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Bulletin Quotidien Europe N° 10529
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) santÉ animale

L'exportation du bétail vers la Turquie dénoncée par des ONG

Bruxelles, 11/01/2012 (Agence Europe) - À cause des mauvais traitements infligés aux animaux, trois organisations européennes ont demandé, mercredi 11 janvier, la suspension de l'exportation du bétail vivant (bovins et ovins) vers la Turquie. Ces organisations de protection des animaux invitent aussi la Commission européenne à lancer des poursuites contre la Bulgarie et la Hongrie, deux pays qui violeraient de manière systématique la législation européenne sur la protection des animaux d'élevage pendant le transport.

En 2011, trois organisations (Compassion in World Farming, Eyes on Animals et Animal Welfare Foundation) ont effectué des enquêtes à la frontière entre l'UE et la Turquie. Elles ont révélé des violations régulières du règlement 1/2005 sur la protection des animaux pendant le transport, en particulier lors de l'exportation vers la Turquie d'animaux en provenance de Bulgarie et Hongrie. Sur 158 véhicules contrôlés à la frontière, 67% ont violé des dispositions de ce règlement: non respect des densités maximales de stockage des animaux, tête et dos des animaux qui touchent le plafond du camion, températures atteignant 58 degrés Celsius dans les camions, absence de dispositifs d'abreuvement pour le bétail, camions en mauvais état (pattes des animaux coincées entre la paroi latérale et le sol du véhicule).

Ces problèmes sont aggravés par l'attente interminable à la frontière à cause de documents qui ne sont pas correctement remplis ou de chargements non-conformes aux exigences d'importation imposées par la Turquie. Par exemple, la Turquie n'importe que des ovins mâles pour l'abattage. Pendant ces période d'attente à la frontière, les animaux restent dans les camions sans le minimum de ventilation, nourriture et eau. Beaucoup d'animaux périssent.

Pratiques d'abattage illégales en Turquie

Un film, réalisé par ces trois organisations, met au jour les souffrances des animaux durant le transport mais aussi l'abattage. Les ovins sont attachés par une patte arrière et hissés la tête en bas sur la ligne d'abattage. La gorge des animaux est tranchée sans que l'animal ne soit rendu inconscient. Suspendre des animaux conscients par les pattes et tête en bas est une violation des normes internationales de l'OIE (Organisation mondiale de la santé animale) dont la Turquie est membre.

Ces organisations demandent à la Commission de suspendre l'exportation d'animaux vivants vers la Turquie, de poursuivre en justice la Bulgarie et la Hongrie et de travailler avec la Turquie et les pays impliqués dans ces exportations pour trouver des solutions permettant de réduire l'attente à la frontière.

Iris Baumgärtner, chef de projet chez Animal Welfare Foundation, et qui a enquêté sur le terrain, a décrit les conditions atroces dans lesquels les animaux sont transportés (camions bloqués plusieurs jours à la frontière à cause des contrôles, animaux tellement assoiffés qu'ils boivent l'urine de leurs congénères sur le sol, animaux retrouvés morts dans les camions…). Elle a également déploré que malgré des engagements pris par les autorités aucune amélioration de la situation aux frontières n'ait été constatée lors des enquêtes de suivi.

Lesley Moffat, de l'association Eyes on Animals, a dénoncé le fait que les policiers et les vétérinaires « ferment les yeux » sur les problèmes. « Nous espérons que ce commerce va s'arrêter, car comme il est actuellement, il est trop risqué pour les animaux, il y a trop de souffrances », a-t-elle lancé. Elle a préconisé une meilleure application de la législation en Turquie et aussi en Europe. Mme Moffat a signalé que la Bulgarie continue d'autoriser des camions qui ne sont pas aux normes. Elle a expliqué qu'un des problèmes est l'absence de structures pour décharger les animaux bloqués à la frontière.

Andrea Gavinelli, de la direction générale santé et protection des consommateurs à la Commission européenne, a rappelé les moyens limités à disposition de la Commission pour obliger les pays de l'UE à respecter la législation (mission sur le respect de la législation, procédures d'infraction). Il a précisé aussi qu'il n'y a pas d'accord entre l'UE et la Turquie sur ce commerce d'animaux vivants. Ce sont des accords bilatéraux entre les États membres et la Turquie. « Les mesures drastiques » demandées par les ONG, comme la suspension des exportations, doivent être prises par les pays de l'UE et pas par la Commission. Ce sujet a déjà été évoqué au comité permanent sur la santé animale et une réunion avec les opérateurs et pays concernés devrait avoir lieu vers le mois de mars de cette année, a précisé M. Gavinelli.

Hausse en flèche des exportations

Au cours des dix premiers mois de l'année 2011, l'UE a exporté vers la Turquie 818 283 ovins et 143 521 bovins, soit 961 804 animaux au total, selon les chiffres d'Eurostat. C'est presque quatre fois plus qu'au cours de l'année 2010. Et entre novembre 2010 et octobre 2011, plus d'un million de bovins et ovins ont été exportés de l'UE vers la Turquie. Les ovins sont exportés pour l'abattage. Certaons bovins sont exportés pour l'engraissement ou l'élevage, d'autres pour l'abattage. Même des petits veaux non sevrés sont envoyés en Turquie. Les ovins et bovins expédiés vers la Turquie proviennent de Hongrie, Bulgarie, Autriche, Grèce, Lituanie, Lettonie et Estonie. Les camions transportant ce bétail proviennent de ces pays, et aussi des Pays-Bas, d'Allemagne, de Pologne, de Roumanie et de Croatie. La distance entre les États baltes et la frontière européenne entre la Bulgarie et la Turquie dépasse 2000 kilomètres. Le reste du voyage depuis le frontière jusqu'aux destinations finales en Turquie (Istanbul, Bursa, Izmir, Ankara, Erzurum, Gaziantep) représente 250 à 1800 kilomètres. (LC)

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