Bruxelles, 25/02/2010 (Agence Europe) - « La Banque européenne d'investissement (BEI) s'est imposée comme une solide source de financement et de stabilité dans la conjoncture économique exceptionnellement difficile que nous avons connue l'année dernière. La Banque s'était engagée à réaliser d'ambitieux objectifs en 2009 ; elle les a non seulement atteints, mais dépassés. En intervenant davantage, mieux et plus rapidement, nous avons clairement démontré notre capacité à épauler de manière forte l'économie européenne », a déclaré Philippe Maystadt, président de la BEI, à l'occasion de la conférence de presse annuelle de l'institution consacrée aux résultats de l'année écoulée. De fait, en 2009, la BEI a augmenté le volume total de ses prêts pour le porter à 79 milliards d'euros, ce qui représente une hausse de 37 % par rapport aux 58 milliards d'euros prêtés en 2008. Elle a notamment renforcé son soutien aux petites et moyennes entreprises (PME), aux régions européennes plus faibles sur le plan économique (régions dites de convergence) et au secteur de l'énergie dans le contexte de la lutte contre les changements climatiques. Autant de priorités qui continueront de prévaloir en 2010, a indiqué M. Maystadt, précisant toutefois que cette année le volume des prêts devrait être ramené à quelque 75 milliards, la Banque s'attendant à être moins sollicitée par les entreprises privées. Confrontées au resserrement du crédit, celles-ci ont emprunté en 2009 une part de 42% de l'ensemble des sommes prêtées par la BEI, soit beaucoup plus que les années précédentes. Le président de la BEI y voit « une situation temporaire ». « Nous espérons réduire ce volume, nous avons pris plus de risques », a-t-il ajouté, expliquant qu'en pleine tourmente économique et financière, « il a fallu agir pour prendre la place des banques commerciales ». À la suite de la publication du rapport du groupe d'experts présidé par Michel Camdessus sur le mandat extérieur de la BEI (EUROPE n° 10083), Philippe Maystadt a par ailleurs indiqué qu'en 2010 serait revue « la manière dont on doit développer nos activités en dehors de l'Union ». « Les recommandations du rapport Camdessus à court terme sont les bienvenues », a-t-il dit, tout en se montrant plus réservé sur les recommandations pour l'après-2013, lesquelles devront, selon lui, faire l'objet d'un examen attentif. En tout état de cause, le président de la BEI a affirmé « partager l'idée de renforcer la cohérence et la visibilité de l'action extérieure de la Banque » préconisée par les auteurs du rapport. Interrogé par des journalistes sur les finances de la Grèce, M. Maystadt a rappelé que la BEI ne pouvait juridiquement pas accorder de prêts directs à un État membre en difficulté, mais qu'elle « peut financer des programmes d'investissements dans certains pays, y compris la Grèce ». Quoi qu'il en soit, « il faut que le gouvernement grec mette sa maison en ordre, fasse le ménage », a-t-il estimé. « Si le plan (de redressement des finances grecques) est appliqué, qu'il marche, cela contribuera à réduire les tensions (…). Il faut battre en brèche la spéculation », a-t-il asséné. Et, si tel n'est pas le cas, le président de la BEI a invité à relire la déclaration des chefs d'État ou de gouvernement de l'UE du 11 février 2010, dans laquelle « chaque mot compte ». Et de rappeler que ce texte dit que « les États membres de la zone euro prendront des mesures déterminées et coordonnées, si nécessaire, pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble ».
La première des priorités de la BEI en 2009 a été l'intensification de son activité de prêt en faveur des PME. En 2009, la Banque a prêté 12,7 milliards d'euros (soit 55 % de plus qu'en 2008) à des banques intermédiaires sous la forme de lignes de crédit destinées à financer de petites entreprises. La Banque a ainsi touché plus de 50 000 PME dans toute l'UE. Dès 2008, elle avait mis en place sa formule de « prêt BEI pour les PME », plus simple d'accès et plus transparente, afin de faciliter le financement de ces entreprises par l'intermédiaire de ses banques partenaires. En 2009, la nouvelle politique de prêt aux PME de la Banque a été mise en œuvre à grande échelle, confortant la rapide augmentation du volume des prêts accordés à cette clientèle: après une hausse de 43 % en 2008, les signatures de prêts intermédiés à l'appui des PME se sont accrues de 55 % en 2009. La BEI a signé, sur la période 2008-2009, 20,8 milliards d'euros de prêts avec des banques intermédiaires, de sorte qu'elle est en bonne voie d'atteindre son objectif de 30 milliards d'euros de prêts aux PME sur la période 2008-2011, un objectif fixé dans le cadre du Plan européen de relance économique adopté par les chefs d'État et de gouvernement en décembre 2008.
La BEI et les banques partenaires ont eu recours à ce nouveau produit plus souple qu'est le « prêt BEI pour les PME » dans 16 des 27 États membres en 2008, puis dans neuf autres États membres en 2009. Ces opérations ont permis de coopérer avec un grand nombre de nouvelles contreparties afin d'élargir le soutien financier aux PME européennes. Au-delà de l'obligation d'acheminer les fonds de la Banque aux PME, les institutions financières partenaires s'engagent, pour chaque euro versé par la BEI, à en prêter, sur leurs fonds propres, au moins un autre aux PME.
