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Bulletin Quotidien Europe N° 10096
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Union pour la Méditerranée doit dépasser le stade des objectifs irréalistes et des déclarations de principe, et se concentrer sur les perspectives réelles

Réalité institutionnelle. Cette rubrique n'a aucune intention de gâter la fête: l'Union pour la Méditerranée (UpM) a célébré à la fois la naissance formelle de son secrétariat permanent et l'inauguration de son siège à Barcelone, ville qui en devient ainsi la capitale (voir notre bulletin n° 10093). La cérémonie a été un succès et Barcelone mérite amplement ce rôle pour son rayonnement, son histoire et la générosité de son accueil. L'UpM a ainsi acquis sa réalité institutionnelle, au-delà des réunions périodiques aux différents niveaux et des joutes verbales sans effet des sessions parlementaires mixtes. C'est tant mieux, et on s'en félicite.

Deux réalités. Le souhait essentiel est que cette Union adapte à présent ses objectifs, en renonçant aux projets irréalistes et théoriques (pour ne pas dire rhétoriques), en tenant compte de deux réalités: a) l'idée d'une grande zone de libre-échange euro-méditerranéenne n'a aucune signification aussi longtemps que les pays tiers riverains n'auront pas libéralisé totalement les échanges entre eux, et rien n'indique que ce soit leur intention ; b) les ambitions des pays tiers riverains quant à leurs relations avec l'UE diffèrent radicalement, allant de l'adhésion (Turquie, Croatie, Serbie, Albanie, etc.) à un Statut avancé de collaboration (Maroc), jusqu'à une simple coopération limitée à certains domaines (Algérie).

L'UpM est alors inutile ? Un échec ? Ce n'est pas mon avis. Le renforcement des liens entre l'UE et les pays tiers méditerranéens est indispensable aussi bien pour ces pays que pour l'UE elle-même. D'ailleurs, les accords d'association bilatéraux se multiplient et s'approfondissent, leur contenu étant régulièrement élargi et amélioré. Mais un projet global impliquant l'ensemble de ces pays doit avoir des objectifs réalistes.

Condition préalable. La première condition pour que l'UpM fonctionne est le caractère communautaire de la participation de l'UE. Si cette participation a un caractère intergouvernemental, si les pays de l'UE sont membres de l'UpM à titre individuel et ils agissent comme tels, rien d'important n'est réalisable.

Concernant le commerce, c'est une évidence ; seule l'UE comme ensemble peut négocier, et ceci non pas pour des raisons juridiques mais pour des raisons de fond. Le projet initial selon lequel seuls les pays méditerranéens de l'UE auraient participé à la nouvelle Union était consternant: les concessions commerciales éventuelles, impliquant une partie seulement des États membres, auraient impliqué la cassure du marché commun ! Le volet financier était tout autant irréaliste: les financements de l'UE et les prêts d'organismes comme la BEI impliquent des décisions communes. Ces aberrations ont disparu, mais dans quelques capitales, la tentation subsiste de laisser en marge les institutions communautaires ; ce serait l'inefficacité totale, compte tenu du système institutionnel européen. Ce n'est pas une question de principe, ni de respect des autonomies nationales dans certains domaines, mais la constatation que désormais rien n'est possible en matière de relations extérieures sans les institutions communautaires ; le Traité de Lisbonne a encore renforcé cette évidence. Il paraît que l'Espagne (particulièrement engagée parce qu'elle préside actuellement le Conseil communautaire, et Barcelone est une ville espagnole) a une conception de l'UpM plus réaliste par rapport aux envolées lyriques du lancement du projet. On verra bien.

Un cadre général. Tout autre est la situation de l'autre côté. Du moment que les États tiers riverains ont des ambitions différentes (on l'a vu), aucun gouvernement ne renonce à négocier lui-même ce qui concerne son pays. Et chacun développera ses relations avec l'UE selon ses souhaits et ses capacités. Les progrès sont et seront variables de pays à pays, et pour chacun l'essentiel restera bilatéral: l'UE d'un côté, le pays concerné de l'autre. L'UpM pourra constituer un cadre général utile si elle concentre ses efforts sur quelques projets spécifiques intéressant l'ensemble de la région, tels que: la lutte contre la pollution de la Méditerranée, les autoroutes de la mer, le problème de l'eau, les énergies alternatives (avec le plan solaire méditerranéen). Une condition pour la concrétisation de ces projets est de ne pas négliger l'apport scientifique et technologique d'Israël. Aucun des projets cités ne réunirait la totalité des pays membres de l'UpM, la dénomination « Union » ne serait pas la plus appropriée, mais les résultats seraient déjà positifs et très considérables.

Dans ce cas, l'UpM pourra contribuer à créer un climat favorable. Mais ce n'est pas elle qui fera la paix au Moyen-Orient, ni réglera le problème du Sahara, ni résoudra dans son ensemble le dossier douloureux de l'immigration clandestine. Ces questions dépendent d'autres négociations et d'autres engagements.

J'aimerais me tromper du moins en partie, mais je ne le crois pas. On verra les résultats du Sommet de juin de l'UpM pour mieux évaluer les perspectives réelles

(F.R.)

 

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