Bruxelles, 07/01/2011 (Agence Europe) - Le Parlement européen pourrait réclamer prochainement « des mesures permanentes et vigoureuses » pour s'attaquer « de toute urgence » à la volatilité des marchés agricoles. Le rapport de Daciana Octavia Sârbu sur 'la reconnaissance de l'agriculture comme secteur stratégique dans le cadre de la sécurité alimentaire', qui sera examiné lors de la première session plénière de l'année 2011 du Parlement européen (17 au 20 janvier), estime aussi que l'Europe doit agir de concert avec les pays tiers et les organisations internationales pour « lutter contre les problèmes de la volatilité des prix et de la sécurité alimentaire ». La France, qui préside le G20, a déjà affiché une grande ambition en la matière.
Les cours des matières premières agricoles sur les marchés financiers n'ont jamais été aussi instables (en particulier s'agissant du blé). Le rapport de Mme Sârbu souligne que ces phénomènes sont dans une large mesure le résultat de la spéculation, et que les comportements spéculatifs entrent pour plus de 50 % dans les récentes hausses de prix. Le PE va demander une révision de la législation actuelle sur les instruments financiers (dont un renforcement de la transparence des échanges et l'instauration des seuils minimums pour les opérateurs admis à intervenir sur ces marchés). Il salue la proposition de règlement (présentée par la Commission européenne) sur les produits dérivés négociés de gré à gré, et pourrait appeler de ses vœux la mise en place de mécanismes de protection contre l'extrême volatilité des prix, offrant un moyen de réaction rapide en cas de crise. En outre, le rapport préconise une coordination des législations entre l'Union européenne et les pays tiers, comme les États-Unis, afin de « réduire les possibilités qu'ont les spéculateurs de profiter indûment des différences existant entre les différents régimes réglementaires ».
Le rapport soutient « une action européenne plus hardie pour lutter contre le problème de la spéculation », notamment en donnant aux autorités de régulation et de surveillance la mission de limiter la spéculation. La Commission est invitée à veiller à ce que les transactions concernant les produits dérivés sur les matières premières alimentaires soient « limitées autant que possible aux investisseurs ayant un lien direct avec les marchés agricoles ».
Réseau mondial de stocks alimentaires. La commission de l'agriculture du PE défend aussi l'idée des stocks stratégiques ou stocks d'intervention, pour lutter contre les importantes fluctuations des prix. Le rapporteur estime aussi qu'un système mondial et ciblé de stocks alimentaires serait utile (des stocks d'urgence pour réduire la faim et des stocks pour réguler les cours des matières premières), en contribuant à faciliter les échanges mondiaux lors de flambées des prix, à prévenir le retour du protectionnisme et à réduire la tension sur les marchés alimentaires mondiaux. Le PE estime que ces stocks devraient être gérés par un organisme commun placé sous l'égide des Nations unies ou par la FAO.
En outre, le rapport demande à la Commission de donner la priorité à l'agriculture dans ses actions d'aide au développement, et notamment d'aider les agriculteurs à avoir accès aux marchés. Il exprime enfin son inquiétude face à l'émergence du phénomène de l'accaparement des terres et à ses conséquences sur la sécurité alimentaire dans les pays en développement et sur l'avenir de l'agriculture et des agriculteurs. Il est demandé à la Commission de traiter la question sous l'angle du régime foncier et des ressources naturelles. (L.C.)