Deuxième priorité, l'activité de prêt à l'appui de la convergence, l'un des principaux volets du plan européen de relance, a augmenté de 36% en 2009. Le volume des prêts consentis au titre de la politique de convergence a atteint 29 milliards d'euros au total, soit 37 % de l'ensemble des prêts accordés par la BEI en 2009, et un montant supérieur, à hauteur de 36 %, aux 21 milliards d'euros prêtés, en 2008, à l'appui de cet objectif. Un bon équilibre a été respecté entre les pays de l'UE à 15 et les 12 nouveaux États membres de l'UE, ces derniers ayant reçu des prêts d'un montant cumulé de 12,8 milliards d'euros (contre 8,1 milliards d'euros en 2008), soit 44 % de l'ensemble des interventions en faveur de la convergence. En valeur absolue, ce sont les régions de la convergence de l'UE à 15 qui ont reçu la part du lion des fonds prêtés, tandis qu'en volume de prêt par habitant, les principaux bénéficiaires ont été les nouveaux États membres. En valeur absolue, l'Espagne arrive en tête du classement des pays bénéficiaires des prêts BEI à l'appui de la politique de convergence, avec 4,8 milliards d'euros, suivie de la Pologne, avec 4,6 milliards. En volume de prêt par habitant, l'Estonie s'est classée au premier rang, suivie du Portugal, de la Lituanie et de la Slovénie.
La BEI a par ailleurs renforcé ses interventions sous forme de cofinancements avec les Fonds structurels. Dans les régions de la convergence, les prêts-programmes structurels ont atteint plus de 3,1 milliards d'euros en 2009. En ce qui concerne la coopération territoriale européenne, la BEI a joué un rôle clé dans la conception, le lancement et la mise en œuvre de la stratégie de l'UE pour la mer Baltique et elle a contribué à la mise au point de la nouvelle stratégie macro-régionale, élaborée par la Commission à la demande du Conseil européen.
En 2009, la BEI a par ailleurs prêté 16,9 milliards d'euros dans le cadre d'initiatives concernant les changements climatiques, ce qui représente une croissance de 73 % par rapport aux 9,8 milliards d'euros mobilisés en 2008 dans le même contexte. Ces financements supplémentaires portent essentiellement sur des projets liés aux transports viables (5,5 milliards d'euros), aux énergies renouvelables (4,2 milliards d'euros), à l'efficacité énergétique (1,5 milliard d'euros) et à la recherche-développement (4,7 milliards d'euros). Face aux défis que représentent les changements climatiques, la BEI met en œuvre une action coordonnée dans six domaines principaux: (1) le renforcement de l'harmonisation des objectifs et des normes de la Banque avec la politique de l'UE en matière de changements climatiques ; (2) la promotion de la réduction des émissions de gaz à effet de serre ; (3) l'offre de programmes d'assistance technique dédiés aux énergies renouvelables et à l'optimisation de l'efficacité énergétique ; (4) le financement du développement et de la commercialisation rapide de technologies économes en carbone présentant un bon rapport coût-efficacité ; (5) l'extension des prêts pour l'adaptation aux changements climatiques ; (6) la mobilisation et la mise à contribution des financements privés en vue de favoriser une croissance à faible intensité de carbone dans les pays en développement et l'appui aux marchés du carbone au-delà de 2012. En outre, la BEI a joué un rôle de premier plan à Copenhague pour encourager, par l'exemple, l'adoption des meilleures pratiques dans le domaine des changements climatiques.
Bien qu'elle ait consacré la très vaste majorité de ses financements en 2009 (plus de 70 milliards d'euros ou 89 % du volume total) aux États membres de l'UE, la BEI a également continué d'apporter un important soutien financier à des pays tiers. Le volume des prêts le plus important a été octroyé aux pays candidats et candidats potentiels, en particulier les Balkans occidentaux, aux pays dits du « voisinage » et aux partenaires méditerranéens de l'Union. Des financements ont aussi été octroyés à des pays d'Asie centrale ainsi qu'aux ACP (pays d'Afrique, de la Caraïbe et du Pacifique liés à l'UE par l'accord de Cotonou). Enfin, la BEI a renforcé sensiblement son partenariat avec l'Amérique latine (Argentine, Colombie, Nicaragua, Panama) et l'Asie (Chine, Inde, Pakistan, Viêt Nam).
S'agissant du mandat extérieur de la BEI, une évaluation indépendante a été menée par un comité des « sages » présidé par Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international. Ce comité directeur a récemment livré son rapport final et ses recommandations au Parlement européen, au Conseil, à la Commission et à la BEI et publié son rapport le 24 février 2010 (EUROPE n° 10083). Après réception de l'évaluation indépendante réalisée par le comité des « sages », la Commission européenne aura jusqu'au 30 avril 2010 pour soumettre au Parlement européen et au Conseil ses propositions éventuelles de modification du mandat extérieur de la BEI. Conformément à l'arrêt rendu par la Cour de justice dans l'affaire C-155/074, la procédure de codécision du Parlement européen en partenariat avec le Conseil s'appliquera à la révision du mandat extérieur de la BEI.
Enfin, dans un communiqué, la BEI souligne qu'elle « demeure très solide financièrement et a levé plus de 79 milliards d'euros sur les marchés des capitaux, en s'appuyant sur son excellente note de crédit et sa stratégie efficace de collecte de ressources, malgré un contexte très difficile ». Des données chiffrées et de plus amples informations sur les activités de la Banque en 2009 sont disponibles à l'adresse suivante: http: //http://www.bei.org/about/events/annual-press-conference-2010.htm . (O.L.)