login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10130
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques remarques à propos du Japon, de l'Ukraine, du SEAE et du trafic aérien

Quelques nouvelles publiées ces derniers jours dans notre bulletin méritent une remarque.

Un accord de libre-échange avec le Japon n'est pas pour demain. Pendant le Sommet de mercredi à Tokyo, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso n'ont évidemment pas refusé d'en parler, tel étant le souhait du Premier ministre japonais, mais avec une très grande prudence: tout ce qui a été décidé est la création d'un groupe (de haut niveau, bien entendu) chargé de travailler pendant six mois et de proposer quelque chose « en prélude à un éventuel accord de libre-échange ». On sait ce que signifie une telle décision dans le langage diplomatique: on prépare un rapport, les chefs l'examineront au Sommet de l'année suivante…

Des divergences existent sur certains aspects des relations commerciales, notre bulletin n° 10128 a indiqué les principales. Mais je crois qu'en fait les hésitations se situent dans une réflexion plus vaste. Les conditions des échanges sont de plus en plus prises en considération: barrières non tarifaires, respect de la propriété intellectuelle, contrôle de la qualité des produits, etc. Le Japon n'est certes pas un pays qui suscite des perplexités particulières de ces points de vue ; au contraire. Mais l'enthousiasme pour le libre-échange en lui-même, en tant que panacée à tous les maux, est révolu. On a compris que la réalité est plus complexe.

Énergie et politique étrangère. L'accord entre la Russie et l'Ukraine portant à la fois sur le gaz naturel et sur la base militaire de Sébastopol intéresse directement l'Europe et confirme l'étroite imbrication entre l'énergie et la politique étrangère. On le sait, une partie très significative du gaz russe dirigé vers l'UE passe par l'Ukraine, et il est déjà arrivé que les divergences entre Moscou et Kiev compromettent l'approvisionnement européen. Ce risque est éliminé ; en outre, l'accord intervenu permettra à la Russie de participer à la modernisation des infrastructures ukrainiennes de transit, opération dans laquelle l'UE est directement engagée. Les États membres qui dépendent largement de cette source d'approvisionnement, dont la Pologne, sont rassurés. Ceci n'empêche évidemment pas que l'UE poursuive activement ses projets de voies alternatives, qu'elles passent par le territoire russe ou (comme Nabucco) l'évitent ; la Turquie a entre-temps conclu avec l'Azerbaïdjan l'accord sur l'alimentation de Nabucco, et les autres projets progressent.

L'aspect militaire de l'accord Russie/Ukraine est tout aussi important pour l'Europe, car l'accord déjà en vigueur aurait expiré en 2017 et il est impensable que la Russie quitte la Crimée et la mer Noire. Certaines forces politiques ukrainiennes s'opposent à l'accord, ce qui est normal. Mais on ne peut pas oublier l'histoire: la Crimée faisait partie de la Russie jusqu'en 1954 (lorsque Khrouchtchev l'a transférée à l'Ukraine) et la base russe de Sébastopol existe depuis l'époque de Catherine II. On a maintenant le temps, jusqu'à 2042, pour régler le problème. Entre-temps, l'Ukraine obtient son gaz à prix réduit. Son premier ministre a confirmé, à Bruxelles comme à Strasbourg, que son pays entend en même temps s'insérer dans l'Europe et avoir de bonnes relations avec Moscou. Je crois que c'est sage et positif pour tous, quoi qu'on en dise.

Le SEAE est urgent. L'exigence que le service diplomatique européen naisse aussitôt que possible se confirme chaque jour. Pierre Morel, représentant spécial de l'UE pour l'Asie centrale, a informé le Parlement européen de la réflexion en cours sur la stratégie européenne dans cette zone (voir notre bulletin n° 10128).

Il s'est référé directement à ce que fera le SEAE et à l'objectif de mettre en place une représentation de l'UE dans chacun des cinq pays de cette région du monde (en Ouzbékistan et Turkménistan, il n'en existe pas encore) afin que l'UE dispose d'un réseau complet. C'est un modeste exemple des raisons de souhaiter que le Conseil et le Parlement européen se mettent d'accord sur le SEAE aussi rapidement que possible.

Vers un « Ciel unique » européen ? Une remarque sur l'appui enthousiaste du secteur aéronautique aux projets de la Commission européenne visant à donner un caractère communautaire à la gestion du trafic aérien. Après la paralysie récente de ce trafic, les contempteurs de la construction européenne n'avaient pas perdu une occasion de dénoncer l'inefficacité de l'UE, et cette rubrique avait observé que ses institutions n'avaient pas de pouvoirs en ce domaine, et que c'étaient justement les opposants à l'intégration communautaire qui en déploraient la faiblesse. Siim Kallas, commissaire européen aux Transports, a lancé un programme de mesures qui, si elles sont adoptées, permettront de faire face à l'absence actuelle de coordination et aux gaspillages énormes provoqués par l'insuffisance de règles et de coopération (voir notre bulletin n° 10127). La réaction des aéroports et de l'industrie aéronautique a été extrêmement positive ; tous invoquent l'action communautaire (voir notre bulletin n° 10128).

L'économie et les citoyens ont besoin de davantage d'intégration, non du contraire.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES
CALENDRIER
SUPPLEMENT