Pendant la semaine qui va se conclure, cette rubrique a concentré son attention sur la mise en place progressive de la gouvernance économique de la zone euro. Pour changer de présentation, sinon de sujet, elle est consacrée aujourd'hui à des phrases d'autrui qui appellent quelques remarques.
Angela Merkel: « L'euro est en danger, l'identité européenne est en jeu. Pour l'Allemagne, la culture de la stabilité n'est pas négociable ; elle a fait ses preuves. Les règles communes doivent être orientées sur celles des pays les plus forts, non sur celles des pays les plus faibles ».
La chancelière allemande a raison du point de vue de la réalité objective, car son pays ne participerait pas à un euro qui ne serait pas stable. La stabilité était à la base de la culture monétaire allemande à l'époque du DM, elle le demeure avec l'euro. Il est vrai que sur le plan de la doctrine, toutes les théories sont licites. Sous le titre « Angela Merkel se trompe », Jacques Sapir, professeur universitaire à Paris et à Moscou, a consacré une page entière de journal à démolir les positions de la chancelière, laquelle, à son avis, « a profondément tort pour de nombreuses raisons », qu'il énumère soigneusement. Mais le fait reste: l'Allemagne ne participerait pas à une monnaie instable. Il est donc vrai que l'euro est en danger. La chancelière a confirmé que son pays est ouvert aux mécanismes de solidarité et à un équilibre raisonnable entre la croissance et la réduction des déficits ; des compromis sont donc possibles, mais non sur la doctrine.
Jacques Delors: « Un nouveau traité ? Non, les gouvernements sont fatigués des nouveaux traités. Il suffit d'un Pacte qui complète l'actuel Pacte de stabilité. » Herman Van Rompuy: « On ne va pas recommencer le calvaire d'une modification des traités. Il y a d'autres choses à faire… ».
Cette rubrique a fait état (bulletin n° 10142) de la divergence entre ceux qui préfèrent la formule d'un nouveau traité et ceux qui l'estiment inutile et dangereuse. Les opinions de M. Delors et de M. Van Rompuy font pencher la balance. D'ailleurs, un spécialiste tel que Paolo Ponzano a confirmé que le Pacte de stabilité peut être modifié sans réviser le Traité de Maastricht, à la condition de sauvegarder les dispositions inscrites explicitement dans ce traité (déficits excessifs, critères de convergence). Plus radical, Jean-Paul Fitoussi estime qu'« avec un peu de raisonnement juridique, on peut légitimer toute action. Tout est matière à interprétation. Les traités ne contiennent rien de ce qui a été récemment décidé. Ils n'avaient pas prévu une autorité budgétaire européenne. Il a fallu remplir ce vide, même si les traités semblaient l'interdire ».
Patrick Artus. « Quitter la zone euro ? Un pays qui choisirait cette voie mourrait dans l'instant. L'Espagne se finance à 3,8% d'intérêt à dix ans ; ce taux grimperait à 20% si elle reprenait sa monnaie ».
Si cette évaluation est exacte, on comprend la phrase du président de la Commission européenne constatant qu'aucun pays n'entend abandonner l'euro et que presque tous ceux qui sont dehors n'aspirent qu'à en faire partie. Et on se rend compte à quel point sont dépourvues de sens les élucubrations sur l'intérêt qu'auraient la Grèce et quelques autres pays à en sortir au plus tôt pour revenir à la monnaie nationale.
Herman Van Rompuy. Dans un appel aux citoyens à l'occasion du 60ème anniversaire de la « déclaration Schuman », le président du Conseil européen avait invité les citoyens à réfléchir aux avantages que la construction européenne leur avait apportés et qu'elle continue à leur apporter.
J'avais considéré comme opportun cet appel, en tant que réaction sage et modérée face à la mode consistant à dénigrer autant que possible l'unité de l'Europe et ses protagonistes. Mais la réaction de la rédactrice en chef du principal quotidien de Bruxelles a été furibonde. Elle a publié le texte de M. Van Rompuy, ce qui est tout à son honneur, mais quelques phrases de son éditorial paraissent, comment dire ?, excessives. Indiquer aux citoyens européens ce qu'on attend d'eux ? « On ne sait s'il faut rire ou pleurer de cette démarche. Elle révèle à nouveau cette gouvernance de l'Europe impuissante, qui palabre, réfléchit, soupèse, communique, édulcore la vérité. M. le président du Conseil européen, vos citoyens ne veulent pas savoir ce que l'Europe attend d'eux. » C'est plutôt à eux de demander des comptes à « cette somme d'égoïsmes, d'aveuglement et de lâchetés qui composent le pouvoir européen et plongent le monde dans une crise d'une gravité exceptionnelle ».
De telles phrases m'offrent l'occasion de rappeler encore une fois à quel point l'unité de l'Europe a modifié l'existence de ses citoyens, en mettant fin aux conflits sans fin du passé (qui continuent à ensanglanter ailleurs bien des peuples et des pays), à éliminer les famines (elles existaient dans nos pays il y a soixante ans, elles restent de plus en plus menaçantes ailleurs), à éliminer les barrières entre nous.
(F.R.)