Bruxelles, 11/03/2010 (Agence Europe) - Les pays de l'UE sont très préoccupés par le mauvais état du stock de thon rouge, c'est pourquoi l'UE soutient une interdiction du commerce international de cette espèce, accompagnée d'un ensemble de conditions afin de garantir un avenir viable aux pêcheurs travaillant de manière artisanale, et d'étudier les possibilités de compensations financières vis-à-vis des secteurs touchés (EUROPE n° 10093). C'est ce qu'explique la Présidence espagnole du Conseil des ministres de l'UE, après avoir constaté, mercredi 10 mars au sein du COREPER (Comité des représentants permanents des États membres auprès de l'UE), une majorité qualifiée en faveur de la position commune que l'UE défendra lors de la prochaine réunion de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), qui se tiendra à Doha, au Qatar, du 13 au 25 mars. Le Conseil des ministres de l'UE doit encore adopter formellement la décision, probablement vendredi 12 mars. Seul Malte a indiqué qu'il allait voter contre le texte à cause des effets sur ses fermes d'élevage, de la fin du négoce de thon rouge.
L'UE a donc enfin trouvé un compromis sur le thon rouge. L'accord prévoit de soutenir l'inclusion dans l'annexe I de la CITES de cette espèce dont les stocks ont diminué de 60% au cours des dix dernières années à cause de la surpêche. Ce qui veut dire un arrêt du commerce international et donc de la pêche industrielle qui était destinée au marché asiatique (80% des captures de thon rouge par les navires de l'UE sont exportées vers le Japon, pour la fabrication des sushis et sashimis). Toutefois, l'interdiction est soumise à trois conditions: 1) l'entrée en vigueur de la suspension du commerce international est différée de plusieurs mois. Il faudra attendre la réunion, en novembre prochain, de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA). Les parties contractantes à cette organisation régionale de pêche devront analyser l'avis sur l'état de la ressource en thon rouge, rendu un mois plus tôt par le comité scientifique de la CICTA. La décision serait ensuite renvoyée au comité permanent de la CITES, pour une entrée en vigueur au plus tard en mai 2011 ; 2) l'UE prévoit des « dérogations » pour permettre la poursuite d'une pêche artisanale de thon rouge dans les eaux qui sont sous la souveraineté des États membres de l'UE, « conformément à la convention des Nations unies sur le droit de la mer ». Réalisée à la palangre ou à la canne notamment, cette pêche artisanale pourrait continuer dans des zones bien délimitées, à destination du marché national ; 3) la Commission est invitée à examiner la possibilité de mettre en œuvre « toutes les mesures de financement nécessaires » pour aider les pêcheurs affectés par la décision d'interdire le commerce international de thon rouge. Mais une belle dispute se prépare entre les États pêcheurs riverains de la Méditerranée et d'autres pays (Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède) plus réticents à mettre la main au portefeuille. L'interdiction affecterait surtout l'industrie des thoniers senneurs, de grands navires qui capturent vivants les bancs de thon rouge en vue de les engraisser pendant plusieurs mois dans des « fermes », sortes de cages flottantes. L'UE rejoint les États-Unis qui s'étaient prononcés la semaine dernière en faveur de l'interdiction. Mais les Japonais, qui absorbent 80% des captures mondiales de ce poisson à la chair savoureuse, ont promis de « tout faire » pour empêcher son adoption par la CITES, qui commence samedi 13 mars. (L.C.)