Bruxelles, 01/06/2011 (Agence Europe) - La Tunisie, en l'occurrence son agence de promotion de l'investissement et de l'innovation, a organisé conjointement avec le Comité des Régions de l'UE (CdR) et sous l'égide de la DG Entreprises, une conférence sur l'avenir de la coopération industrielle dans l'espace euro-méditerranéen axée sur le cas spécifique de ce pays. Rehaussée par la présence du vice-président Antonio Tajani, la conférence a permis de dresser un état des lieux après celle, ministérielle, sur l'industrie et les entreprises, qui a eu lieu à Malte (11 et 12 mai) et dont les résultats ont été présentés mardi par M. Tajani comme des « propositions qui (lui) paraissent particulièrement pertinentes ». Le premier axe du programme de travail pour l'avenir est, a-t-il souligné, la révision de la Charte de l'entreprise pour en faire, sur le modèle du 'Small Business Act' européen, un instrument euro-méditerranéen. Deuxième axe, la création d'un centre d'assistance pour « aider les PME locales et les investisseurs européens à développer des partenariats, à avoir un meilleur accès aux programmes et aux fonds européens, y compris en ce qui concerne l'accès au crédit et au capital-risque ». Troisième: l'accélération du processus d'intégration des marchés pour tirer profit d'un marché potentiel de 700 millions de consommateurs. En quatrième, l'accès aux sources de financement ;
M. Tajani a confirmé la volonté de la Commission « d'élargir les possibilités de prêt de la BEI et de la BERD aux pays du voisinage » et, cinquième axe de travail, « d'assurer une participation accrue aux programmes communautaires, notamment en matière de recherche et d'innovation ». En toile de fond, le souci est d'imprimer au rôle des entreprises un saut qualitatif: « Il n'y a pas de croissance sans innovation », a souligné M. Tajani. « Il est impératif d'aider nos voisins avec le transfert de savoir-faire en essayant de renforcer leur inclusion et participation dans nos programmes pour la recherche, l'innovation et la compétitivité » et il a salué dans cette voie « la participation depuis 2010 d'un consortium tunisien coordonné par l'API à Enterprise Europe Network ». Un des champs d'application recommandé serait dans les services et en particulier le tourisme, secteur clé dans l'espace euro-méditerranéen. En conclusion de son intervention, M. Tajani a affirmé: « Ma vision est celle d'une région euro-méditerranéenne où nos entreprises pourront exporter, importer, investir, nouer des partenariats d'affaires avec les pays voisins, et surtout créer des emplois, dans des conditions d'efficacité et de sécurité juridique équivalentes à celles qui prévalent sur le marché unique européen. Nous aurons créé alors un marché unique euro-méditerranéen ».
Mercedes Bresso, présidente du Comité des Régions, a, pour sa part, rappelé que « les événements ont fait apparaître avec plus d'acuité encore la nécessité de réorienter le rôle de l'Union pour la Méditerranée (UPM) et ont obligé les États membres à revoir leur approche afin de permettre le lancement des projets qui correspondent davantage aux attentes des populations et à leurs besoins les plus urgents ». Le CdR continuera à « soutenir l'UpM » (Union pour la Méditerranée) mais prônera aussi « la nécessaire participation active des autorités régionales et locales dans le processus ». La reconnaissance du rôle des autorités régionales et locales au sein de l'UpM, avec l'Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM), « est aujourd'hui une réalité. Elle est l'expression concrète d'un projet commun du Comité des Régions, des collectivités territoriales des trois rives de la Méditerranée ainsi que de plusieurs associations internationales et européennes représentatives ». Luc Van den Brande, président de la Commission CIVEX du CdR, a souligné à l'appui que « les causes de la révolution tunisienne ont des racines profondes (...) aussi dans un manque de débouchés pour les jeunes universitaires et dans un déséquilibre socio-économique causé par des disparités régionales ». Il propose un partage d'expériences de différents modèles de régionalisation existants. Au nom d'ETF (Fondation européenne de la formation), Marleen Voordeckers a exposé l'ensemble des actions de coopération engagées en Tunisie, avec l'appui des institutions européennes, au profit des entreprises et des régions.
« Nous comptons sur le soutien de nos partenaires pour pallier les insuffisances et dépasser les difficultés que nous espérons de courte durée et de portée limitée », a réagi le ministre tunisien de l'Industrie et des Entreprises, Abdelaziz Rassaa. « La Tunisie a besoin de développer la coopération avec la communauté internationale, qui est appelée à considérer la révolution tunisienne comme un 'bien public mondial' et ce, afin d'éviter la phase de décroissance initiale que son économie et sa société ne peuvent pas se permettre ». Néanmoins, « la transition démocratique désirée par tous les Tunisiens risque de vivre de vraies difficultés en l'absence d'une reprise de la croissance économique », d'où le grand besoin d'un appui déterminant européen et international. À sa suite, le directeur général de API, Ferid Tounsi, a dressé un état des lieux, étayé par des témoignages directs d'entreprises belges et de l'attaché commercial belge à Tunis, qui fait apparaître que, malgré les incertitudes actuelles, les entreprises demeurent fidèles à la Tunisie, un pays qui a pratiquement achevé son intégration dans l'espace économique et réglementaire européen. (F.B.)