Bruxelles, 16/11/2009 (Agence Europe) - Après dix jours d'intenses négociations, les parties contractantes à la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA) ont trouvé, dimanche 15 novembre à Recife (nord-est du Brésil), un compromis sur les prises de thon rouge en Méditerranée et dans la partie est de l'Atlantique. Le total admissible de capture (TAC) de cette espèce menacée sera réduit de 40% entre 2009 et 2010 et la porte est laissée ouverte à une fermeture de la pêche au thon rouge en cas de mauvaise nouvelle, l'an prochain, sur l'état des stocks.
Les pêcheurs de thon rouge et les fabricants de sushis s'en sortent plutôt bien, alors que la pression écologiste n'a jamais été aussi forte en faveur de l'arrêt de la pêche au thon rouge. Grâce à la proposition faite par l'UE en guise de compromis, s'enorgueillit la Commission européenne dans un communiqué de presse diffusé lundi 16 novembre à 1 heure trente du matin, le TAC de l'ensemble des membres de la CICTA sera de 13 500 tonnes en 2010, soit environ 7290 tonnes pour les pays de l'UE. En 2009, il était de 22 000 tonnes au total, dont 11 906 tonnes pour les États membres de l'UE. La baisse des possibilités de pêche entre 2009 et 2010 est donc de 38,6%.
Les autres changements apportés aux mesures de gestion des stocks de thon rouge sont les suivants: - réduction de deux à un mois de la saison de pêche des thoniers senneurs, soit désormais uniquement du 15 mai au 15 juin, sans possibilité d'étendre la saison pour cause de mauvais temps (cette dérogation pour cause de mauvais temps est donc supprimée) ; - l'UE a demandé aux autres parties contractantes de suivre son exemple en réduisant la capacité des flottes de pêche de 50% d'ici à 2011 ; - l'option consistant à suspendre les activités de pêche au thon rouge reste ouverte, en cas de nouvelles données scientifiques montrant en 2010 qu'il existe un risque sérieux d'effondrement de la ressource en thon rouge.
Les organisations écologiste redoutent la disparition du thon rouge
Susan Lieberman, responsable de la stratégie internationale du Pew Environmental Group, a jugé insuffisante la décision de réduire de 40% les prises de thon rouge. Elle dénonce le fait que la CICTA soit influencée par les intérêts à court terme du secteur de la pêche et estime que « seul un TAC de zéro » aurait permis de maximiser les chances, pour le stock de thon rouge, de se reconstituer.
D'autres organisations écologistes auraient souhaité au minimum que les quotas soient ramenés à 8000 tonnes pour se donner 50% de chances de voir les stocks de l'espèce se reconstituer. Raül Romeva (Verts/ALE, espagnol), qui a assisté à la réunion de la CICTA, a déclaré, selon un communiqué, que la délégation de l'UE « mérite d'être condamnée en des termes très forts pour avoir décrédibilisé la CICTA ». À la fin de longues négociations secrètes, l'UE a mis sur la table une proposition de « fait accompli » pour un TAC total de 13 500 tonnes, déplore Raül Romeva. Selon lui, même avec une fermeture de la pêche, il n'est pas certain que le stock se reconstitue complètement. La plupart des délégations se sont comportées comme des enfants, en montrant du doigt ses voisins et en refusant d'admettre qu'ils ont commis des erreurs, explique le vice-président de la commission pêche du Parlement européen, qui conclut: la gestion du thon rouge a été une honte internationale.
Selon le WWF, la survie du thon rouge dépend maintenant du projet d'en interdire le commerce qui sera discuté en mars 2010 au sein de la CITES (Convention des Nations unies sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). Mais la proposition de Monaco d'inscrire le thon rouge à l'annexe 1 de la CITES a déjà été refusée par les pays de l'UE qui pêchent le thon rouge (EUROPE n° 9982). Le résultat de la réunion de la CICTA est « inacceptable », a lancé Sergi Tudela, du WWF, pour qui la réduction du TAC qui a été décidée à la CICTA n'est fondée sur aucun avis scientifique et est « une mesure politique arbitraire et uniquement valable une année.
Le WWF est très remonté contre la décision prise par la CICTA de laisser le Maroc utiliser encore pendant deux années supplémentaires des filets maillants dérivants pour capturer l'espadon en Méditerranée. Ces filets, appelés « les murs de la mort », tuent chaque année, selon les écologistes, 4000 dauphins et 25 000 requins dans les eaux de Méditerranée. Pour rappel, l'UE bannit ces filets depuis 2002.
Pew Environmental Group regrette aussi les mesures « décevantes » entérinées par la CICTA au sujet de la protection des requins. La CICTA a décidé uniquement d'interdire les prises et les débarquements de requin-renard à gros yeux, mais le Mexique a obtenu le droit de capturer l'an prochain 110 de ces requins vulnérables. (L.C.)