Bruxelles, 30/04/2010 (Agence Europe) - La mise en place d'une véritable politique commune d'asile serait bénéfique tant vis-à-vis du respect des droits fondamentaux que des finances des États membres, même si ces derniers sont réticents à s'engager sur cette voie, ont estimé, mercredi 28 avril, les députés européens, lors d'un débat avec, António Guterres, le Haut commissaire aux réfugiés de l'ONU. Il s'est rendu au Parlement pour dresser le bilan de la situation des réfugiés en Europe et dans le monde, à l'heure ou l'Union travaille à réformer sa politique d'asile. Lors de sa visite à Bruxelles, M. Guterres a également eu des discussions avec les commissaires à la Justice, Viviane Reding, à l'Élargissement, Štefan Füle, à la Coopération internationale et l'aide humanitaire, Kristalina Georgieva, ainsi qu'avec Cecilia Malmström, la commissaire aux Affaires intérieures (EUROPE n° 10128).
Pour un véritable système européen d'asile. « Nous sommes confrontés à deux catégories de situations: celles liées au croissant de crise s'étendant du sud de l'Asie à l'Afrique, et les crises locales et régionales, comme dans la région des Grands Lacs », a expliqué M. Guterres. Dans ce contexte, « le système européen d'asile est de plus en plus important », mais, dans un espace comme l'UE où les personnes peuvent se déplacer librement, « les probabilités d'obtenir l'asile sont très différentes d'un pays à l'autre », a-t-il regretté. « C'est un gros problème tant pour la protection des individus que pour l'Union elle-même, car cela génère des mouvements secondaires » au bénéfice du crime organisé et du trafic d'êtres humains. Par ailleurs, le Haut Commissaire a regretté la confusion entre immigration et asile dans le débat politique et médiatique. « Les tendances actuelles à la xénophobie nous préoccupent énormément », a-t-il ajouté. Le HCR a publié en mars un rapport sur l'application des principes-clés du droit d'asile formulant un certain nombre de recommandations. « Votre rapport montre quelles sont les carences de l'UE », a déclaré Carlos Coelho (PPE, portugais) pointant notamment « les réticences de certains gouvernements de pays importants » à faire avancer le projet d'un système européen de réinstallation des réfugiés. Plusieurs propositions du « paquet asile » voté par le Parlement en 2009 sont ainsi bloquées au Conseil, faute de consensus. Certains États membres « appuient beaucoup sur la question des coûts » supposés d'un système européen d'asile, a déclaré la Française Sylvie Guillaume (S&D), qui s'est demandé si l'impact de la non-prise en charge ne serait pourtant pas supérieur à celui de la prise en charge. M. Guterres s'est dit d'accord avec ce point de vue.
Accord Italie/Libye et Frontex. Évoquant l'actualité récente en Italie, ou « 75 personnes ont été reconduites en Libye sur la base d'un accord scélérat », Sonia Alfano (ADLE, italienne) a dénoncé le fait que des États membres et l'UE signent des accords de réadmission avec des pays n'ayant pas signé la Convention de Genève. « On dirait que ce sont des sujets tabous. N'est-il pas grave de signer des accords avec des pays ne respectant pas les droits fondamentaux ? », a-t-elle demandé. « La Libye n'offre aucune garantie en matière de protection des réfugiés au regard de la Convention de Genève », a confirmé António Guterres. En outre, « il est clair que nous n'avons pas d'informations officielles sur le contenu de ces accords ». Mais Roberta Angelilli (PPE, italienne) de déclarer: « On critique souvent l'accord signé entre mon pays et la Libye (…) Cela est facile de critiquer, mais on a besoin de données, de statistiques et de dénonciations ». Des députés se sont interrogés sur les relations entre le HCR et l'Agence Frontex, cette dernière ayant été la cible de critiques de la part d'ONG sur le plan du respect des droits fondamentaux des migrants. « Avez-vous pu enquêter sur ce qui s'est passé ? », a demandé Franziska Keller (Verts/ALE, allemande). « Nous n'avons pas d'accès direct aux opérations menées par Frontex », a répondu António Guterres. « Dans la relation entre liberté et sécurité, il faut trouver un équilibre. Et la politique des retours ne tient pas compte de la situation des différents pays ! », a déclaré Cornelia Ernst (GUE/NGL, allemande). « En matière d'asile, la liberté et la sécurité convergent », a répondu M. Guterres. « Il est dans l'intérêt des États de bien appliquer les conventions, sinon le système fonctionnera de manière clandestine », a-t-il ajouté. Par ailleurs, « certains pays tiers considérés officiellement comme sûrs ne le sont pas », a-t-il estimé. (B.C.)