login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10578
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques remarques supplémentaires sur les péripéties de la Grèce, les relations entre Hongrie et Roumanie et les dangers des mafias

La Grèce entend attirer les investisseurs, mais… Aristomenis Syngros, président de la Invest in Greece Agency, a présenté à Bruxelles, à une trentaine d'investisseurs potentiels ou consultants, les possibilités d'investissements dans son pays qui pourraient représenter une affaire dans des secteurs tels que énergie, infrastructures, immobilier, eau et traitement des déchets. Les perspectives sont nombreuses et souvent séduisantes, comme l'achat de l'ancien aéroport d'Athènes en bord de mer ou la construction de terrains de golf (dans tout le pays il n'en existerait que trois). M. Singros dispose d'un guichet unique, à Athènes, pour toutes les démarches, de manière à court-circuiter la bureaucratie nationale, traditionnellement lourde et lente. Son pays prévoit 37 milliards d'euros d'investissements sur cinq ans, ouverts aux investisseurs étrangers. Perspective indispensable pour la relance économique du pays.

Mais à condition de ne jamais oublier que l'essentiel reste dans les mains des responsables politiques et de l'attitude de la population. Je rappelle aux lecteurs l'interview que le parlementaire européen Robert Goebbels a accordée a notre bulletin (n° 10574), après trois jours de contacts et d'enquêtes sur place au nom de la troïka alternative social-démocrate (par rapport à la troïka officielle: Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI). À la lumière des résultats, les critiques de M. Goebbels aux recettes de redressement qui ont été imposées à la Grèce sont très vives ; mais en même temps les constatations sur le comportement de la Grèce elle-même ne sont pas tendres: il est impératif que le système fiscal soit simplifié, le fonctionnement de l'administration amélioré, la bureaucratie réduite. Les armateurs ne paient pratiquement pas d'impôts car installés dans des lieux exotiques, l'Église possède d'énormes latifundia pratiquement exonérés d'impôts, le lancement d'un projet hôtelier implique onze ministères.

Rien de vraiment nouveau ? Peut-être. Mais il est significatif que M. Goebbels réaffirme, par ses constatations sur place, que la relance des investissements, qu'il considère comme prioritaire, est difficilement réalisable si les énormes lacunes et l'inefficacité de l'appareil politique et administratif ne sont pas corrigées.

Même M. Juncker a regretté que l'UE n'ait pas mis suffisamment l'accent sur la relance économique, mais en soulignant que la Grèce elle-même doit mieux absorber les financements du Fonds de cohésion, et il a regretté que l'assainissement des finances grecques soit davantage basé sur l'augmentation des impôts que sur la réduction des dépenses publiques.

Conclusion: rien n'est encore acquis à propos de la permanence grecque dans la zone euro, même si le soutien de l'UE à la Grèce en tant que membre de l'UE est une donnée de fait intouchable.

Respecter les règles de l'UE, la seule issue à l'Est. Au-delà des difficultés actuelles spécifiques, le problème de la Hongrie ne peut trouver une solution satisfaisante et durable que dans le contexte européen. Ce n'est pas moi qui le dit, mais les enquêtes sur place. Le rappel dans cette rubrique d'hier de quelques vérités qui ne doivent pas être oubliées à Budapest n'enlève rien à l'exigence de solutions équitables, dans toute la région, aux déséquilibres résultant des événements du siècle précédent.

La situation des relations entre la Hongrie et la Roumanie est connue: un million et demi de Hongrois habitent en Roumanie et ils ont sur place leur parti politique. Dans l'Université de médecine de Tirgu Mures (Transylvanie), plus d'un tiers des étudiants sont d'origine hongroise, célèbrent la fête nationale hongroise, étudient partiellement en langue hongroise. Faut-il séparer les étudiants selon leur origine ? Des divergences ont surgi. Le recteur a réclamé le respect de l'autonomie de l'Université, il s'oppose à la ségrégation entre les deux communautés ethniques et il a déclaré: « Je crois à notre intégration au sein de l'Union européenne ».

Un envoyé spécial du quotidien Le Monde avait constaté sur place que les tensions du passé avaient été surmontées et que « Roumains et Hongrois avaient trouvé un équilibre ces dernières années au sein de l'UE ».

L'évolution conflictuelle plus récente implique donc une mise en garde: la participation commune à l'UE représente la seule garantie que les conflits du passé ne se reproduiront pas. Se situer en marge de l'UE ou ne pas respecter ses règles ouvrirait la voie à toutes les aventures.

Pourquoi le Parlement européen a raison de s'occuper de la mafia. Je le reconnais: lorsque le Parlement européen a inséré la mafia parmi les sujets dont il s'occupe directement, je n'y avais pas accordé beaucoup d'importance. Il existe tellement de dossiers dont le PE a la responsabilité qu'il me paraissait étrange qu'il y ajoute explicitement la mafia, comme s'il n'y avait pas la police et les magistrats pour s'en occuper, avec d'autres connaissances et moyens d'action. Mais j'ai eu ensuite l'occasion de lire quelques déclarations de Roberto Saviano et j'ai changé d'avis.

M. Saviano, on le sait, a dénoncé, dans ses livres, ses articles et à la télévision, l'activité de la mafia napolitaine d'abord, et progressivement de la mafia internationale. Il n'a que 33 ans, il vit sous escorte permanente et il a élargi ses enquêtes à l'Europe comme ensemble, en dénonçant l'emprise des groupes criminels dans l'ensemble de l'UE. Dans une interview récente en France, il a notamment déclaré: « Des pays comme la Slovénie ou la Croatie sont des sanctuaires pour la mafia italienne. Les criminels russes et turcs dévorent la Serbie et maintenant la Grèce. Les gangs tiennent l'Albanie et le Kosovo (…) L'Union européenne ne se donne pas les moyens de combattre les mafias ».

M. Saviano met en cause aussi les banques suisses et il affirme: « Une législation européenne est indispensable pour combler les lacunes d'un pays européen à l'autre et pour permettre à la justice de confisquer des biens dès qu'un risque de collusion mafieuse apparaît. Il faut séquestrer tout de suite, sinon le cancer s'installe. La mafia calabraise avait acheté un quartier entier à Bruxelles. Sous les fenêtres de l'UE ! »

M. Saviano exagère-t-il ? C'est possible. Mais je comprends maintenant pourquoi le Parlement européen a décidé de s'occuper de la mafia.

(FR)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
SOCIAL - ÉDUCATION - CULTURE - SPORT