C'est le gouvernement économique qui est réuni. Dans cette rubrique d'hier, l'hypothèse que le Sommet de la zone euro relance ce vendredi soir la «gouvernance économique» de l'UE était indiquée avec un point d'interrogation. Quelques heures avant que la réunion commence, le point d'interrogation est à supprimer, car les deux participants les plus influents, Mme Merkel et M. Sarkozy, ainsi que le président de la Commission européenne, M. Barroso, l'ont indiqué en toutes lettres: la gouvernance future de la zone euro sera au centre des débats (voir notre bulletin d'hier). M. Van Rompuy n'avait pas besoin de le répéter, car il avait déjà déclaré, il y a trois semaines, que le Conseil européen est le gouvernement économique de l'Europe ; sa phrase est reproduite dans cette rubrique du bulletin n° 10120. C'est vrai que seuls les pays de la zone euro participent au Sommet de ce soir, mais M. Van Rompuy n'a eu aucune hésitation à les convoquer, sans citer le Conseil européen. Il est évident qu'il considère que toute réunion au niveau des chefs d'État ou de gouvernement relève de sa compétence, et pas seulement le Conseil européen en formation complète.
Au-delà des suggestions. Le ton de la lettre Merkel/Sarkozy citée plus haut dépasse le stade des suggestions, en affirmant que les chefs d'État et de gouvernement réunis « devront adresser le signal qu'ils sont prêts à envisager pour la zone euro » une liste de mesures comprenant: le renforcement de la surveillance budgétaire avec des sanctions plus efficaces ; l'élargissement de la surveillance aux questions structurelles et de compétitivité ; la création d'un cadre robuste pour la résolution des crises ; le renforcement de la régulation des marchés financiers ; des initiatives améliorant la transparence des produits dérivés ; l'amélioration des bases de données ; une réflexion sur le rôle des agences de notation dans la propagation des crises.
Ce sont à peu près les projets et initiatives que la Commission a déjà proposés ou qu'elle a annoncés, et qui sont en partie à l'examen au Parlement européen. Ce que Mme Merkel et M. Sarkozy ont ajouté, c'est d'inviter les chefs d'État ou de gouvernement à se déclarer dès maintenant prêts à envisager ces mesures pour la zone euro. Est-il nécessaire de rappeler que le Royaume-Uni ne participe pas à la réunion ?
Les Allemands qui ont compris. Dans l'opinion publique allemande, il n'y a pas que des invitations à la sévérité à l'égard des fautes de la Grèce. Les chroniques font état d'un mouvement pour l'achat d'obligations de l'État grec en tant que signe de solidarité. Différents exemples sont cités, avec des motivations telles que: « J'achète des obligations grecques parce que nous ne pouvons pas abandonner ce pays aux spéculateurs ».
Le Handelsblatt, quotidien des affaires, a lancé le slogan: « Nous achetons des emprunts d'État grecs », en présentant sa campagne comme la voie de la raison, les journalistes eux-mêmes achetant 8 000 euros d'obligations pour donner l'exemple. Deux journalistes connus ont regretté que le ressentiment ait pris le pas sur la rationalité en ajoutant: « Nous savons que l'unité de l'Europe est la meilleure partie de l'histoire allemande ». L'initiative a obtenu l'appui d'hommes politiques, d'économistes et de chefs d'entreprises.
Un domaine vital où l'Europe n'existe pas. Cette rubrique reviendra sur l'initiative de Jacques Delors pour une Communauté européenne de l'énergie, annoncée dans notre bulletin n° 10133. J'anticipe sa réponse à une question qui lui a été posée à Paris: « J'ai été humilié de voir tous ces chefs d'État européens traiter séparément avec Poutine, je suis inquiet de voir des intérêts divergents se disputer sur les tracés de trois gazoducs. Cela veut dire que, dans ce domaine vital, l'Europe n'existe pas ».
Une relation bilatérale qui se développe. La commission parlementaire mixte UE-Maroc a tenu cette semaine sa réunion inaugurale. La députée européenne Dominique Vlasto s'est félicitée de ce premier cas de rencontre parlementaire formelle bilatérale, en estimant que « le format restreint (10 députés de chaque côté) permet de discuter très franchement et d'aller ensemble au fond des choses ». À son avis, ces nouvelles relations confirment que le Maroc est un « partenaire privilégié de l'UE qui souhaite approfondir les relations et se rapprocher des standards européens ». Ces relations « serviront de modèle à ce que l'UE pourrait faire avec d'autres pays partenaires ». Il faudrait les comparer avec les difficultés et l'absence de vrai dialogue au sein de l'Union pour la Méditerranée, dont cette rubrique s'est occupée dans le bulletin n° 10133, en tenant compte aussi de l'annonce du Conseil d'association UE-Tunisie dans notre bulletin d'hier.
(F.R.)