritime s'inspire des règles en vigueur dans l'aviation: « Si des modifications de vol s'avèrent nécessaires, l'accord préalable du contrôle du trafic aérien est obligatoire. Pourquoi n'est-ce pas le cas pour le transport maritime ? ». Pour M. Le Drian, « pendant longtemps il a fallu que la mer soit libre et dérégulée, alors que pour l'aéronautique, c'est l'inverse, il y a une contradiction énorme, notre rôle est de pousser pour une même politique ». M. Serrachiani espère que lorsque le programme satellitaire européen Galileo sera opérationnel en 2014, il pourra contribuer à surveiller le trafic maritime.
Action à l'OMI. La Commission prévoit, cette année encore, de revoir la législation sur la sécurité des navires de passagers. Au niveau international, l'Organisation maritime internationale (OMI) devrait faire de même, notamment en actualisant la Convention SOLAS, pour la 'sauvegarde de la vie humaine en mer', qui avait été élaborée après le naufrage du Titanic, il y a tout juste cent ans cette semaine. Crisitiano Aliperta, représentant permanent adjoint de l'Italie auprès de l'OMI, explique qu'« on va voir s'il faut modifier la convention SOLAS. La convention couvre tous les types d'accidents et tend vers un accident zéro. Il n'est pas exclu d'amender certaines normes ». Mais cela ne sera fait qu'à la lumière du rapport d'enquête réalisé par les autorités italiennes. « Nous ne ferons rien sans avoir lu le rapport, notre réponse devra être pondérée, sereine, pas le fruit de l'émotion ». Mais le président de la CRPM note qu'à son sens « l'OMI est plus porteuse des intérêts des États du pavillon que des régions côtières ».
À Giglio l'urgence est toujours de mise. Sur l'île, les opérations de sauvetage et d'extraction du carburant sont terminées, mais la région est toujours empêtrée dans les conséquences concrètes du naufrage. De fastidieuses démarches sont nécessaires pour rendre à l'île son apparence intacte: récolte des déchets, renflouage du bateau, pour enfin écarter tout risque d'impact sur l'environnement dans l'archipel toscan, qui est l'un des parcs marins les plus grands de la Méditerranée. « Chaque jour qui passe augmente les risques nocifs pour l'environnement. On ne pourra plus faire les mêmes choses après l'accident du Giglio et cela changera peut être la nature d'un tourisme qui se fait le long des côtes », résume une haute responsable de la région de Toscane, Maria Sargentini. (MD)