Bruxelles, 26/04/2011 (Agence Europe) - Le 1er mai, l'Allemagne et l'Autriche vont ouvrir leur marché aux travailleurs polonais, tchèques et hongrois. Craignant un afflux d'immigrés, l'Allemagne et l'Autriche avaient été les seuls pays de l'UE à repousser, en 2009, l'ouverture du marché du travail aux ressortissants de huit pays ex-communistes ayant adhéré en 2004, à savoir: Pologne, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Estonie. Cette dernière étape de l'élargissement de l'UE en 2004 devrait s'opérer en douceur, selon les experts.
Côté polonais, la ministre de l'Emploi Jolanta Fedak a dit ne pas s'attendre « à un exode ». Un sentiment partagé par les autorités tchèques et hongroises. Mais la ministre a toutefois exprimé sa crainte d'une fuite des cerveaux, l'Allemagne préparant des projets « pouvant encourager nos jeunes, dès leur formation, à aller travailler en Allemagne ». En Allemagne par contre, les inquiétudes sont d'une autre nature: elles portent sur le risque que les conditions de travail et les salaires ne subissent des pressions à la baisse, a déclaré à l'AFP Josip Juratovic, député social-démocrate. Mais l'adoption d'un salaire minimum dans le secteur du travail intérimaire, en cours en Allemagne, devrait permettre de contrecarrer ce danger. L'Autriche a elle aussi assuré ses arrières avec une loi contre le dumping social
En Allemagne, Joachim Möller, directeur de l'institut de recherche IAB, a indiqué à l'AFP qu'un effet immédiat sur la régularisation de personnes travaillant au noir déjà sur place sera très difficile à évaluer. Les estimations de l'IAB pour l'Allemagne vont de 100.000 à 140.000 arrivants par an à court terme, un peu moins ensuite. Pour Joachim Möller, ce sont le Royaume-Uni et l'Irlande qui ont profité du mouvement au départ. Certes, a-t-il ajouté, la crise dans ces pays pourrait inciter certains à se réorienter vers l'Allemagne, à l'économie florissante. Mais, a constaté le directeur, les jeunes parlent de plus en plus l'anglais, et de moins en moins l'allemand. Le président des fédérations professionnelles bavaroises Bertram Brossardt a déploré que ceux qui cherchent du travail soient déjà partis dans les pays qui leur ouvraient leurs portes, et la situation économique dans les nouveaux pays membres s'étant améliorée, beaucoup ne voient plus vraiment l'intérêt de partir. La Bavière a lancé un programme de recrutement en ligne dans les pays limitrophes pour attirer ingénieurs et techniciens spécialisés.
En Autriche, le ministre de l'Emploi table sur 40 000 à 50 000 travailleurs arrivant par an à court terme.
Contexte. On se rappellera qu'en juin 2009 (EUROPE n°9917), le commissaire Vladimir Spidla (Affaires sociales, Emploi) avait constaté que l'Allemagne et l'Autriche avaient maintenu certaines restrictions à l'entrée sur leur marché du travail. Le Royaume-Uni avait quant à lui conservé certaines mesures d'enregistrement. Le commissaire avait rappelé à l'époque que ces mesures pouvaient être maintenues jusqu'en 2011 et que la Commission suivrait de près l'évolution de la situation.
Il se fait aussi que, selon les traités, un État membre peut restreindre l'accès à son marché du travail si celui-ci est menacé. En 2009, l'Allemagne et l'Autriche avaient utilisé l'argument de la crise en se référant aux traités. Un argument que le commissaire Spidla avait jugé réaliste. Et les pays qui avaient décidé d'ouvrir leur marché de l'emploi en période de crise ont fait une évaluation de la situation de leur marché de l'emploi avant de prendre une décision. C'est ce qu'on fait l'Allemagne et l'Autriche en respectant les dispositions des traités, avait affirmé Vladimir Spidla.
On se rappellera également qu'en juillet 2010 (EUROPE n°10179), la Commission avait présenté une nouvelle communication sur la libre circulation des travailleurs dont l'objectif était de mieux faire connaître les droits des travailleurs migrants et d'encourager leur exercice. Elle soulignait que tout citoyen de l'UE a le droit de travailler et de vivre dans un autre État membre que le sien sans y subir des discriminations fondées sur la nationalité, mais partait aussi du constat que des entraves légales, administratives et pratiques à l'exercice de ce droit subsistent, malgré les progrès réalisés. Elle citait en outre comme exemples de facteurs influençant la mobilité transnationale, le logement, la langue, l'emploi du conjoint ou du partenaire, les mécanismes du retour au pays, les barrières historiques ou encore l'expérience acquise dans le contexte de la mobilité, en particulier dans les PME. (G.B.)