Bruxelles, 10/02/2010 (Agence Europe) - La Parlement européen s'est mis d'accord, mercredi à Strasbourg, sur les objectifs stratégiques que l'UE devrait défendre lors de la quinzième session de la Conférence des parties à la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), qui se tiendra du 13 au 25 mars 2010 à Doha (Qatar). Il suggère d'interdire le commerce international du thon rouge, notamment parce que les scientifiques ont relevé que la biomasse actuelle du stock reproducteur de cette espèce est inférieure de 15% à ce qu'elle était avant le début de la pêche. Les parlementaires recommandent aussi de bannir le commerce international (de certaines parties du corps) des ours blancs, qui sont gravement menacés par la réduction de leur habitat provoquée par le changement climatique (le déclin des populations dans la majeure partie de leur aire de répartition est attesté). Le PE défend aussi l'adoption de mesures supplémentaires pour, dit-il, « enrayer le déclin » des populations de tigres et des autres grands félins.
La Commission européenne doit encore proposer, soit le 17, soit le 24 février, sa recommandation sur la position de l'UE lors de cette Conférence de la CITES. Le sujet le plus controversé reste le thon rouge, car il faut à la fois assurer la sauvegarde du thon rouge et, en quelque sorte, indemniser les flottes de l'UE (Espagne, France, Italie, Portugal, Grèce, Chypre et Malte) qui traquent et vendent ce poisson en Méditerranée (surtout) et en Atlantique. Sur la base de la proposition de la Commission, le Conseil de l'UE tentera d'arriver à une position commune sur le sujet le 26 février.
Lors de la prochaine Conférence des parties à la CITES, en mars, les 175 parties devront réviser les listes des espèces de faune et de flore sauvages dont le commerce international est interdit ou surveillé. Il faut préciser que: - l'annexe I de la CITES comprend les espèces menacées d'extinction dont le commerce international est interdit ; - l'annexe II de la CITES comprend les espèces dont le commerce doit être contrôlé afin d'éviter une exploitation qui soit incompatible avec leur survie ; - l'annexe III comprend les espèces qui sont protégées dans au moins un pays ayant demandé aux autres parties à la CITES de lui prêter assistance pour en contrôler le commerce.
Thon rouge. La résolution initiale de la commission parlementaire de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire a été très légèrement modifiée après le vote en plénière. Sur le thon rouge, le PE a adopté un amendement de compromis déposé par Alain Cadec (PPE, français), Catherine Trautmann (S&D, française) et Seán Kelly (PPE, irlandais) et d'autres, qui prie instamment la Commission et les États membres de soutenir l'inscription du thon rouge du Nord (Thunnus thynnus) à l'annexe I de la CITES, « si les conditions suivantes sont remplies »: - modification de législation communautaire de 2006 (sur la protection des espèces de faune et de flore sauvages par le contrôle de leur commerce) en vue de prévoir une dérogation générale pour le commerce intérieur permettant d'assurer la pérennité de la pêche artisanale côtière (il faut préciser que 80% du thon rouge est exporté par l'UE en Asie, donc l'interdiction du commerce permettrait tout de même le maintien d'une pêche pour la vente au sein de l'UE: NDLR) ; - accompagnement financier de l'UE pour les marins et les armateurs touchés par cette décision ; - renforcement des contrôles et des sanctions pour lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. Une partie de cet amendement a été rejetée par le PE (349 contre, 287 pour et 11 abstentions), celle demandant (à l'instar de ce que préconise le gouvernement français) « une entrée en vigueur différée de 18 mois » de l'interdiction, « sous réserve de l'avis scientifique indépendant qui doit être publié en octobre 2010 et validé par la réunion de la CITES de septembre 2011 ».
Requins. Le PE salue vivement la proposition, déposée par la Suède au nom des États membres, d'inscrire deux espèces de requin, le requin-taupe commun (Lamna nasus) et l'aiguillat (Squalus acanthias) à l'annexe II de la CITES. Il demande aussi l'inscription de cinq espèces de requin - le requin-marteau halicorne (Sphyrna lewini), le grand requin-marteau (Sphyrna mokarran), le requin-marteau lisse (Sphyrna zygaena), le requin gris (Carcharinus plumbeus) et le requin sombre (Carcharhinus obscurus) - à l'annexe II de la CITES, conformément à la proposition des États-Unis.
Ours blanc. Il faudrait, selon le PE, soutenir la proposition américaine consistant à faire passer l'ours blanc (Ursus maritimus) de l'annexe II à l'annexe I de la CITES.
Éléphants et ivoire. Le PE veut que l'UE rejette: - les propositions de la Tanzanie et de la Zambie tendant à ramener, dans une optique commerciale, l'éléphant d'Afrique (Loxodonta africana) de l'annexe I à l'annexe II de la CITES; - toutes les propositions de déclassement concernant les éléphants d'Afrique, ce au moins jusqu'à la réalisation d'une évaluation de l'impact des ventes exceptionnelles en provenance du Botswana, de Namibie, d'Afrique du Sud et du Zimbabwe effectuées en novembre 2008. En outre, le PE soutient la volonté de plusieurs pays (Kenya, Ghana, Mali, Togo…) d'empêcher toute nouvelle proposition de commerce de l'ivoire.
Tigres. Le PE demande de soutenir les initiatives visant à lutter contre le commerce illicite des parties et produits des grands félins d'Asie.
Parmi les autres suggestions du PE figurent: - le retrait du lynx roux (Lynx rufus) de l'annexe II de la CITES ; - le passage du crocodile de Morelet (Crocodylus moreletti) de l'annexe I à l'annexe II de la CITES ; - le passage de la population égyptienne de crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) de l'annexe I à l'annexe II de la CITES ; - l'adoption de nouvelles mesures contre le commerce illégal des grands singes ; - des initiatives pour combattre la pêche illégale du napoléon (Cheilinus undulatus). (L.C.)