Le semestre préparatoire. Le « semestre européen » se concrétise. Les différentes phases de sa concrétisation annoncées par la Commission indiquent que ce sera sérieux. On se rappellera que ce semestre et sa terminologie avaient été inventés pour concilier une contradiction: il fallait respecter les pouvoirs des parlements nationaux - c'est à eux qu'il revient de voter les budgets annuels des États membres - tout en veillant à l'exigence que ces budgets respectent le Pacte de stabilité de la zone euro. Comment concilier les autonomies parlementaires tout en veillant à ce que chaque budget soit conforme aux engagements européens ? C'est ainsi qu'a été inventé ce semestre préparatoire pendant lequel les pays de l'euro (ainsi que, avec des modalités différentes, les autres États membres) discutent ensemble au niveau communautaire les orientations budgétaires de chacun, au cours du premier semestre de l'année pour le budget de l'année suivante, avant les décisions souveraines de chaque parlement. La Commission devait organiser le fonctionnement et les étapes de ce semestre préparatoire; elle vient de le faire (voir notre bulletin n° 10292).
Il ne sera pas simple de coordonner les politiques budgétaires de pays dont les situations diffèrent radicalement. La plupart doivent réduire leurs déficits sans pouvoir utiliser l'arme de la dévaluation monétaire. Il a été amplement prouvé que la sortie de l'euro, formule simple pour qui n'y comprend rien, n'est pas praticable, car la dette doit quand même être remboursée en euros, sans plus disposer des mécanismes de soutien communautaire. Ce n'est pas une route praticable ; aucun État membre n'entend la parcourir, c'est le point de départ. Un autre point ferme a été souligné par Olli Rehn, commissaire aux Affaires économiques et monétaires: les difficultés des banques ne sont pas le souci prioritaire ; la priorité est que les ressources financières disponibles alimentent l'économie réelle, c'est-à-dire les entreprises et les ménages. Au printemps les banques seront soumises à de nouveaux tests plus rigoureux que ceux du passé: il pourra en résulter pour elles l'obligation de recapitalisations ou de restructurations. L'orientation essentielle de la Commission est que l'assainissement des dépenses publiques soit accompagné par les réformes économiques. Quant au calendrier, la Commission a indiqué les étapes: en janvier, la Commission présente les priorités économiques de l'Union ; en mars, examen et décisions par le Conseil européen ; ensuite, chaque État membre précisera comment il entend concrétiser les orientations communes par son programme de stabilité et de convergence ; en juin/juillet, les programmes nationaux seront discutés en commun, en vue d'être avalisés et transmis aux parlements nationaux. La Commission a indiqué en particulier qu'elle envisage de proposer des émissions d'obligations par l'UE elle-même, pour la réalisation de grands projets d'infrastructures d'intérêt européen (alors qu'elle considère que l'hypothèse de véritables eurobonds n'est pas encore mûre) ainsi que l'extension des disponibilités financières pour les interventions européennes.
On le voit: dans les intentions de la Commission, le «semestre européen» aurait largement le caractère d'une gouvernance économique commune qui ne dit pas son nom.
Les partisans de l'adhésion de la Turquie se manifestent. Cette rubrique exprimant l'opinion que l'adhésion de la Turquie à l'UE est un projet irréalisable et dépassé (voir notre bulletin N°10287) a suscité un certain nombre de réactions en sens opposé. Il est vrai que leur origine est essentiellement turque ; mais ce n'est pas une raison pour ne pas en rendre compte, d'autant plus que le ton des interlocuteurs est courtois ; ils présentent les raisons qui, à leur avis, justifient cette adhésion par des arguments à la fois historiques, politiques et économiques. Ils contestent que leur pays puisse représenter pour l'UE un poids budgétaire trop lourd, car ses progrès économiques sont remarquables ; ils soulignent que le poids politique de l'Europe augmenterait radicalement grâce à la présence turque ; ils soulignent la signification d'Istanbul. Pour ce dernier aspect, ils ont sans doute raison. Il y a quelques jours, un quotidien européen a publié une page entière consacrée à cette ville, sous le titre: « L'histoire sublime d'une ville au centre du monde». Mais il l'appelle Constantinople et il la glorifie comme celle qui réunit « toute les lumières possibles: celle d'Apollo et du soleil, du Christ et de Marie, de Mahomet II », et ainsi de suite. Mais Istanbul n'est que la porte de la Turquie ; le restant est asiatique, respectable, admirable même, mais sans aucun rapport avec l'Europe. Est-il d'ailleurs imaginable qu'un pays entre dans l'UE contre la volonté de l'Allemagne et de la France ?
(F.R.)