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Bulletin Quotidien Europe N° 10383
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/nuclÉaire

Stress tests, l'Europe patine

Bruxelles, 20/05/2011 (Agence Europe) - Plus de deux mois après le séisme et le tsunami qui ont frappé la côte nord-est du Japon le 11 mars, engendrant à la centrale de Fukushima Daiichi un accident de très grande ampleur, l'UE ne s'est toujours pas accordée sur les critères des tests de résistance (stress tests) que les États membres recourant à l'atome devront appliquer d'ici la fin de l'année à leurs installations.

La Commission et le groupement européen des autorités nationales de sûreté nucléaire (ENSREG) n'ont, en effet, toujours pas confirmé le compromis du 13 avril, reposant sur la dissociation de l'évaluation de la sûreté des réacteurs face à des aléas naturels, des catastrophes ou des accidents, de celle de leur sécurité face à des actes terroristes ou des sabotages. Volontairement imprécis, le compromis prévoirait aussi d'organiser des tests sur la sûreté des réacteurs face aux risques de séismes et d'inondation, mais face aux conséquences de tout type d'accident d'origine humaine ou naturelle. Les autorités nationales de sûreté admettant n'avoir aucune compétence pour les questions liées à la sécurité contre le terrorisme, le compromis proposerait aussi la création d'un groupe de travail réunissant en son sein des experts des États membres et de la Commission, pour examiner les risques pesant sur la sécurité des centrales, notamment au regard d'attaques terroristes, et dont le format, le mandat et les méthodes de travail devaient être convenus cette semaine.

Un bras de fer oppose depuis plusieurs semaines les États membres nucléaires, qui, réunis au sein de l'association des autorités nationales de sûreté nucléaire d'Europe de l'Ouest (WENRA), veulent limiter les stress tests à l'évaluation de la robustesse des centrales devant trois aléas - l'agression par des phénomènes naturels (tempêtes, séismes, inondations), la perte de systèmes de sûreté (refroidissement ou alimentation électrique) et l'accident grave (endommagement du combustible dans le réacteur, refroidissement difficile des piscines d'entreposage du combustible usé) - au commissaire à l'Énergie Günther Oettinger, qui veut inclure tous les risques possibles, y compris les attaques terroristes, les cyber-attaques ou les crashs d'avion.

M. Oettinger s'est dit confiant, vendredi 20 mai, qu'un accord sera trouvé d'ici la fin mai. « Nous avons besoin de quelques jours de plus, et je suis optimiste que nous pourrons commencer les tests le 1er juin », a déclaré le commissaire en marge d'une conférence à Francfort. « La plupart des critères sont réglés, seules deux ou trois questions restent à résoudre. C'est mon intention, mon but et mon intérêt de trouver un accord commun dans les prochains jours », avait-il assuré la veille, en marge du Forum de Prague sur le nucléaire.

L'Allemagne et l'Autriche sont à l'origine du blocage, le 18 mai à l'ENSREG, du compromis ficelé par le Royaume-Uni, la France, la Finlande et la République tchèque. Berlin et Vienne défendent en effet des tests de résistance plus stricts, incluant la vérification de la résistance des réacteurs à des attaques terroristes, un critère qui pourrait considérablement alourdir la facture pour les opérateurs des centrales, et exigent que des experts indépendants de l'industrie nucléaire en soient chargés.

Outre son intransigeance quant à l'inclusion dans les critères des stress tests des risques humains ou dus à des erreurs humaines, M. Oettinger est aussi accusé de bloquer le compromis avancé par la majorité des autorités nationales de sûreté, en exigeant d'être aux commandes pour mettre en place le groupe d'experts sur la sécurité. Un souhait perçu du côté français comme une sortie de ses prérogatives de commissaire européen. « Les chefs d'État et de gouvernement ont donné un mandat aux autorités de sûreté de l'ensemble des États membres. Maintenant, il faut mettre en œuvre ce mandat... La sûreté nucléaire est une chose trop importante pour faire l'objet d'instrumentalisation politique comme c'est le cas aujourd'hui », a averti jeudi à Prague le ministre français de l'Énergie, Éric Besson. « Avec le terrorisme, on passe à quelque chose qui est autre. Nous ne sommes pas contre l'hypothèse de travailler en deuxième étape sur les enjeux de sécurité, mais cela doit faire l'objet d'un deuxième mandat qui serait donné par les chefs d'État et de gouvernement qui accepteraient une deuxième étape intégrant les enjeux de sécurité et de terrorisme mais qui sont beaucoup plus difficiles à discuter à Vingt-sept », a aussi expliqué le ministre français, cité par l'agence Reuters.

Ainsi, le dossier des stress tests devrait rebondir lors du Conseil Énergie du 10 juin, voire du Conseil européen du 24 juin. Hôte du forum de Prague, le Premier ministre tchèque Petr Necas a de son côté confirmé que le dossier sera examiné à la réunion des ministres de l'Énergie, le 10 juin à Luxembourg. (E.H.)

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