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Bulletin Quotidien Europe N° 10152
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques raisons qui incitent à envisager une réflexion sur la place de l'homme sur la terre

Les raisons de la réticence. Je considère qu'il sera à long terme impossible de répondre aux problèmes relatifs à l'évolution climatique et à la sauvegarde de la nature sans évoquer d'une manière ou l'autre la question de la place de l'homme sur la terre (voir cette rubrique d'hier). Nombreuses sont les raisons pour lesquelles une telle démarche est mal accueillie, ou écartée par l'arme du silence ; et elles sont compréhensibles. Certaines de ces raisons sont religieuses: l'homme est le roi de la nature, qui est faite pour lui, créature dotée d'une âme immortelle. D'autres relèvent du principe de la défense de la vie, de son caractère sacré (même si en fait personne ne songe à envisager l'élimination d'une partie de l'humanité ainsi qu'on le fait pour certaines catégories d'animaux, qui par ailleurs, dans certains cas, limitent eux-mêmes volontairement leur population). D'autres raisons sont démographiques et conjoncturelles, dans le sens que dans quelques pays la population diminue et le souci des autorités va plutôt dans le sens d'une relance ; il suffira de citer l'Allemagne et la Russie. En outre et surtout, les spécialistes constatent que l'expansion de la race humaine est en train de ralentir d'elle-même, et que la diffusion des connaissances accélère et généralise cette tendance, sans qu'il soit nécessaire de promouvoir une réflexion spécifique.

Une réflexion incontournable. Le résultat est que la question de la place de l'homme est, sauf à de très rares exceptions, escamotée. Or, elle est en vérité incontournable. Les analyses sérieuses, qui ne craignent pas d'aborder le problème, constatent que la plupart des difficultés et des dangers qui menacent l'équilibre naturel sont provoqués par la croissance exponentielle de la population humaine, dont le rythme est, depuis un demi-siècle environ, hallucinant. Les calculs prouvant que la terre pourrait abriter et nourrir plusieurs milliards d'hommes supplémentaires ne signifient rien, car tout prouve que ce résultat serait obtenu au détriment de l'équilibre naturel, en détruisant progressivement la biodiversité et les habitats aussi bien végétaux qu'animaux. L'homme bouleverse de plus en plus la structure de la terre, autrefois dans des limites encore soutenables mais, depuis quelque temps, en prenant des risques dont la maîtrise n'est plus assurée, ainsi que le prouvent l'exploitation de ressources pétrolières dans des mers de plus en plus profondes et les projets relatifs à l'utilisation industrielle de l'Océan Arctique. On s'efforce de protéger les poumons de la terre que sont l'Amazonie et les forêts asiatiques, mais on développe ou envisage des activités encore plus dangereuses. Et il ne faut pas oublier les excès de certaines formes de pêche qui compromettent la vie maritime, ni les menaces en partie encore inexpliquées que rencontrent les abeilles (dont la disparition, selon Einstein, entraînerait rapidement la fin de la race humaine). Les experts soulignent de plus en plus qu'une extinction massive d'espèces animales et végétales est en cours, et que l'homme en est le premier responsable car il provoque la destruction de leur habitat naturel. Or, des études spécifiques dénoncent explicitement les dangers qu'entraîne pour l'humanité la réduction progressive de la biodiversité.

Pour le bien de l'humanité elle-même. Il est vrai que des efforts de plus en plus considérables se développent pour réagir et sauvegarder les équilibres naturels, et que certains résultats ont déjà été obtenus et d'autres sont prévisibles. Mais, dans certains cas, l'obstacle réside justement dans la présence et l'activité des hommes. Un exemple: la réintroduction des loups et de certains ours dans quelques régions d'Europe. Les paysans locaux sont obligés de réagir lorsque les loups menacent leurs troupeaux ou tuent leurs agneaux ; c'est compréhensible, ils doivent protéger leur activité, par laquelle ils contribuent à la lutte contre la faim dans le monde. Ce ne sont pas eux les responsables de ce qui arrive. C'est ici que la réflexion sur la place de l'homme dans la nature devrait trouver sa place, être envisagée et progressivement développée, pour le bien de l'humanité elle-même.

Certains prophètes modernes estiment que c'est déjà trop tard. Selon Guido Ceronetti, l'ami italien du franco-roumain Cioran, l'homme est en train de conduire à la perdition en même temps climat, arbres, la planète et lui-même. Et il se demande si la tentative de le sauver en vaut vraiment la peine, car l'espèce humaine se précipite vers sa perte, et elle disparaîtra bientôt « sous le regard impassible des hiboux et autres merveilleux oiseaux nocturnes », bien longtemps avant la disparition, prévue et déjà calculée, de notre petite planète. Mais d'autres penseurs estiment qu'il est préférable de mieux gérer le temps qui reste, surtout pour sauvegarder l'enfance, seule période où l'homme est encore innocent. Réfléchissons. (F.R.)

 

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