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Bulletin Quotidien Europe N° 10104
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/proche-orient

Tony Blair n'a pas convaincu les eurodéputés

Bruxelles, 23/03/2010 (Agence Europe) - Tony Blair, envoyé spécial du Quartette au Proche-Orient, reçu lundi 22 mars en fin de journée, à Bruxelles, en audition conjointe de la commission du développement et de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, s'est efforcé de convaincre les députés de son bilan depuis plus de deux ans. Il a d'emblée souligné que sa mission était limitée aux aspects économiques et à la mise en place des structures de l'éventuel État palestinien. Les aspects politiques relèvent, a-t-il dit, de son homologue américain George Mitchell. Il s'est félicité du travail accompli en remerciant au passage l'UE pour son aide au peuple palestinien et en l'appelant à la poursuivre pour « rendre crédible la solution des deux États ». Il faudrait parvenir, selon M. Blair, à « garantir la sécurité, édifier des structures étatiques et un tel scénario impose de construire les capacités juridiques du futur État ». « L'Autorité palestinienne, sous l'égide de Salam Fayyad (premier ministre), s'est engagée », a affirmé l'ancien Premier ministre britannique, à mettre en place les structures de l'État et « en dépit de tous les écueils, les choses progressent » grâce notamment à un « léger mais réel assouplissement » des restrictions sur le terrain. Il a affirmé que l'économie locale repartait et enregistrait près de 7% de croissance. Malgré ces éléments d'espoir relevés par M. Blair, « le chantier est colossal », a-t-il admis. À Gaza, « la situation demeure périlleuse. L'économie formelle ne parvient pas à s'y redresser et reste centrée sur l'informel, par les tunnels ». Sa principale conclusion a été: « Si Gilat Chalit (soldat israélien détenu à Gaza) était libéré, la situation changerait ». Plus tard, au cours du débat, M. Blair a souligné le devoir de veiller à la sécurité d'Israël ; quant à celle des Palestiniens, elle est réduite, de son point de vue, au besoin de contenir les différends inter-palestiniens. Véronique De Keyser (S&D, belge) s'est offusquée que rien ne soit dit quant à la sécurité des Palestiniens menacée chaque jour par Israël.

Clairement, l'ancien Premier ministre n'a pas convaincu et a paru très en retrait par rapport à la position européenne. L'usage de la « langue de bois » lui a été reproché, autant qu'une certaine passivité diplomatique face aux obstacles réels constatés. « Je n'ignore pas que son travail est difficile mais ses résultats sont faibles », a estimé Eva Joly (Verts/ALE, française), présidente de la commission du développement, résumant l'ambiance générale. « Chercher à obtenir un consensus à tout prix » et se focaliser sur la mise en place des « mécanismes de l'État », c'est, selon Mme Joly, du pur « bla-bla », nous a-t-elle confié au terme de l'audition.

Au cours des débats, elle a vivement interpellé l'orateur en demandant: « Pourquoi ne pas envisager une déclaration unilatérale des deux États ? ». M. Blair s'est référé à la crise irlandaise pour dire sa conviction que cette issue ne peut ressortir que d'une négociation. Mais « comment progresser lorsque l'une des deux parties ne respecte pas ses engagements internationaux et, de l'autre côté, ne peut se faire entendre autrement que par l'usage de moyens violents ? », a pour sa part demandé Dominique Baudis (PPE, français). Le scepticisme et une relative exaspération ont paru dominer la suite des interventions des eurodéputés, aussi bien Richard Howitt (S&D, britannique) que Corina Cretu (S&D, roumaine) qui animait les débats, Proinsias De Rossa (S&D, irlandais), président de la délégation du Parlement pour les relations avec le Conseil législatif palestinien, Ivo Vajgl (PPE, slovène), Werner Schulz (Verts /ALE, allemand), Malika Benarab (Verts/ALE, française) et Véronique De Keyser.

Il ressort de ces différentes interventions la conviction que l'heure n'est plus aux discours mais aux actes, aussi bien politiques que sur le terrain économique (notamment le développement du commerce avec l'extérieur), social et humanitaire. Un représentant de l'ONU, Max Gaylard, coordinateur adjoint de l'aide humanitaire, et Barbara Shenstone, de l'UNRWA, ont fait part de leur expérience sur le terrain et d'une situation qualifiée de « désastreuse » entravée par les obstacles dressés par la force occupante. Les deux seules notes d'optimisme sont venues des propos tenus par deux représentants du monde économique israélien, David Simha, vice-président de la Chambre de commerce et d'industrie israélo-palestinienne, et palestinien, Hanna Siniora, du Centre de recherche et d'information israélo-palestinien actif au profit des entreprises. M. Simha a fait part des projets entrepris pour « le bien des deux » (mises en réseau, guide d'affaires, clubs d'hommes d'affaires israélo-palestiniens, statistiques communes, en plus de projets plus directement liés au commerce et à la production dans le textile, les nouvelles technologies, etc.). Hanna Siniora a fait part aussi de tout ce qui a été entrepris du côté palestinien malgré le poids écrasant de la présence militaire israélienne qui contrôlerait de fait plus de 60% des territoires palestiniens. En regard de ce que font ensemble les hommes d'affaires, la mission de M. Blair ne serait, selon Hanna Siniora, qu'une « goutte d'eau dans l'océan ». (F.B.)

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